Rendre la social-démocratie «durable»

Nouvelle Gauche - La social-démocratie revisitée

Quand il parlait du poids de la dette, dans les années 90, le militant péquiste François Rebello, longtemps militant étudiant, obtenait pour toute réponse, dans les cercles de gauche, qu'elle n'était pas un problème, «que ça avait été inventé par les capitalistes». Bref, il valait mieux ne pas en parler.
Or, pour lui, c'est précisément le type d'attitude avec lequel il faut rompre pour repenser la social-démocratie et la rendre «durable». «Il faut introduire l'idée du long terme», ce que favorise d'ailleurs l'intérêt pour les questions environnementales.
La nouvelle social-démocratie devrait s'ouvrir davantage à la notion de responsabilité. Le manifeste Blair-Schröder abordait la chose ainsi: «Trop souvent, les droits furent élevés au-dessus des obligations, mais on ne peut pas se débarrasser de ses responsabilités, envers soi-même, sa famille, son voisinage ou l'ensemble de la société, sur l'État et s'en remettre à lui seul.» Et pour les générations futures, ajoute François Rebello. Selon Blair et Schröder, il faut reconnaître que certaines valeurs sont importantes pour les citoyens, comme la «construction autonome de soi, le succès personnel, l'esprit d'entreprise», des thèmes trop souvent subordonnés, par le passé, aux «garanties sociales universelles».
Une social-démocratie «durable» (selon le terme à la mode) romprait donc aussi avec un certain angélisme qui a toujours pris beaucoup de place à gauche et induit des corporatismes. Pierre Fortin signale que dans les pays scandinaves, par exemple, les critères du «mérite», de la performance, s'ajoutent à celui de la sacro-sainte ancienneté pour déterminer les promotions. «Ici, quelqu'un qui suggérerait ça serait crucifié sur la place publique!»
D'autres principes autrefois tabous en social-démocratie pourraient la rendre plus durable et plus responsable, au dire de certains. François Rebello (qui a été candidat défait par une adéquiste dans Laprairie mais qui est toujours à l'exécutif péquiste) croit que l'instauration, comme dans l'Angleterre de Blair, des palmarès officiels des écoles pourrait avoir de bons effets à moyen terme, notamment dans les quartiers défavorisés. Ici encore, c'est l'idée de responsabilité qui changerait la donne et rendrait en quelque sorte les services publics plus imputables. «C'est peut-être une hérésie pour certains, mais il faut qu'on accepte que les citoyens doivent en avoir pour leur argent dans les services publics», dit-il.
Jean-François Lisée résume les choses ainsi: il faut rompre avec l'idée selon laquelle il faut ou bien «plus d'État», ou bien «moins d'État». Au fond, conclut-il en rappelant une phrase de l'ancien premier ministre français Lionel Jospin, il faut «mieux d'État».


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