Les Affaires étrangères en flagrante contradiction

Un rapport gouvernemental démontre l'efficacité du Programme de promotion des arts

17. Actualité archives 2007


Selon un rapport produit au début de l'année par le ministère des Affaires étrangères (MAE) du Canada, le Programme de promotion des arts (PPA) «atteint ses objectifs» et «fonctionne de manière efficace et responsable», ce qui est en totale contradiction avec les décisions prises cette année par le gouvernement Harper.
Le ministère des Affaires étrangères a éliminé les postes de responsables sectoriels à Londres en 2006 et songe à les liquider d'ici quelques mois au Centre culturel canadien de Paris. L'automne dernier, le MAE a voulu éliminer purement et simplement le PPA, décrit comme inefficace, mais il a dû se raviser en raison du tollé des artistes et des compagnies qui bénéficient de ses fonds pour l'aide aux tournées, ainsi que de l'opposition en chambre et de certains commentateurs des médias.
Dans une des recommandations du rapport, dont Le Devoir a obtenu une copie, il est au contraire suggéré au ministère de «renforcer les moyens des missions afin d'utiliser les programmes artistiques et culturels comme outils de diplomatie publique». Une autre recommandation est d'embaucher «à court terme» plus de professionnels pour rendre le programme encore plus efficace.
Le rapport, intitulé Évaluation du programme de promotion des arts d'affaires étrangères Canada, a été déposé il y a tout juste un an, en janvier 2006. Les difficultés du programme appelé «promart» par les fonctionnaires ont commencé quelques semaines plus tard, après l'élection des conservateurs.
Le ministre Peter MacKay a justifié les compressions en évoquant sans cesse le «besoin d'efficacité». Le 20 octobre, il répétait que «le but du gouvernement» était de «chercher les façons d'augmenter l'efficacité des services et aussi de traquer le gaspillage dans certains programmes qui existent maintenant».
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères n'a pas cherché à masquer la contradiction apparente et a souligné que le PPA n'a finalement pas subi de compressions budgétaires. «Tous les programmes au gouvernement ont été réévalués», a déclaré André Lemay, attaché de presse du ministre Peter MacKay, en entrevue avant Noël. «Certains programmes ayant satisfait leurs objectifs ont malgré tout été coupés ou réduits. [...] Dans ce cas précis, s'agissait-il de revoir les objectifs du programme ou de transférer les responsabilités à un autre programme? Je ne peux pas répondre parce que la décision a été prise entre deux gouvernements. Cela dit, la réduction qui semblait flotter n'a pas eu lieu. Aura-t-elle lieu l'an prochain? Je ne sais pas. Je ne crois pas. Mais la révision des programmes va se poursuivre dans la prochaine année dans l'ensemble du gouvernement.»
Entre 2001 et 2005, le PPA a versé 1815 subventions totalisant 22,4 millions de dollars, soit une moyenne d'un peu plus de 12 000 $ par compagnie en tournée «afin de contribuer à la création de débouchés professionnels à l'étranger pour les artistes canadiens». Environ 40 % des bénéficiaires du soutien étatique avaient reçu des prix internationaux pour la qualité de leur travail. Les arts de la scène reçoivent trois enveloppes sur quatre. Au Québec, le théâtre jeunesse et la danse contemporaine ont la part du lion.
«L'évaluation a permis de déterminer que le PPA a, en général, atteint ses objectifs de départ et les résultats escomptés tels qu'ils [étaient] présentés en 2002», est-il écrit dans le document de quelque 90 pages auquel les fonctionnaires ne se sont jamais référés au moment de la crise de l'automne. «Le programme a fait des progrès en ce qui concerne les résultats à court terme relativement à la présence de professionnels canadiens lors de présentation de qualité supérieure à l'étranger et lors de l'embauche d'agents-impresarios étrangers. Toutefois, le niveau d'investissement n'est peut-être pas suffisant pour avoir une représentation adéquate du Canada à l'étranger, même dans les pays-clés.»
Pierre MacDuff, directeur général de la compagnie de théâtre Les Deux mondes réagit fortement: «De deux choses: ou bien le gouvernement canadien fait montre d'un amateurisme navrant en ignorant qu'il disposait des résultats d'une toute récente analyse des programmes de promotion des arts qu'il avait commandée ou, pire encore, on a mis 11 mois pour prendre connaissance de ce document d'une soixantaine de pages. L'autre hypothèse, c'est que la décision politique était prise, en dehors de toute analyse des programmes, de couper ceux-ci et que le gouvernement a reculé (mais pour combien de temps?) devant le tollé. La question des analyses n'aurait alors été qu'une parade... Le bon côté de la chose est que ce document est public et qu'on ne peut plus invoquer une méconnaissance de l'utilité du programme de promotion des arts pour en interroger la pertinence.»


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