INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 269

Le vaisseau remorqué

Chronique de Bruno Deshaies


Dans le billet de cette semaine, notre collaborateur Parfondor veut attirer notre attention sur le fait que le Québec ressemble à un bateau remorqué. En effet, il y a quelques semaines, il m'a écrit :
Un groupe de matelots ne devient un équipage qu'en vertu de sa maîtrise du navire et ne le demeure qu'aussi longtemps qu'il la conserve.
Si d'aventure cette maîtrise devait leur échapper - navire désemparé par un bâtiment ennemi qui le prend en remorque - ces matelots cessent de former un équipage tout comme, la fonction cessant, cesse l'organe : un œil qui perd la vertu de voir n'est plus un organe mais un résidu.
Son navire toué, l'ex-équipage n'exerce plus qu'avec la permission du vaisseau capteur des tâches subalternes et s'il lui vient l'envie de donner un coup de barre tantôt à bâbord, tantôt à tribord, il ne peut longtemps faire dévier de cap son vaisseau remorqué.

COMMENTAIRE
Ce texte a donc été écrit avant qu'on sache que les membres du parti libéral du Canada avaient voté pour Stéphane Dion à titre de chef de cette formation politique fédéraliste à outrance. Cette nouvelle a créé une onde de choc. En ce moment, la nation québécoise est complètement déchaînée. Un homme incarne le mal, c'est Stéphane Dion. Pour cette raison, la chronique de cette semaine sera courte. Il est inutile de faire des vagues sur cette personne, il en tirerait un trop grand honneur. Elle consistera plutôt à prendre connaissance attentivement du billet de Parfondor qui illustre d'après un mode analogique le fait qu'une nation - quoi qu'elle dise ou quoi qu'elle fasse - peut être dépendante d'une autre nation.
Dans notre longue histoire de Canadiens-Français, il serait à peu près temps que nous retenions l'idée qu'un comportement de minoritaire et surtout d'entretenir des réactions de minorité bien annexée et passablement névrosée collectivement avec une idée fixe qui ne permet pas de comprendre « ce que c'est que l'indépendance », ne peut faire de nous une majorité collectivement indépendante ayant à son service un État souverain reconnu dans le monde. Comme exercice du temps des fêtes qui approche, il serait bon de réfléchir au texte de Parfondor et de scruter notre histoire politique récente du Québec.
Quelques recherches sur le site de VIGILE.NET pourraient faire comprendre l'ampleur du désastre actuel. Ce site Internet nous offre un éventail presque complet de nos contradictions fondamentales. Mais non ! Les Québécois-Français sont surtout des observateurs passifs. Parle, parle... Jase, jase... Or, ce qu'il faut dorénavant, c'est d'éviter à tout prix que le vaisseau québécois ne s'en aille nulle part, plutôt que de perdre son temps à explorer les arcades de la cupidité et de l'ambition des politiciens. Ce sont des dossiers fort intéressants pour écrire une intrigue historique, mais ce n'est pas la meilleure façon pour toute une société de faire l'Histoire. L'union indéfectible de toutes les forces indépendantistes devient une nécessité absolue et prioritaire.
Comme exercice du temps des Fêtes qui approche, il serait bon de réfléchir au texte de Parfondor et de relire l'histoire récente du Québec dans l'optique indépendantiste. Par exemple, l'élection de Stéphane Dion à la tête du Parti libéral du Canada est tout comme un lapsus révélateur et, d'autre part, les réactions des médias et de l'opinion publique sont à leur tour symptomatiques des attitudes politiques des deux Canadas.
La question pour tous les Québécois consiste à prendre parti définitivement pour l'optique indépendantiste. NON, l'indépendance n'est pas à la croisée des chemins ! Pour des centaines de milliers de Québécois le choix est déjà fait. C'est dire que ce choix est possible. D'ailleurs, il est aussi louable que celui de l'optique fédéraliste et certainement aussi crédible que l'optique impérialiste qu'endosse inconsciemment (?) et orgueilleusement le nouveau chef du Parti libéral du Canada. En ce qui concerne le chef du Parti libéral du Québec, il est franchement fédéraliste tout en laissant le champ libre au gouvernement canadian qui s'inspire des principes généraux de l'optique impérialiste.
Les chefs de file souverainistes et autres responsables de grands organismes de pression du Québec, tels les syndicats devraient commencer à penser sérieusement dans l'optique indépendantiste. En ce qui a trait aux universitaires qui sont favorables à l'indépendance du Québec, ils devraient se montrer plus visibles et apprendre à faire autres choses que des commentaires à la télévision ou dans les journaux. Relativement au milieu des affaires, de l'industrie et du commerce, il y en a sûrement un certain nombre de ces messieurs dames qui pourraient financer cet effort d'union des indépendantistes. À tous ceux qui ont de bons revenus et qui se disent indépendantistes, tel Guy A. Lepage et d'autres, pourraient contribuer financièrement et régulièrement à une grande organisation commune des indépendantistes québécois. Plutôt que de conduire à une révolte, les grandes manœuvres indépendantistes doivent se faire avec des moyens financiers considérables. Il faut cesser de s'animer inutilement. En lieu et place, il faut rechercher cette cohésion des indépendantistes et faire en sorte qu'elle existe, vive et agisse. Pour l'heure, il y a peu de combats qui se livrent. Un peuple en attente de sa reconnaissance, c'est, semble-t-il, ce que nous sommes !
Le vrai combat débutera quand les Québécois et les Québécoises feront valoir auprès de la population la nécessité de l'indépendance « pour faire dévier de cap son vaisseau remorqué » si l'on veut reprendre l'analogie de Parfondor.
Le printemps du Québec ne pourra advenir sans ce travail collectif au Québec et par des Québécois.
Bruno Deshaies

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BRUNO DESHAIES est né à Montréal. Il est marié et père de trois enfants. Il a demeuré à Québec de nombreuses années, puis il est revenu à Montréal en 2002. Il continue à publier sa chronique sur le site Internet Vigile.net. Il est un spécialiste de la pensée de Maurice Séguin. Vous trouverez son cours sur Les Normes (1961-1962) à l’adresse Internet qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 (N. B. Exceptionnellement, la numéro 5 est à l’adresse suivante : http://www.vigile.net/Les-Normes-en-histoire, la16 à l’adresse qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-15-20,18580 ) et les quatre chroniques supplémentaires : 21 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique 22 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19364 23 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19509 24 et fin http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19636 ainsi que son Histoire des deux Canadas (1961-62) : Le PREMIER CANADA http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-1-5 et le DEUXIÈME CANADA : http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-1-29 et un supplément http://www.vigile.net/Le-Canada-actuel-30

REM. : Pour toutes les chroniques numérotées mentionnées supra ainsi : 1-20, 1-5 et 1-29, il suffit de modifier le chiffre 1 par un autre chiffre, par ex. 2, 3, 4, pour qu’elles deviennent 2-20 ou 3-5 ou 4-29, etc. selon le nombre de chroniques jusqu’à la limite de chaque série. Il est obligatoire d’effectuer le changement directement sur l’adresse qui se trouve dans la fenêtre où l’hyperlien apparaît dans l’Internet. Par exemple : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 Vous devez vous rendre d’abord à la première adresse dans l’Internet (1-20). Ensuite, dans la fenêtre d’adresse Internet, vous modifier directement le chiffre pour accéder à une autre chronique, ainsi http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-10-29 La chronique devient (10-29).

Vous pouvez aussi consulter une série de chroniques consacrée à l’enseignement de l’histoire au Québec. Il suffit de se rendre à l’INDEX 1999 à 2004 : http://www.archives.vigile.net/ds-deshaies/index2.html Voir dans liste les chroniques numérotées 90, 128, 130, 155, 158, 160, 176 à 188, 191, 192 et « Le passé devient notre présent » sur la page d’appel de l’INDEX des chroniques de Bruno Deshaies (col. de gauche).

Finalement, il y a une série intitulée « POSITION ». Voir les chroniques numérotées 101, 104, 108 À 111, 119, 132 à 135, 152, 154, 159, 161, 163, 166 et 167.





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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    7 décembre 2006

    La souveraineté vaut elle une tasse de café.
    Si les 2 millions de souverainistes consentaient à la cause le prix d une tasse de café par mois, ça donnerait 24 millions par année dans le « pot » pour agir . Notre problème au Québec, c est que la souveraineté tient plus du fantasme qu à l exigence qu elle suppose. Pendant trop longtemps on a sous traité sa réalisation à un parti politique. Or le PQ a été, plus souvent qu autrement, un éteignoir pour la dynamique souverainiste. Le défie des souverainistes c est d actualiser le formidable potentiel (financier et créatif) que suppose ces 2 millions d adeptes, de leur faire comprendre d arrêter de fantasmer et de les convaincre que la souveraineté vaut bien une tasse de café.