Québec risque de perdre sa mémoire religieuse

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« On ne parle pas de communautés religieuses, mais de groupes qui ont façonné les trois quarts de nos quatre cents ans d’histoire. [...] le Québec fonce droit vers un mur, dans la plus totale indifférence des ministres concernés. »


Des spécialistes des archives religieuses se disent excédés du peu d’empressement à trouver des solutions à une crise qui prend l’allure d’une vraie catastrophe pour la connaissance de l’histoire du Québec.



Que faut-il faire pour que la société québécoise en général et ses dirigeants en particulier s’intéressent au plus vite au mauvais sort fait aux archives religieuses du Québec ? La question a hanté un après-midi des spécialistes de du sujet, réunis pour discuter de la situation à leurs yeux catastrophique.


La destruction de ces archives est bien réelle, mais elle se révèle moins spectaculaire que celle d’immeubles patrimoniaux, constate Richard Bégin, le président de la Fédération Histoire Québec (FHQ). Le résultat, au bout du compte, risque d’être tout aussi mauvais, sinon encore plus grave pour la société, soutient-il. M. Bégin prenait la parole à l’occasion de cette rencontre professionnelle soutenue par le Conseil du patrimoine religieux.


« Les risques de tout perdre et de voir détruites les archives religieuses sont bien réels, et possiblement déjà en cours », poursuit le président de la FHQ. M. Bégin affirme que son organisme a alerté, plus d’une fois et toujours en vain, les autorités publiques en cette matière, en particulier les trois derniers ministres de la Culture. Cela n’a entraîné aucune considération pour ce dossier.


Pour David Bureau, président du Regroupement des archivistes religieux, « la crise est bien réelle » et les « pistes de solution sont loin de se manifester ». À son sens, le Québec fonce droit vers un mur, dans la plus totale indifférence des ministres concernés. « On n’écrira plus de rapports qui vont finir encore sur des tablettes », affirme excédé le président du Regroupement. « Si la ministre montre si peu d’intérêt pour le patrimoine religieux, on va lui envoyer des images de l’état actuel de documents pourtant majeurs. » Il pense que le public réagirait différemment si l’état des archives religieuses était plus connu. À son sens, la société refuse de voir ce qui va arriver et va se priver bientôt des traces nécessaires à interpréter son histoire.


Simon Bissonnette, le directeur du Centre d’archives et de patrimoine religieux de Montréal, affirme que « dans cinq ans, il sera trop tard ». « On ne parle pas de communautés religieuses, mais de groupes qui ont façonné les trois quarts de nos quatre cents ans d’histoire. » Pour lui, « il faut saluer ceux qui médiatisent les drames patrimoniaux, tout en sachant que la majorité de ces drames demeurent invisibles ».


Disparition vers l’étranger ?


Le risque de voir plusieurs éléments des archives partir pour l’étranger ou être tout simplement détruites apparaît de plus en plus comme une réalité. C’est ce qu’ont rappelé Frédéric Giuliano, président de l’Association des archivistes, de même SimonBissonnette, en observant que les nouveaux dirigeants des communautés religieuses ne sont souvent plus ancrés au Québec.


Selon l’historienne Brigitte Caulier, professeure à l’Université Laval et présidente de l’Institut d’histoire de l’Amérique française, il faut d’urgence se soucier de plus que l’immobilier. « Les pierres sans les archives ne parlent guère », dit-elle, tout en rappelant que depuis 2005, les professionnelsn’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme,mais que la situation ne cesse de s’aggraver.


Elle rappelle que lorsque Le Devoir a révélé le triste sort des archives des Sulpiciens, ce sont 31 institutions et 690 professionnels de l’histoire qui ont écrit à la ministre en titre pour faire valoir qu’un plan national d’intervention — impliquant Bibliothèque et Archives nationales du Québec et du financement pérenne — devait rapidement être mis en fonction.


Pourquoi ne pas utiliser, afin de loger les archives religieuses, la bibliothèque Saint-Sulpice, à Montréal, abandonnée rue Saint-Denis depuis des années ? « Ce serait magnifique, incroyable », rétorque tout de suite Hélène Laverdure, conservatrice et directrice générale des archives de BAnQ.




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