Les médias québécois dans la tourmente mondiale

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La tentation de la censure

Plusieurs grands patrons de presse ont accepté l’invitation des journalistes syndiqués (FNC-CSN) à faire le point sur la crise des médias d’information au Québec. Au programme : la recherche d’un nouveau « modèle économique » pour leur industrie et d’autres moyens de financement pour l’avenir. La révolution numérique sème en effet l’inquiétude tant chez les propriétaires que parmi les artisans, et particulièrement dans la presse indépendante. Mais l’État québécois doit-il s’en mêler ?

Dans les crises antérieures, il n’a pas manqué d’examens quant à l’état des médias au Québec, comme l’attestent ces rapports de comité que les partis de toute tendance politique ont commandés puis laissés s’empoussiérer. Ailleurs au pays, de plus imposantes commissions d’enquête ont été créées par Ottawa, sans plus de résultat, bien que des millions aient été versés en subventions aux magazines du pays sous prétexte de préserver la culture canadienne.

Les rares fois où Ottawa vint près d’agir contre un monopole médiatique, la crainte d’une résistance de l’industrie au nom de la liberté de presse l’aura fait reculer. C’était au temps de Pierre Elliott Trudeau ! À Québec, libéraux et péquistes ont, depuis toujours, rivalisé de tergiversations pour éviter d’agir. Il faudrait une catastrophe pour qu’un Philippe Couillard et un Pierre Karl Péladeau, ce chef de l’opposition propriétaire de Québecor, se portent de concert au secours d’un autre « fleuron québécois ».

Pourtant, l’Assemblée nationale ne manque pas de pouvoirs pour défendre le droit des Québécois à une information digne de ce nom. Ce droit est même reconnu dans la Charte des droits et libertés de 1975. « Toute personne a droit à l’information », stipule son article 44, « dans la mesure prévue par la loi. » Hélas, Québec en est encore à restreindre l’accès à ses propres informations. Rien n’empêche toutefois de prendre enfin au sérieux « le droit du public à l’information ».

La presse libre en Occident a résulté d’une lutte historique contre les pouvoirs en place. Mais cette victoire aura trop souvent succombé à la liberté néfaste d’entrepreneurs visant le profit plus que le service. Face aux grands prédateurs qui ont confisqué les médias dans la plupart des démocraties, quel contre-pouvoir peut rétablir les droits du public, sinon l’État ? Encore faut-il que les « élus » aient avant tout à coeur les droits du « peuple » qu’ils représentent.

Comme pour la santé ou l’éducation, le droit du public à l’information n’existe que si tous les gens peuvent en bénéficier et que l’État contribue aux moyens de l’assurer dans les régions ou pour les populations démunies à cet égard. Or, de petites villes n’ont aucune presse indépendante. Et même dans les grandes, plus d’un quartier est laissé sans « couverture ». Il faut que cent vieux périssent dans un incendie pour qu’une presse « nationale » découvre un foyer à risque !

Indépendance des journalistes

Il serait déplorable sinon scandaleux que l’État subventionne des entreprises de presse dont la mission, l’indépendance ou le professionnalisme laissent à désirer. De même, des organisations culturelles largement subventionnées par l’État pour le grand public devraient s’abstenir de toute entente exclusive avec une entreprise de presse. À l’inverse, l’État devrait exclure de ses budgets publicitaires, les médias parasitaires n’ayant pas d’équipe de rédaction au service du public.

En même temps, nombre d’enjeux dans les domaines de la sécurité publique sont négligés par les médias. L’information à leur sujet devrait être assurée par des journalistes indépendants (et non par des publicitaires complaisants). Par exemple : sécurité des grands barrages, présence de produits dangereux dans les établissements industriels ou agricoles, qualité de la formation dans les écoles de police, traitement des gens vulnérables dans les minorités culturelles isolées ou négligées par les institutions publiques.


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