L'affaire du Québécois

Ma chère Pauline - Vous avez commis là une triple vilenie

À force de scier la branche...

Pauline Marois - entre urgence et prudence

Madame la chef du Parti québécois,
Je vous écris cette lettre, que vous ne lirez sans doute pas à moins qu’une secrétaire inexpérimentée parcoure Vigile et croie encore que vous vous préoccupez parfois de ce que pensent ou ressentent les souverainistes s’exprimant ailleurs que dans Le Devoir, La Presse... ou les réunions de votre exécutif, si toutefois ces gens-là osent encore dire ce qu’ils pensent.
Depuis votre élection à la direction du Parti, vous polissez soigneusement votre langage public de manière à ne pas effaroucher le plus apolitique des voteurs du Québec. Vous êtes même allée jusqu’à vous retenir de parler de souveraineté dans des assemblées formées exclusivement de péquistes, alléguant qu’il y avait certainement dans la salle des membres qui ne sont pas souverainistes — je dirais bien : indépendantistes, mais il m’a semblé que ce mot prenait à vos oreilles l’allure d’un juron, pour ne pas dire d’un sacrilège. Je m’étais dit que vous poussiez le scrupule électoraliste un peu loin mais qu’après tout, peut-être croyiez-vous que la conquête de l’Assemblée nationale valait bien une (basse) messe, et qu’on verrait par la suite la chef ressusciter au moment jugé opportun. Il faut bien le dire, on ne gagne pas les élections avec des bons sentiments.
Puis il y eut votre défense de la censée réforme scolaire désolante dont vous aviez été l’une des responsables, même si vous n’aviez peut-être pas saisi ce qu’elle impliquait. Encore là, on pouvait toujours comprendre qu’un politique recoure à l’euphémisme lorsque le rappel fâcheux de gestes antérieurs risque de ternir son image. Bof, c’est humain, même si reconnaître ses erreurs relève d’une intégrité et d’un courage qu’apprécient généralement les citoyens bien davantage que la plupart des personnalités politiques.
Ensuite, vous avez intimé à vos députés et candidats l’ordre de se tenir cois, même à titre personnel, lorsque d’aventure ils ne pensaient pas comme vous, même sur des sujets qui ne relevaient pas de leur devoir de réserve, vision sans doute fréquente, chez les leaders, dans tout système politique, même parlementaire, mais qui produit toujours un suivisme plutôt nocif faisant de la plupart des démocraties des mini-dictatures renouvelables aux quatre ou cinq ans. Vous avez récidivé en excluant d’autorité au moins un candidat qui vous embêtait un peu. Je le connais plutôt mal et peut-être, sur le fond, aviez-vous raison, mais la manière faisait un peu désordre pour un parti qui a toujours proclamé son respect de la démocratie locale dans les associations de comté.
Vous vous souvenez certainement de ce qu’on a appelé l’affaire Michaud, où tous les parlementaires québécois ont perdu leur honneur en vilipendant publiquement Yves Michaud sous de fausses représentations, simplement parce que le cheuf de l’époque avait claqué des doigts. Élue chef de l’opposition en 2008, vous aviez l’occasion en or de laver l’honneur, sinon de l’Assemblée nationale au complet, du moins celle du Parti et le vôtre, en proposant à tout le moins une motion de réparation, de même qu’en présentant sur la place publique des excuses officielles à Yves Michaud, de la part du Parti, pour avoir participé à une injustice dont je ne connais pas de précédent à l’Assemblée nationale. D’autres députés et ministres, quoique très peu, ont fait leur mea culpa, mais jamais le Parti. Non seulement Michaud était innocent, il avait servi la cause et votre parti depuis trente ans. À défaut de sens moral, la reconnaissance, au moins, s’imposait.
Lors de la saloperie fédérale du 400ième de Québec, on vous a peu et bien tard entendue. On a commencé à croire qu’avant toute chose, vous teniez absolument à ne pas croiser le fer, au prix de laisser croire à beaucoup que vous teniez profil bas dans l’espoir d’attirer ainsi le plus de suffrages possible chez les fédéralistes mous ainsi que chez les nationalistes jamais branchés ou encore de vous assurer qu’une fois au pouvoir, il serait moins ardu d’obtenir des ententes si vous deviez alors vous en tenir à une gouvernance provinciale. Plusieurs se sont même convaincus que vous ne vous rendiez pas compte à quel point cet événement avait encoléré la majorité des Québécois français.
La commémoration projetée de la bataille des plaines, vivement ressentie comme une insulte gratuite, une provocation et un profond mépris de la part du fédéral par la quasi totalité du Québec, a doublement révélé à quel point votre stratégie — si toutefois c’en est une — est erratique, votre sens politique et votre compréhension de la sensibilité populaire, déficients. Il vous a fallu trois semaines avant de vous faire le (discret) porte-parole de l’indignation collective alors que tant d’autres, y compris des non-Québécois, vous avaient précédée. Pour couronner le tout, lorsque M. Juneau a retraité, vous avez à toutes fins utiles cautionné son entourloupette pour s’en sortir en coupant les ponts avec le Réseau de Résistance du Québécois alors que, par-dessus le marché, les quelques menaces de violence ne venaient absolument pas du RRQ ni de M. Bourgeois. Vous avez commis là une triple vilenie :
a) vous désignez à la réprobation un groupe de militants qui ont été les parmi premiers à donner une voix à l’indignation populaire, donc à faire ce que vous avez négligé de faire et qui vous revenait;
b) vous interdisez à votre parti et à ses députés d’acheter de l’espace publicitaire dans le journal Le Québécois, le privant ainsi d’une part importante de ce qui assure sa parution, mettant par conséquent son existence en péril;
c) vous abondez cyniquement — ou inconsciemment, mais alors là, votre cas s’aggrave — dans le sens des pires haut-parleurs fédéralistes québécois.
Bref, vous sciez ponctuellement la branche sur laquelle vous et votre parti êtes assis. Ce faisant, c’est aussi, c’est surtout, notre dignité collective que vous foulez, notre rapport de force que vous affaiblissez et la crédibilité de la cause dont vous devez porter le flambeau que vous fragilisez.
Madame Marois, vous êtes désespérante. Je veux bien croire qu’après toutes ces années, l’idée ne vous est certainement pas venue de trahir l’objectif pour lequel vous êtes entrée dans la vie politique, même si, immédiatement après votre couronnement, vous avez court-circuité les statuts de votre parti. Je me force à croire que vous agissez selon un plan mûrement réfléchi quoiqu’incompréhensible, mais, au vu des résultats, je ne puis m’empêcher d’avoir la certitude, partagée, on peut le constater, par plusieurs, que vous errez. Plutôt que de motiver les troupes tout en activant l’opinion publique, vous freinez des quatre fers et vous arrosez la flamme. Doit-on absolument vous crier dans les oreilles, si toutefois il vous arrive encore d’entendre, que nous n’avons pas voté pour ça?
Tout autant que la plupart des indépendantistes — ça y est, j’ai blasphémé! —, vous savez qu’il existe pour le moment un seul parti matériellement en mesure de représenter la cause à l’Assemblée nationale, quoi que prétendent les plus pressés d’entre nous. Cependant, vous auriez tort de vous appuyer solidement sur cette certitude et de persévérer dans ce qui ressemble fort à de l’autisme politique. Ce ne seront pas éternellement les plus brouillons ou les plus émotifs qui revêtiront la robe de Brutus. Vous empruntez un chemin (vous y avez été précédée) qui conduit le Parti québécois à la déliquescence. Si aucun de vos lieutenants n’a la bonne idée de vous secouer les puces ou même de vous secouer tout court, il se trouvera bien quelqu’un, hors du sérail, pour ne pas se contenter simplement de brasser sa chef mais de supplanter carrément un parti auto-destructeur : la nature a horreur du vide.
Sincèrement, je ne souhaite pas voir les choses se passer ainsi (on s’attache à ses vieilles choses) et je préférerais de loin que le Québec fasse l’économie d’une révolution de palais pendant que le royaume brûle. Encore faudrait-il que le Parti québécois, avec ou sans sa chef, puisse se réformer, ce dont je doute de plus en plus.


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9 commentaires

  • Sylvain Boucher Répondre

    21 février 2011

    Mettons en perspective les forces opposées à notre volonté d’avoir notre pays (en devenir):
    a)le PLC, le PCC, le NPD, le PLQ, l’ADQ, le parti vert sont contre nous ;
    b) tous les ministères canadiens (Patrimoine Canada, Forces armées, Approvisionnement Canada, Industrie et Commerce Canada, Affaires extérieures avec les Ambassades à travers le monde etc...) sont contre nous ;
    c) toutes les publicités de ces mêmes ministères dans leur façon de diffuser de l’information, sont contre nous ;
    d) tous les organismes pan-canadien (Comité Olympique Canada, Héritage Canada, Les Musées Canadiens, Téléfilm Canada, Énergie Atomique Canada, Touristes Canada etc...) sont contre nous ;
    e) l’establishment canadian (Bell, Petro-canada, Toyota, Honda, GM etc...) en fait, toutes les grandes entreprises privées canadiennes sont contre nous ;
    f) toutes les institutions financières (banques, entreprises de fond en capital, compagnie d’assurances etc...) sont contre nous ;
    g) tous les médias (ou presque) franco. + anglo au Québec et dans le Canada entier sont contre nous ;
    h) la majorité des maires sont contre nous ;
    i) la majorité des PDG sont contre nous ;
    j) Toronto est contre nous ;
    k) Les Maritimes, l'Ontario et l'Ouest sont contre nous;
    l) l’ouest de Montréal, la Beauce, Québec et Gatineau-Pontiac sont contre nous ;
    m) à quelques votes près, les grecs, les juifs et les italiens (voir leur déclaration de 1995) sont contre nous ;
    ..et ainsi de suite...
    Ce qui est contre nous EST GIGANTESQUE en terme d’argent et de marketing. La Fleur de Lys disparaît dans plusieurs activités culturels, artistiques et sportives strictement québecoises. De plus, l’ensemble des acteurs fédéralistes ci-haut mentionnés se solidarisent toujours dans les moments propices Alors, pourquoi (et toujours) les québecois se tirent dans le pied (se fragmentent)? Ensemble, il faut sortir ce gouvernement (Charest) rapidement ?

  • Luc Duranleau Répondre

    24 février 2009

    Messieurs, mesdames,
    Le seul parti à offrir l'indépendance au peuple Québécois aux dernières élections était le Parti indépendantiste. Il est grand temps que vous cessiez de vous apitoyer sur un parti qui n'offre plus rien au peuple québécois depuis 15 ans sauf quelques rappels séduisants d'un concept dénué de toute volonté d'agir. Heureux, est-il, de détenir un monopole sur notre projet d'avenir tout en se contentant de pouvoir gérer une province en tant que valet au service de la Reine.
    Joignez-vous au Parti indépendantiste et dans 4 ans nous aurons un pays à nous. Sinon, exigez du Parti Québécois qu'il intègre à leur programme, comme le PI l'a fait, la voie électorale de l'indépendance.
    Luc Duranleau
    Responsable des communications
    Parti indépendantiste

  • Raymond Poulin Répondre

    22 février 2009

    «Semer la peur au sein de toute la nation québécoise»? Goddam! monsieur LG. Nous en serions encore là? Vos propos sur le RRQ me rappellent les jérémiades des vieux réactionnaires dans les années soixante. Si c'est un indice de ce que pense la frange politiquement correcte du PQ, on n'est pas sorti du bois! Au fait, rappelez-moi donc quels résultats nous a valu la pusillanimité depuis 1996. À force d'avoir peur de faire peur, on finit par avoir peur tout court.

  • Archives de Vigile Répondre

    21 février 2009

    Pourquoi Madame Marois? Pourquoi!!!
    Je suis un militant. L'un de ceux qui en manque pas une pour militer quand l'occasion s'en fait ressentir. Militant de terrain. Que soit avec vous au PQ pour faire des téléphones ou encore pour placer vos foutus pancartes électorales pendant des heures, durant une partie de la nuit dans le frette de l'hiver, bénévolement bien entendu, pas parce que je crois vraiment en vous, mais parce que je crois en la cause et que je crois fermement que seul le PQ peut nous amener un référendum et le gagner dans un délai raisonnable. Je suis de ceux là qui militent dans la rue avec le RRQ. Je suis aussi de ceux là qui se tue à continuer de dire à tout le monde qu'on doit voter pour vous, qui faut pas diviser le vote même si le parti nous fait ****** par ses propos... Oui je vous voit faire des belles prouesses, je suis même fier de vous parfois. Mais quand je vous vois mettre un frein au Journal Le Québécois, par le fait même aux Éditions du Québécois. À la machine du Québécois... C'est drôle, mais je n'ai plus aucune belles pensées pour vous. Vous vous êtes payés pour faire ce qui vous chante avec notre pays, nous on se bat corps et âme (sans violence, semblerait qui faut le souligner asteur), de notre temps libre et du temps qu'on a pas, pour faire avancer le pays. Êtes bien drôle à voir aller, vous refusez de nous aider à nous mobiliser lorsqu'il s'agit de marches indépendantistes, même lorsqu'il s'agit de Fêtes mise en place par Bernard Landry lui-même, qu'il s'agisse de "La Journée Nationale des Patriotes". Vous préférez vous dissocier pour j'imagine, "en cas qui se passerait de quoi". Pas de problème, on vous aimes pas moins pour ça!
    Mais là vous accusez un homme qui en plus d'avoir fait avancer la cause d'un bond de géant, vous en faites un martyr!!!!!! Quelle est la stratégie???? Mettez-donc les points sur les i concernant les fameuses menaces de violence faites supposément par le RRQ au-lieu de venir nous couper l'herbe sous le pied! On fait pas ça pour faire de la politique... On milite pour le pays, pour rien d'autres!

  • Lionel Lemay Répondre

    21 février 2009

    Bravo...Bravo...Bravissimo !!!
    J'ai toujours voté pour le PQ depuis son existence mais les actions de Madame Pauline et ses acolytes qui fustigent les plus ardents supporteurs de la souveraineté, la raison d'être du parti, m'ont fait perdre patience.
    Il est temps que les vrais souverainistes à l'intérieur du parti en prennent le contrôle et fassent une promotion efficace et continue de la souveraineté, en faisant connaître les désavantages de la soit-disant confédération Canadian versus les avantages d'un Québec souverain qui pourrait mieux gérer ses finances, y compris les quelque $43 milliards d'impôts qu'on expédie chaque année à Ottawa.
    Si aucune action n'est prise en ce sens dans les prochains jours, comme beaucoup de gens de mon entourage, je vais cesser de supporter le PQ qui n'est plus qu'un simple petit parti provincial.

  • Gaston Boivin Répondre

    21 février 2009

    Madame la chef de la débandade nous fait encore faux bond: Alors que c'est elle et son parti qui devrait nous entraîner vers des gestes de souveraineté et de dignité nationale, c'est nous qui sommes obligés de les y traîner et elle a cette facilité déconcertante, au dernier moment, de se défiler en se sauvant et en tirant sur ses troupes.
    Elle ne veut vraiment que le pouvoir et en agissant comme elle le fait,indubitablement, elle réussira à y échapper parce qu'elle et ses conseillers sont incapables de bien lire le terrain qui mène à la souveraineté.
    Depuis qu'elle est chef de ce parti, combien de faux pas, combien de rendez-vous manqués avec ce qui aurait pu la rapprocher du pouvoir: L'adversaire les manipule à souhait, elle et le P.Q., aussi facilement qu'on peut déconnecter un microphone: À chaque fois qu'elle et son parti ont l'occasion de scorer dans le filet adverse, il leur tend un piège, et elle et son parti semblent presque trouver plaisir à s'y prendre et à scorer dans leur propre filet, en semant au surplus la division chez leurs troupes!
    Je crois qu'actuellement le plus grand service que pourrait rendre à la cause nationale la chef du P.Q. et son parti, ce serait de se déclarer libéraux et fédétalistes. Cela aurait l'avantage de clarifier les choses ou, à tout le moins, de les rendre plus simples et l'on pourrait vraiment recommencer à neuf en alimentant vraiment les atteintes de la population québécoise qui, dans son coeur, est foncièrement indépendantiste.
    On a beau faire l'effort de se la fermer, il y a quand même des maudites limites!

  • Archives de Vigile Répondre

    21 février 2009

    Vilenie est un bien petit mot, il aurait mieux fallu parler d'écoeurenterie ou de vacheries... Quarante ans que l'on vote pour des chieux-en-culotte (sauf en '95 — toujours), et en ce qui me concerne, plus jama-jama-jama...
    Le plus triste est que ce parti se prive de sa principale force, soit celle du désir, et de l'émotion qui est le moteur de tout mouvement.
    J'en pleure. Pour une fois que nous avions une victoire, même modeste (peut-être aussi plus importante qu'on pense), ils ont agit encore une fois en éteignoir...
    Plus jama-jama-jama...
    André Vincent

  • Archives de Vigile Répondre

    21 février 2009

    Pour le moment, je ne souhaite qu'une seule chose. Que deux députés du péquiou aient le même courage que Lévesque a eu en 1967, lors du Congrès national du Parti Libéral du Québec au Château Frontenac. Lévesque est sorti du congrès avec de valeureux supporteurs. Il a traversé la Place d'Armes pour se rendre dans un restaurant du Vieux-Québec afin de fonder le Mouvement Souveraineté- Association. Je souhaite que nous refaisions l'histoire. Que des dissidents du vieux péquiou usé sortent demain et fondent le nouveau Rassemblement pour l'Indépendance Nationale.(RIN)
    Vive le Québec libre!

  • Michel Guay Répondre

    21 février 2009

    Le Québecois est aux mains de jeunes radicaux qui font plus de tort à l'indépendance que les fédéralistes eux mêmes en divisant les souverainistes et les indépendantistes dans des propos toujours anti PQ et anti BLOC dans des manifestations complètement impopulaires dont seuls les loges royalistes canadians peuvent profiter pour semer la peur au sein de toute la nation Québecoise
    MichelG