Les trois étoiles

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17. Actualité archives 2007

Un apparatchik libéral, dont je tairai le nom par charité, doutait fortement de la possibilité de former un conseil des ministres composé à parts égales d'hommes et de femmes. «T'es sûr qu'il y a assez de femmes compétentes?», m'avait-il demandé d'un ton sceptique quelques jours avant que Jean Charest ne présente son nouveau cabinet.
Dans une brochure du Conseil du statut de la femme, qui présente les 32 députées élues le 26 mars dernier, la présidente de cet organisme, Christiane Pelchat, elle-même une ancienne députée libérale, déplore précisément la discrimination dont les femmes sont victimes au sein des partis politiques.
«Lors de la sélection des candidatures par les partis, les femmes sont moins susceptibles de l'emporter du fait des attentes des élites politiques locales, qui privilégient un profil de candidature gagnant auquel les hommes s'apparentent davantage», écrit-elle. De sorte que «l'accès des militantes aux postes d'influence au sein des partis est limité, ce qui continue de les désavantager par rapport aux hommes».
Il faut évidemment prendre en compte les difficultés de la conciliation travail-famille, qui exige beaucoup plus des mères que des pères, de même que la socialisation traditionnelle des femmes, qui leur donne généralement peu de goût pour les affrontements directs qui sont le lot quotidien de la politique.
Même s'il s'agit d'un domaine particulièrement réfractaire à l'égalité entre les sexes, les fluctuations dans la composition de l'Assemblée nationale sont aussi le reflet de la société québécoise.
Depuis l'élection de Claire Kirkland-Casgrain, qui en avait ouvert les portes aux femmes, en 1961, le dernier scrutin a pour la première fois marqué un recul. Les femmes avaient franchi la barre des 10 % en 1985, celle des 20 % en 1996. Le 26 mars, la représentation féminine est passée de 30,9 % à 25,6 %.
La percée de l'ADQ, où l'élément masculin est surreprésenté, y est pour beaucoup. Avec 16 élues sur 48 (33 %), le PLQ demeure de loin le plus ouvert aux femmes. L'ADQ en a fait élire seulement sept sur 41 (17 %), mais le PQ n'a pas de leçon à donner avec neuf élues sur 36 (25 %).
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«La route de l'égalité des femmes et des hommes dans les institutions démocratiques est jonchée d'embûches et les risques de recul sont toujours présents», prévient la présidente du Conseil du statut de la femme. Il va de soi que la lutte des femmes pour occuper leur juste part des lieux de pouvoir est indissociable de celle qu'elles mènent dans toutes les autres sphères.
La diminution du nombre de femmes à l'Assemblée nationale, certainement déplorable, ne doit toutefois pas occulter une autre réalité. Il faut distinguer la quantité et la qualité. Au total, le degré de compétence des élues est plus élevé que jamais, et cela comprend leur aptitude à mener et à gagner des combats qu'on qualifiait habituellement de virils.
Quoi qu'en pensait cet apparatchik libéral, M. Charest n'a eu aucune difficulté à trouver neuf ministrables parmi les élues du 26 mars. Mieux encore, s'il fallait décerner trois étoiles à l'équipe ministérielle ce printemps, elles iraient toutes à des femmes.
Qu'on l'aime ou non, Monique Jérôme-Forget est sans aucun doute la ministre la plus puissante de l'histoire du Québec. Tous sexes confondus, il faut remonter à Jacques Parizeau entre 1976 et 1981 pour trouver l'équivalent. En réalité, elle est peut-être plus influente que ne l'était «Monsieur» dans la mesure où il avait affaire à plus forte partie à la table du conseil des ministres.
Promettre d'utiliser les 700 millions provenant de la hausse de la péréquation était peut-être irréfléchi, mais Monique Jérôme-Forget n'avait pas d'autre choix que d'honorer l'engagement pris par le premier ministre. Dans la partie de bluff qui l'a opposée au tandem péquiste Gendron-Legault, la ministre des Finances a eu le dessus.
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La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a été louangée cette semaine pour la célérité avec laquelle elle a expédié à la déchiqueteuse le rapport rendu public par Le Devoir, qui proposait une approche «holistique» dans l'évaluation de la maîtrise du français des élèves du niveau collégial.
Il est vrai que ce rapport atteignait des sommets de bêtise en présentant la correction des fautes d'orthographe comme une attitude «punitive» héritée de la tradition «judéo-chrétienne», mais la plupart des ministres -- tous partis confondus -- auraient plutôt cherché à banaliser l'affaire en parlant d'un simple «document de travail» qui n'avait fait l'objet d'aucune approbation.
À la différence de la plupart de ses collègues, Mme Courchesne connaît parfaitement le fonctionnement de l'appareil gouvernemental. Elle sait très bien que, laissés sans surveillance, certains sont capables des pires élucubrations.
Alors que son prédécesseur, Jean-Marc Fournier, donnait toujours l'impression de différer la moindre décision, Mme Courchesne a également démontré qu'avec un peu de détermination, un ministre peut faire bouger les choses. Jusqu'à présent, revenir à un bulletin chiffré comprenant la moyenne du groupe semblait poser le même degré de difficulté que l'ascension de l'Everest.
La ministre de l'Environnement, Line Beauchamp, est le troisième membre du big three libéral. Elle a réglé en un tournemain le cas du mont Orford, qui avait empoisonné la dernière année du premier mandat. Son empressement à mettre en oeuvre les mesures du plan vert semble être en voie de réconcilier les milieux écologistes avec le gouvernement Charest.
Pendant des décennies, la nomination d'un minimum de femmes au conseil des ministres était vue comme une obligation imposée par la rectitude politique. Comme dans les facultés de médecine, elles pourraient bientôt être majoritaires en raison de leur compétence.
mdavid@ledevoir.com


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