Qui doit décider de l'avenir d'Hydro-Québec?

Chronique de Pierre Gouin

Qui doit décider de l’avenir d’Hydro-Québec?
Le premier ministre Charest signe sans avertissement, sans débat, une entente pour l’achat d’actifs de près de 5 milliards de dollars au Nouveau-Brunswick. Hydro-Québec grossit, ses dirigeants sont contents, et au Québec les premières réactions sont généralement favorables. Pourtant la taille d’une entreprise ne garantit pas sa solidité et sa rentabilité. Il y a un peu de résistance à ce projet dans les Maritimes parce que les politiciens ne peuvent pas expliquer « la passe » à la population sans que les québécois n’entendent. Est-ce que les canadiens accepteraient de nous vendre leur pétrole en bas du prix du marché?
Si Hydro-Québec a besoin de moyens de transport pour vendre aux États-Unis, qu’elle achète des droits sur des équipements existants ou qu’elle construise de nouvelles lignes. On ne peut pas dire que les exportations d’électricité aux États-Unis sont très rentables sans prendre en compte dans le calcul les coûts de transport.
Il existe déjà une problématique concernant la rentabilité commerciale d’Hydro-Québec alors qu’elle vend son électricité aux clients québécois bien en-dessous du prix du marché. Si Hydro-Québec pouvait vendre au prix du marché, elle verserait des dividendes plus élevés au gouvernement et les taxes pourraient baisser. Les québécois ne veulent pas le croire et ça se comprend. Même les politiciens n’osent plus dire des choses semblables, ils savent combien de trous cachés sont à combler dans leurs budgets. L’utilisation des prix du marché, plus élevés, réduirait la consommation d’électricité alors que la demande s’ajusterait à ce prix et il en résulterait une meilleure allocation des ressources dans l’économie. Les politiciens retiennent des idées économiques ce qui fait leur affaire et la rationalité des prix n’est pas assez facile à vendre.
Soit, Hydro-Québec subventionne les consommateurs de la province, elle verse moins de dividendes au gouvernement, et les québécois paient plus de taxes qu’ils n’en paieraient autrement. Cependant, il serait ridicule et très couteux pour le Québec de subventionner les nouveaux-brunswickois, qui ne paient pas d’impôts ici, en leur vendant de l’électricité en bas du prix du marché. Qu’est-ce que prévoit exactement le contrat? Est-ce que les résidents du Nouveau-Brunswick accepteront de payer le prix du marché, ou tout prix nettement supérieur aux prix en vigueur au Québec?
Peut-être que le plan du premier ministre est d’éventuellement profiter des tensions qui se créeront avec les voisins pour imposer une hausse des tarifs québécois et les aligner aux prix du marché. Il devrait en parler maintenant. Ou bien son mandat est-il d’affaiblir le Québec et ses institutions comme il l’a déjà fait avec la Caisse de dépôt et placement?


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9 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    16 février 2010

    C'est encourageant de voir que régulièment des gens bien informés apportent des commentaires articulés à l'encontre de l'achat d'actifs aux Nouveau-Brunswick et fournissent des arguments solides à une opposion québécoise au projet. Malkeureusement j'ai peur que ça ne soit pas suffisant. Le premier ministre mène ses dossiers les deux mains sur le volant, la pédale au fond et les yeux fermés comme une machine téléguidée. Mais ou est l'Opposition?
    Amitiés M. Lachapelle
    Pierre Gouin

  • François A. Lachapelle Répondre

    15 février 2010

    Bonjour Pierre Gouin,
    Je viens de lire aujourd'hui, 15 février 2010 votre texte paru le 14 novembre 2009, soit il y a trois mois. Il est intéressant de voir comment l'actualité a évolué durant ces trois mois en regard de certains points que vous soulevez dans votre texte.
    Je rappelle que la 1ère entente d'achat d'actifs d'Énergie NB par Hydro-Québec a été conclue le 29 octobre 2009 et qu'elle a été modifiée par une 2e entente convenue le 20 janvier 2010.
    Primo, nous pouvons constater aujourd'hui que l'opposition chez les néo-brunswickois à cette vente surprise a grandi jusqu'à aujourd'hui.
    Le président d'Énergie NB, David Hay a démissionné. Le PM Shawn Graham a accepté la démission d'un de ses ministres qui demandait que cette transaction soit soumise aux citoyens du N.-Brunswick par référendum. Et vendredi dernier dans le journal Telegraph Journal, un éminent avocat de Moncton, Monsieur H. Reuben Cohen CC, QC s'est prononcé contre la 1ère et la 2e entente. Cet article qui est devant moi a été signalé par Richard Le Hir dans un de ses articles.
    Secundo, il existe d'autres moyens pour Hydro-Québec d'augmenter ses exportations d'électricité "hors Québec" incluant nos voisins du sud autrement que par un achat d'entreprise comme celle d'Énergie NB. Hydro-Québec en a fait la démonstration par l'inauguration d'une nouvelle interconnexion de 1250MW avec le réseau de l'Ontario le 25 septembre 2009. Actuellement, Hydro-Québec exploite 19 interconnexions avec les réseaux "hors Québec".
    Tertio, parlons sommairement de la rentabilité annoncée par Jean Charest la première année de 10% sur les capitaux nets investis.
    Puisque la 2e entente du 20 janvier 2010 est gardée secrète et que nous ne connaissons pas la part de capitaux nets fournis dans le prix de 3,2 milliards, nous ne pouvons pas estimer l'équivalent du 10% annoncé. Mais, en regardant les états financiers d'Énergie NB, malheureusement, on ne peut pas faire de merveilles. Il y a aussi la qualité des actifs comme les barrages sur le fleuve St-Jean qui est très douteuse et la rénovation de la centrale nucléaire Point Lepreau qui n'est pas terminée. Le profit de 2008 a été de 70 millions de $. Il serait intéressant d'analyser les chiffres sur 5 ans en bon comptable. Par exemple en 2003, j'ai vu un bénéfice net de 20 millions de $. Ici, je ne veux pas noircir le tableau, je ne fais que regarder les chiffres et il nous en manque. Ce qui nous manque le plus, c'est d'avoir accès au texte complet de la 2e entente.
    Le volet des tarifs d'électricité serait aussi très intéressant à approfondir, et l'aspect constitutionnel de ce projet de transaction.
    Ma réponse finale à votre question Monsieur Pierre Gouin, vous l'aurez deviné, ce sont les québécois qui doivent décider de l'avenir de leurs sources d'énergie et de l'avenir d'Hydro-Québec, une société d'État construite avec l'argent des québécois et le génie de milliers de québécois, nos prédécesseurs qui ont réussi à monter une grande société qui appartient aux québécois. Il faut dénoncer ceux qui veulent la ruiner.
    Amitiés. François A. LACHAPELLE, retraité d'Hydro-Québec

  • Archives de Vigile Répondre

    20 novembre 2009

    Le problème n'est pas de savoir si HQ doit acheter ceci ou pas, si cela est bon ou néfaste pour le mouvement national québécois, si HQ va devenir Hydro-Canada, une option que ne renierait probablement pas Parizeau.....Le problème numéro 1 est le financement de ce type d'acquisition. Quel est le montant en fonds propres dont HQ dispose ? Quel est le montant qui doit-être emprunté et à quels taux, termes des échéances, etc...et surtout et là se trouve la partie juteuse qui participe à la levée de fonds et auprès de qui ? Avec quelles commissions ?
    En général ce genre d'opérations ou de montages financiers ne profitent jamais aux consommateurs particuliers car la conséquence directe de ces taux d'endettement élevés et parfois insupportables est une augmentation rapide du prix au kwh....
    Il n'y a ici aucune stratégie industrielle uniquement une opération financière bien orchestrée et vendue aux inconscients comme une preuve supplémentaire du génie entrepreuneurial québécois...sans oublier l'ombre des frères Irving au Nouveau-Brunswick....les Desmarais locaux qui ne sont pas moins voraces.....

  • Pierre Gouin Répondre

    17 novembre 2009

    Les prix de vente indiqués dans l'entente pourraient constituer une base raisonnable de négotiation s'il s'agissait d'un contrat d'exportation d'électricité. Cependant, on parle ici d'acheter la compagnie d'électricité du Nouveau-Brunswick et de s'engager à long terme à fournir la province en électricité, dans un contexte de prix aux consommateurs administrés et où Hydro-Québec n’aurait qu’un faible pouvoir de négociation.
    Déjà, qu’il y ait un bloc patrimonial pour lequel on s'engage à limiter les hausses de prix à l'inflation, ce n’est pas rassurant. À venir, des rendements de porteurs d’eau pour les hydro-québécois.

  • Archives de Vigile Répondre

    15 novembre 2009

    Je dois avouer M. Gouin que je comprends assez mal votre raisonnement. Pour avoir suivi le dossier, je crois comprendre que nos voisins néo-brunswickois auraient droit à un gel des tarifs pendant cinq ans et que leur bloc patrimonial serait ensuite indexé en fonction de l'IPC.
    Quand je regarde les chiffres publiés d'Énergie NB, je crois comprendre que HQP vendrait à sa future filiale de l'électricité autour de 7¢/kWh à la frontière, ce qui est plus cher que le coût marginal actuel de HQP (qui est à 5,1 avec Rupert-Eastmain-1-A-Sarcelle) + 1,4¢ que coûte l'utilisation du réseau de TransÉnergie. Alors, si on fait le calcul: 7¢ (production) + 0,5¢ (transport au NB... petit réseau) + 1¢ (distribution). Ajoutez à cela un rendement raisonnable sur la base de tarification (7-8%) et on arrive autour du prix de détail actuel qui s'établit à 9,6¢/kWh pour l'abonné résidentiel du N.-B. Hydro peut se permettre de geler les tarifs parce que sa production n'a presque pas de coûts variables.
    Les gens du N.-B. font une bonne affaire, parce qu'ils n'ont plus besoin d'aller acheter chez Hugo Chavez pour produire de l'électricité thermique à 15¢, pendant que nous, on augmente les volumes, et on ramasse un profit à chaque étape, du réservoir au salon à Moncton, en passant par la turbine et le réseau de transport.
    En fait, c'est plutôt rigolo de lire votre tribune: saviez-vous que les Hydro-Québécois passent pour des voleurs éhontés sur les tribunes internet néo-brunswickoises?

  • Archives de Vigile Répondre

    15 novembre 2009

    J'ai peut-être trop tourné autour du pot. Mon point est qu'il ne faut pas acheter de companies d"électricité dans les Maritimes parce que cela nous obligerait à subventionner aussi les consommateurs de ces provinces. Pierre Gouin.

  • Jean-François-le-Québécois Répondre

    14 novembre 2009

    Une chose est sûre: Hydro-Québec étant l'une de nos réussites collectives, un des importants outils que nous nous sommes donnés pour devenir maîtres chez nous, ce n'est pas un fossoyeur du Québec tel que John James Charest qui doit légitimement décider se son avenir!

  • Rodrigue Larose Répondre

    14 novembre 2009

    Je ne comprends pas les génies qui veulent augmenter l'électricité (les tarifs) -détournant ainsi les Québécois vers des sources énergétiques beaucoup plus polluantes - et abaisser les taxes ou impôts. Pour le bénéfice de l'élite consommatrice de REÉR, de voitures, de voyages et le reste. Génies et élite, serait-ce les mêmes?
    Rodrigue Larose

  • Archives de Vigile Répondre

    14 novembre 2009

    Qui doit décider de l’avenir d’Hydro-Québec ?
    Seul le peuple québécois a la légitimité de décider si Hydro-Québec doit rester sous le contrôle de l’État québécois. Ce contrôle doit être conditionné par l’absence des décisions politiques partisanes qui sont presque toujours prises pour bénéficier des intérêts privés.
    Á cet effet, voici ce que j’avais proposé afin d’éviter la privatisation d’Hydro-Québec. Et cela doit se faire le plus tôt possible, tandis que nous avons encore une majorité souverainiste susceptible d’empêcher la privatisation tant convoitée par nos adversaires résolument voués à détruire le patrimoine financier et économique collectif :

    Que la propriété publique d’Hydro-Québec et la production d’énergie soient protégées constitutionnellement afin d’éviter la privatisation (la production d’énergie éolienne devra être nationalisée le plus tôt possible) *.
    JLP
    __________________________________________
    *. Extrait de l’article Un contrat civique pour la survie de la Nation québécoise. Pour plus d’information, consulter :