Le prochain Moulin

Vivement une histoire pour tous - un consensus, une histoire sans conflit... des collaborations sans remords, une extinction garantie... "Rassembleur", un Wolfcalm, comme un beau gros party masqué... comme savent si bien les organiser les Canadians. Sans tragédie. Une belle comédie-qui-tue!


Organisateurs, participants et journalistes ont conclu au succès du Moulin à paroles, tenu la fin de semaine dernière sur les plaines d'Abraham, à Québec. L'événement fut en effet, à certains égards, une réussite. L'idée même de lire en public des textes importants de l'histoire du Québec était originale.
Des milliers de personnes se sont déplacées et ont écouté dans un silence remarquable les textes choisis. Les organisateurs du Moulin à paroles ont aussi réussi à susciter un intérêt renouvelé pour l'histoire, ce qui est certainement une excellente chose.
Il y a toutefois un objectif que les gens du Moulin ont raté par des kilomètres: celui de tenir un événement rassembleur. Au contraire, les Québécois se sont retrouvés divisés suivant la même vieille ligne de fracture, indépendantistes contre fédéralistes.
Les participants ont tenu le gouvernement Charest responsable de l'absence des fédéralistes. Or, l'indignation exprimée - maladroitement - par le minsitre (sic) Sam Hamad, beaucoup de Québécois l'ont ressentie lorsqu'ils ont su qu'on lirait le manifeste du FLQ. Un Québécois fédéraliste ne pouvait, par ailleurs, qu'être très mal à son aise en prenant connaissance du choix des textes. Certes, il y avait du Trudeau; mais un texte de 1950 qui, s'il a eu son importance, n'est pas représentatif de la pensée de l'homme sur la situation politique du Québec, notamment sur les visées indépendantistes.
De Robert Bourassa, on a lu le seul discours qui ait fait l'affaire des souverainistes. De LaFontaine, on a déclamé la sortie contre l'exclusion du français du parlement du Canada Uni, mais on a ignoré un texte bien plus important, le Manifeste aux électeurs de Terrebonne, dans lequel il prône l'union des Canadiens français et des Canadiens anglais. On a cité le chef nationaliste Henri Bourassa et son disciple Armand Lavergne sans retenir un seul discours de leur grand rival Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada pendant 15 ans.
Et le manifeste des felquistes? Il a été applaudi... Les organisateurs ont voulu faire équilibre en faisant lire toute suite après la lettre de Pierre Laporte à son ami et premier ministre de l'époque, Robert Bourassa. Cela en a fait réfléchir certains. Mais Françoise David en a conclu que «Bourassa a laissé tomber M. Laporte», une accusation cruelle et sans fondement.
«C'est un grand gain pour la parole, il faut que ça soit refait», a dit le poète Raôul Duguay. Oui, il faut que ça soit refait. Mais, la prochaine fois, on devrait faire en sorte que les textes et les lecteurs soient représentatifs du Québec, que le Moulin à paroles soit davantage qu'une «grand-messe souverainiste» (Le Devoir). Si les organisateurs amorcent de bonne foi un rapprochement avec les fédéralistes et les associent d'égal à égal (!) à la préparation de l'événement; si des Québécois sont invités à entendre lire leur histoire dans toutes ses nuances; alors seulement le Moulin à paroles deviendra un événement à la fois pédagogique et rassembleur.

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André Pratte876 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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