Le pire gouvernement de l'histoire du Québec?

Des historiens comparent le gouvernement Charest à ceux de ses prédécesseurs

PLQ-insatisfaction



Après une suite de ratages de la part du gouvernement Charest, un chroniqueur respecté du quotidien The Gazette a gravement laissé tomber cette semaine qu'il s'agit du pire régime de l'histoire du Québec depuis celui du premier ministre Jean-Jacques Bertrand. Plusieurs commentateurs ont ensuite repris l'idée sur diverses tribunes.
Au pouvoir de 1968 à 1970, le gouvernement Bertrand avait su s'attirer la colère du public comme pas un. Que pensent les historiens de cette comparaison ?
Robert Comeau, professeur à l'UQAM et directeur de la chaire Hector-Fabre en histoire du Québec, croit que la comparaison tient la route.
Tout comme le gouvernement dirigé par Jean Charest, celui de «Jean-Jacques Bertrand a commis beaucoup d'erreurs», fait-il observer. «On se souvient surtout de sa pauvre compréhension de la situation linguistique. Avec la loi 63, il laissait le libre choix aux parents en matière d'éducation. Devant le chaos que créait son action, il ne semblait pas du tout comprendre le sentiment général. J'ai l'impression que, tout comme lui, le premier ministre Charest est assez décroché de la population.»
Coauteur d'une importante histoire du Québec contemporain, Paul-André Linteau, lui aussi professeur à l'UQAM, estime que ce type de comparaison s'avère forcément toujours un peu impressionniste. «Mais il est clair que, pour les historiens, le gouvernement Bertrand semble peu en phase avec ce qui se passe à l'époque dans la société québécoise.» Bertrand vivait au rythme des préoccupations d'un village des Cantons-de-l'Est où, explique le professeur, «dans une certaine tradition rurale de notables, il ne pouvait entrevoir les rapports sociaux entre communautés que dans un esprit de bonne entente un peu simpliste. Il manquait de hauteur pour comprendre la situation de l'État dans une perspective autre que régionale». Aujourd'hui, ajoute-t-il, «c'est bien un peu le même genre de situation que bien des journalistes décrivent au sujet du gouvernement Charest. Il y a d'ailleurs plus d'une fois que l'opinion publique se rebiffe fortement devant l'action de son gouvernement, tout comme à l'époque devant celui de Jean-Jacques Bertrand». Les manifestations d'opposition au gouvernement Bertrand avaient cependant pris une tendance parfois très musclée, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
Pour Pierre Anctil, directeur de l'Institut d'études canadiennes de l'Université d'Ottawa, il est très difficile de comparer l'action du gouvernement actuel avec celle de ses prédécesseurs. À propos de la question précise des écoles juives, il pense évidemment aux ennuis connus à l'époque du régime d'Alexandre Taschereau, dans l'entre-deux-guerres. «Mais Taschereau a été au pouvoir 15 ans : la situation de crise était différente, s'empresse-t-il d'ajouter. Il avait les affaire bien en main. Et il n'y a pas eu de débordements. Dans les circonstances, Taschereau était d'ailleurs plus libéral que Charest, au sens philosophique. Taschereau, au fond, a fait beaucoup mieux pour la communauté juive, au point où sa loi sur le système scolaire est demeurée à peu près intacte jusqu'au début des années 60.»
Ronald Rudin, professeur d'histoire à l'université Concordia, considère pour sa part que ces comparaisons comportent un intérêt assez limité. «Bien sûr, on fait sans cesse de tels rapprochements en histoire politique. Mais en histoire, les contextes changent. Il faut en tenir compte. Le monde politique n'est pas un jeu de football où on peut interchanger les données sans tenir compte du contexte.»
Chose certaine, ce n'est pas la première fois dans l'histoire qu'un gouvernement québécois doit subir les foudres de l'opinion publique à la suite d'une gouverne discutable des affaires de l'État. Les exemples sont en effet nombreux.
Citons pour mémoire qu'en 1958, la corruption du régime unioniste de Maurice Duplessis était plus que jamais apparue au grand jour lorsque Le Devoir avait publié en première page la liste des «honorables» qui s'étaient enrichis de façon malhonnête à la suite de transactions privilégiées de blocs d'actions de la Corporation de gaz naturel du Québec. L'Union nationale de Duplessis, au pouvoir depuis 1944, avait alors fini par s'effondrer devant la grogne du public et avec la mort du chef historique en 1959.
En 1976, dans un tout autre contexte, le directeur du Devoir, Claude Ryan, avait signalé à quel point l'attitude du gouvernement de Robert Bourassa était étriquée en matière linguistique. Il avait aussi souligné la propension générale des élus du Parti libéral à gouverner en zigzaguant, à la petite semaine, tout en faisant la place belle à des situations où ils étaient entraînés sur les voies du favoritisme le plus déplorable.
En plus de s'être enfoncé dans toutes sortes d'histoires malheureuses liées à la construction du Stade olympique, ce premier gouvernement Bourassa avait eu la vie dure à la suite du scandale de la viande avariée.
«Chaque gouvernement finit à peu près par connaître des scandales, explique le professeur Linteau. Mais même Robert Bourassa n'aurait jamais gouverné comme ça aujourd'hui. Le flair politique, au moins, était présent chez lui.»


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