Le Bloc propose une «offre globale» pour le Québec

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Blanchet devrait plus miser sur la critique du régime canadien plutôt que sur l'écologie


Le budget du parti et la plateforme électorale sont adoptés à l’unanimité. Le Bloc québécois (BQ) a son autocar de campagne, et le seul candidat manquant sera désigné sous peu. La formation nationaliste et souverainiste s’engage donc maintenant à fond au Québec dans la campagne électorale fédérale, qui s’étendra jusqu’au 21 octobre.


« Il y a un enthousiasme tout à fait propice au démarrage d’une campagne électorale, dit le chef, Yves-François Blanchet. Nous avons beaucoup cheminé [depuis un an] et nous en sommes rendus à présenter une offre politique globale, complète, qui touche tous les aspects de la vie des Québécois et des Québécoises, sur lesquels le fédéral a une influence, parfois même parce qu’il se donne une influence qu’il ne devrait pas avoir. »


M. Blanchet était en mêlée de presse dimanche midi, sur la Rive-Sud dans la région de Montréal, devant son nouvel autocar bleu de campagne orné du slogan « Le Québec, c’est nous ». Le chef venait de répéter ce mot d’ordre comme un mantra dans un discours prononcé devant quelques centaines de militants et les 76 autres candidats désignés (lui-même étant le 77e) réunis en conseil général électoral pour adopter le programme.


La chanson officielle du parti, composée pour l’occasion par le rockeur Éric Lapointe, reprend aussi le slogan nationaliste. M. Blanchet a longtemps été l’agent de M. Lapointe.


La plateforme ne contient pas beaucoup de surprises, les annonces et promesses ayant été multipliées ces derniers mois ou ces derniers jours. Le BQ redit par exemple qu’il faut taxer les géants du Web et redistribuer la cagnotte aux médias comme aux créateurs d’ici.


« Oui, il y a des éléments qui étaient déjà dans nos propositions, avoue le chef. Pourquoi ? Parce que ça vient d’un programme adopté au mois de mars. »


Une exception notable : l’idée d’instaurer une péréquation verte, alors même que l’actuel partage des revenus entre les provinces fait déjà l’objet de vives critiques ailleurs au pays.


« Je ne pense pas qu’on va échapper les Québécois [avec ça], dit M. Blanchet. C’est fort simple. Tu mets un cap au milieu. Ceux qui émettent plus de gaz à effet de serre que ce cap vont payer et ceux qui en émettent moins vont recevoir. Plutôt que d’avoir un système de péréquation accroché à l’État pétrolier canadien. »


Ce virage vert du parti bleu se ressent dans le document programmatique développant 62 propositions sur une vingtaine de pages. En plus de cette idée de la péréquation verte, la section « L’environnement, c’est nous » comprend huit points pour cesser les subventions aux énergies fossiles, électrifier les transports, éliminer certains pesticides ou soutenir les rénovations écologiques.


Le chef du parti est fier de préciser qu’il a effectué ses tournées québécoises précédentes sans son véhicule électrique. Les émissions de son gros autocar seront compensées deux fois plutôt qu’une.


« Je suis un militant écologiste depuis toujours, dit M. Blanchet. J’ai été ministre de l’Environnement. J’ai été président du Jour de la Terre. Si vous pensez que je fais du racolage quand je parle d’environnement, je vais vous envoyer mon CV. Je suis arrivé au Bloc en y apportant un certain nombre d’idées. Le fait est que nous avons un gros avantage tactique. Nous, de votes dans les provinces pétrolières canadiennes, on n’en veut pas. »


Dans son discours à sa base, le chef du Bloc a d’ailleurs de nouveau accusé les conservateurs d’être à la solde des intérêts pétroliers, mais aussi à la solde des groupes antiavortement. « Le Bloc québécois est pro-choix et défendra sans condition le droit des femmes à interrompre de façon volontaire leur grossesse », dit la 52e proposition adoptée hier sous les applaudissements des militants.


« C’est clair que […] le chef du Bloc a toujours été dans les estrades, pas sur la glace, a répliqué dimanche en Colombie-Britannique le chef conservateur, Andrew Scheer. C’est les conservateurs qui ont toujours défendu les intérêts des Québécois. »


Il a cité la reconnaissance de la nation québécoise, l’obtention d’un siège à l’UNESCO pour le Québec et l’appui à une déclaration de revenus unique. « C’est seulement le Parti conservateur qui peut faire ça, dit M. Scheer. Et il y a juste moi qui peux remplacer Justin Trudeau. »


À l’oreille, selon les réactions du conseil général électoral, c’est la défense de la laïcité qui a suscité le plus d’enthousiasme des partisans. Yves-François Blanchet a promis qu’il protégerait la loi 21 du gouvernement caquiste contre d’éventuelles contestations, constitutionnelles ou autres, d’Ottawa.


Le programme bloquiste propose de « déposer un projet de loi interdisant d’offrir des services publics à visage couvert » et de redéposer « un projet de loi exemptant le Québec de l’application de la Loi sur le multiculturalisme ». En même temps, la plateforme veut « considérer la totalité de la frontière comme un poste frontalier » et réclame « un droit de veto du Québec sur toute décision fédérale d’expulser des réfugiés ».


À la dissolution du Parlement, le Bloc québécois comptait 10 députés, soit bien peu comparativement à la cinquantaine qu’il a déjà fait élire par le passé. Le BQ a connu une décennie difficile de la vague orange de 2011 jusqu’à ses déboires sous l’ancienne cheffe Martine Ouellet.



Avec Marie Vastel