Selon un artisan de la première heure

Les Fêtes du 400e anniversaire devraient s'inspirer des « bons coups » de Québec 84

Québec 2008 - 400e anniversaire de la fondation du Canada?...


par Isabelle Porter
Québec -- Québec 84 fut bien davantage que le fiasco dont on se souvient aujourd'hui et dont les Fêtes du 400e veulent se distinguer, plaide André Langlois, l'un des deux instigateurs de l'événement. Au contraire, soutient-il, la Société du 400e pourrait s'en inspirer.


«J'en ai assez d'entendre les gens parler du fiasco de Québec 84. Québec 84, c'était mieux organisé que les Fêtes de 2008 à plus d'un niveau», lance André Langlois. « Quatre ans avant l'événement, des pans importants de la programmation étaient définis alors que, dans le cas de 2008, à un an et demi des Fêtes, la proposition n'est pas claire du tout.»
M. Langlois, qui a lui-même présenté un projet à l'organisation des fêtes de 2008, en a contre les allusions négatives faites à Québec 84 chaque fois que la Société du 400e éprouve des difficultés. Le Devoir de samedi dernier rapportait notamment les propos de la mairesse de Québec, Andrée Boucher, qui déclarait que si on ne «s'occupait pas» des Fêtes de 2008, «ça pourrait faire comme Québec 84».
Artisan de la première heure de Québec 1984, M. Langlois et son associé Gaston Truchon avaient soumis, en 1978, le projet d'un événement de Grands Voiliers au maire Jean Pelletier, mais M. Langlois s'est dissocié de l'organisation par la suite en raison de divergences de vues. Le directeur général de Québec 1984 était Georges Dragon et son président, Richard Drouin.
Aujourd'hui, M. Langlois reconnaît que tout n'a pas bien fonctionné lors du 450e anniversaire de la venue de Jacques Cartier. Mais, soutient-il, contrairement aux Fêtes de 2008, Québec 84 s'appuyait, dès le départ, sur un événement rassembleur : les Grands Voiliers. «Pour le moment, on est incapables d'associer le 400e à quelque chose. C'est ça le problème qu'ils ont. Soixante-quinze épluchettes de blé d'Inde sur la même rue, ça ne fait pas un souper gastronomique ! Et les noms connus, c'est bien beau, mais ce sont les créateurs qui font la différence.»
À l'exception du projet multimédia de Robert Lepage, Le Moulin à images, la Société du 400e n'a pas encore dévoilé sa programmation principale. L'organisation devrait notamment confirmer, cet automne, la participation de la chanteuse Céline Dion, et on attend toujours celle du pape Benoît XVI, dans le cadre du Congrès eucharistique mondial.

Les origines du dérapage
En 1984, souligne M. Langlois, l'organisation avait su créer de l'intérêt dans les médias pour l'événement grâce à de «bonnes communications événementielles», surtout à l'international. Il cite en exemple, la participation de l'émission de télévision française Thalassa et le tournage d'un film sur les amateurs de voiles financé par IBM dès 1979.
Si les choses ont mal tourné, soutient-il, c'est à cause du passeport. «C'est là que tout a dérapé. On a imposé un passeport payant pour l'accès au Vieux-Port pour tout l'été, mais il n'y avait pas assez d'activités pour occuper les gens. Une fois les bateaux partis, il n'y avait pas assez de choses pour les attirer. Ça n'avait pas de bon sens, il n'y a pas un festival qui peut durer 60 jours !»
En dépit du succès de l'événement Les Grands Voiliers qui se déroulait entre la Saint-Jean et la Fête du Canada, Québec 1984 avait beaucoup déçu. Au lieu des 6 millions de visiteurs attendus, seulement 2 millions de personnes ont été au rendez-vous, ce qui avait contribué à creuser un déficit de plus de 6 millions de dollars sur un budget de 14 millions de dollars.
André Langlois cite aussi certaines bourdes qui ont fait beaucoup de tort à l'événement. «En 1982, la démesure a pris. Pour vous donner une idée, il y a des fonctionnaires qui disaient qu'il fallait installer des panneaux sur les ponts pour éviter que les conducteurs soient distraits par le passage des Grands Voiliers !»
Mais c'est probablement la saga des stationnements à Drummondville dont on se souvient le plus. «Des gens de l'organisation avaient déclaré dans les médias qu'il y aurait tellement de monde que les gens stationneraient leur auto jusqu'à Drummondville et que là, il y aurait des navettes pour les amener à Québec. Alors, les gens ne sont pas venus parce qu'ils avaient peur qu'il y ait trop de monde !»
Des parallèles
M. Langlois voit enfin des parallèles à faire entre les tensions entre Québec et Ottawa avant Québec 1984 et les tensions entre la Ville et les deux ordres de gouvernement qui se sont manifestées dans les préparatifs du 400e.
«On parle des mois autour de 1980; on était au plus haut point de la guerre fédéral-provincial, ce qui compliquait les choses. C'est là que ça ressemble à Québec 2008.»
Même si les souverainistes ne sont pas au pouvoir à Québec, les tensions entre le provincial et le fédéral sont de nouveau apparues récemment lorsqu'on a appris que le règlement du protocole de financement avait tardé de plusieurs semaines, en raison d'un différend touchant à la langue d'usage dans le cadre des Fêtes.
Collaboratrice du Devoir


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