Les deux risques

La nation québécoise vue par les fédéralistes québécois



Politicien d'expérience, fédéraliste pragmatique, Bob Rae refuse catégoriquement de s'engager à rouvrir le dossier constitutionnel pour permettre la ratification par le Québec de la constitution de 1982. " Si c'est possible, je préfère ne pas passer des jours assis autour d'une table à discuter de deux mots alors qu'il y a tant d'autres priorités concrètes ", a dit hier le candidat à la direction du Parti libéral du Canada au cours d'une rencontre avec les journalistes de La Presse.
La question d'une éventuelle reconnaissance du Québec comme nation a surgi, contre toute attente, comme l'un des sujets de désaccord entre les principaux candidats à la succession de Paul Martin. Contrairement à M. Rae et à Stéphane Dion, Michael Ignatieff juge fondamental que la Constitution canadienne reconnaisse " le statut national du Québec ".
Les positions de MM. Rae et Ignatieff ont chacune un côté séduisant. Mais toutes deux comportent aussi des risques importants.
Aborder le dossier constitutionnel, les expériences de Meech et de Charlottetown l'ont montré, est aujourd'hui extraordinairement périlleux. D'abord, il faut peu de chose pour que les esprits s'échauffent de part et d'autre; il suffit de voir les réactions qu'a suscitées la proposition de M. Ignatieff pour se le rappeler.
Ensuite, chaque province et chaque groupe de pression monnaie son appui, de sorte que toute réforme comportera nécessairement une liste interminable de changements visant à plaire à tout le monde et à son père. Enfin, il faut aujourd'hui tenir pour acquis que toute réforme devrait être soumise à un référendum pancanadien, ce qui n'est jamais une mince affaire. D'où le risque que le tout dérape, que les Québécois sortent de l'aventure profondément meurtris... et plus souverainistes que jamais.
Cependant, l'attitude " pragmatique " prônée par M. Rae comporte aussi des risques. Depuis l'arrivée au pouvoir de Jean Charest, les sondages ne se sont pas démentis: au moins 45 % des Québécois voteraient OUI si un référendum avait lieu aujourd'hui. Or, la tenue d'un tel référendum ne relève pas de la politique-fiction. Il est en effet très possible que le Parti québécois d'André Boisclair gagne les prochaines élections. Samedi dernier, M. Boisclair a été limpide sur ses intentions: " Dans notre prochain mandat, il y aura un référendum. " Il suffirait d'un contexte favorable, d'une question habile, d'une campagne bien menée, pour que le 45 % se transforme en 51 %. Ignorer une telle possibilité nous semble fort imprudent.
Les Canadiens, notamment les politiciens, doivent chercher une voie mitoyenne entre l'attentisme et la naïveté. Cette voie doit reconnaître que le pays n'est pas prêt pour un nouveau débat constitutionnel. Toutefois elle doit aussi admettre qu'un problème de fond existe. Cette impasse, l'impossibilité d'inscrire dans la Constitution la spécificité du Québec, n'empêche personne de vivre au quotidien. Mais elle fragilise le Canada.
C'est évidemment une question émotive bien plus que rationnelle. Cela ne la rend pas moins importante. Les pays sont en bonne partie faits- et défaits- par les émotions.
Le programme de Michael Ignatieff fait allusion à cette voie mitoyenne: " Il faudra du temps pour réunir les conditions nécessaires au succès des négociations visant à achever ce grand projet qui consiste à bâtir notre nation. " Réunir les conditions nécessaires, préparer prudemment, intelligemment le terrain: voilà ce à quoi devraient se consacrer les leaders fédéralistes du pays.
N'est-ce pas la principale leçon du référendum de 1995? Il n'y a rien de plus dangereux pour le Canada que de balayer la question québécoise sous le tapis.

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André Pratte875 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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