Le salaire caché de Charest: entente privée, clame le PLQ

L'affaire remet sur le tapis la théorie du «pont d'or»

Salaire des élus

Québec -- Le Parti libéral a refusé de dire hier si l'entente qu'elle a avec son chef depuis 10 ans pour lui verser 75 000 $ par année, en plus de son salaire de premier ministre, est écrite. «Et si elle était écrite, je ne vous la donnerais pas, parce qu'elle relève du domaine privé», a expliqué hier Michel Rochette, le directeur des communications du Parti libéral. M. Rochette soutient du reste que le parti a «des avis juridiques» qui lui permettent de toute façon d'affirmer que la pratique est totalement légale, mais il n'a pas accepté de rendre ceux-ci publics.
C'est d'ailleurs ce que le premier ministre a répété hier, alors que les députés revenaient en Chambre pour la première fois depuis Noël. Un tel «arrangement, évidemment, c'est conforme aux lois», a-t-il soutenu, avant d'ajouter que, «sur le plan fiscal, toutes les lois sont respectées [...] Même si c'est un arrangement privé, j'ai voulu ce matin le rendre public, parce que de toute évidence ça allait créer un débat. Aussi bien le dire».
Le Parti québécois a attaqué seul sur cette question hier, puisque l'Action démocratique verse aussi un «salaire» de 50 000 $ à son chef depuis le mois de mai. Le leader du Parti québécois, François Gendron, doyen de l'Assemblée nationale, a soutenu qu'il n'avait jamais vu une pareille chose et a prévu qu'elle éclaboussera les rangs libéraux: «Comment le premier ministre du Québec, comme chef de parti et premier ministre du Québec, peut-il donner son aval à une telle pratique sans réaliser que, ce faisant, il laisse planer d'énormes soupçons sur sa propre intégrité et sur celle de tout son conseil?», a-t-il demandé. M. Gendron s'est aussi scandalisé que l'ancien président du PLQ Marc-André Blanchard ait présenté la rémunération supplémentaire au chef libéral comme un mécanisme pour éviter la corruption, «pour protéger et s'assurer de le mettre à l'abri contre toute pression indue», selon les mots de M. Blanchard.
Le whip péquiste Stéphane Bédard a demandé pour sa part «combien il a reçu au total sur 10 ans et sous quelle forme». Au PQ, on se demandait aussi pourquoi le premier ministre avait attendu 10 ans, et le reportage de TVA du journaliste Robert Plouffe, pour faire état de cette entente (par un communiqué diffusé hier à 5h du matin).
Jean Charest en a déjà parlé
En fait, ce n'était pas la toute première fois, hier, que Jean Charest parlait du fait que son parti lui a payé un salaire, selon ce que Le Devoir a découvert dans les archives du site de l'Assemblée nationale. Il l'avait déjà mentionné, mais en laissant entendre qu'il ne le recevait plus. C'était sa première conférence de presse à titre de chef de l'opposition, le 15 décembre 1998 (les élections avaient eu lieu le 30 novembre). Interrogé sur sa pension fédérale, il avait alors répondu: «Le jour où je suis devenu chef du Parti libéral du Québec, puisque je n'étais pas élu, c'est le Parti libéral du Québec qui a assumé mon salaire, juste pour vous le rappeler, puisque c'est une question qui peut en intriguer certains.» Il parla du salaire au passé, en précisant: «C'est eux [les gens du PLQ] qui ont assumé mon salaire, à un niveau équivalent à celui du chef de l'opposition officielle. Et ma pension au fédéral, j'y ai renoncé et j'ai demandé qu'on prenne des arrangements pour que je ne la reçoive pas ou, si ce n'était pas possible, parce que, techniquement, ce n'était pas clair si cela était possible ou non, que l'argent soit retourné au fonds consolidé», principal «compte de banque» de l'État.
Des précédents?
Est-ce illégal? Les représentants du Parti québécois n'ont pas voulu répondre hier. «Moi, je ne me prononce pas sur l'illégalité ou la légalité, je ne le sais pas», a répondu Stéphane Bédard, lui-même avocat.
Plus tôt en Chambre, le leader parlementaire Jean-Marc Fournier avait défendu son chef en soutenant qu'il ne s'agissait aucunement d'un cas de «double rémunération de fonds publics». De plus, a-t-il dit, chaque parti a eu recours à cette pratique. Non seulement Mario Dumont, mais André Boisclair a reçu un salaire du Parti québécois pendant quelques mois. Juste, a répondu le PQ, mais c'était avant qu'il devienne l'élu de Pointe-aux-Trembles. Un autre précédent a été soulevé, celui de Richard Legendre, qui a reçu, du 12 mars 2001 au 24 septembre 2001, un montant total de 39 900 $ sous forme d'honoraires professionnels. «C'était pour compenser le déficit financier qu'il subit en n'étant pas élu comme député», a-t-on expliqué au PQ, en insistant sur le fait que M. Legendre n'était pas élu.
Ponts d'or
En Chambre, en pleine attaque, M. Fournier a enjoint aux élus péquistes de regarder dans leurs propres rangs, où «des gens ont occupé des fonctions à des ministères, avec des conjoints qui n'étaient pas très loin». Il faisait référence au mari de la chef péquiste Pauline Marois, Claude Blanchet, président de la Société générale de financement au moment où Mme Marois était ministre des Finances. Plus tard, il est revenu sur ce cas, ajoutant que le «conjoint» a eu un «pont d'or» lorsqu'il a quitté son poste. Stéphane Bédard a alors répliqué: «Il faudrait qu'il nous explique c'est quoi, un pont d'or. S'il tient vraiment à parler de pont d'or ici», faisant allusion à une théorie sur le passage de Jean Charest de la scène fédérale à la québécoise en 1998. «Un pont d'or pour Charest?» est le titre d'un article publié en 2006 dans un journal souverainiste, Le Québécois. Lorsque Le Journal de Sherbrooke avait repris ces informations, le cabinet du premier ministre avait envoyé une mise en demeure au journal, traitant l'article de «tissu de mensonges». Quebecor, propriétaire du JdeS, avait présenté ses excuses au premier ministre et congédié les deux auteurs de l'article.


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