«Le Devoir» profane-t-il «Le Devoir»?

Critique ouverte de «mon» quotidien

Tribune libre


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Bien que vigiliennes et vigiliens connaissent d’ores et déjà mes réserves à l’endroit du «nouveau» Devoir, j’estime aujourd’hui, au nom même de la tradition d’excellence de la Maison, devoir récidiver
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«Fais ce que dois!»
conviction intime d’un certain Henri Bourassa
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Dans l’édition du Devoir des 28-29 Janvier se voit mentionné à l’envi, dans un article publié en page A-7, le syntagme «conséquences écologiques». En l’occurrence, celles de la présence de la carpe dite asiatique dans les Grands Lacs. Or, on ne saura jamais de quelles «conséquences» il s’agit. Ni n’en connaîtrons les causes, stricto sensu. Aussi la prochaine fois vous pourriez laisser une fenêtre tout de blanc dévêtue. Ça évitera au lecteur de perdre son temps avec de la non-nouvelle. Cela dit, après vérification auprès de la version cybernéenne du texte, quelques secondes précédant le présent envoi à la Rédaction, je constate que l’impair a été corrigé. Fort bien. Tant pis tout de même pour les amants du papier. Les noces de même appellation attendront.
En B-6, le même quotidien, et le même jour, rappelle à notre souvenir que l’âge de l’Univers remonterait à 13,3 milliards années-lumière (en référence à l’hypothèse du «moment» fondateur - ou de la maman fondatrice - habituellement reconnu, soit ce que depuis le grand méconnu du plat-pays, Georges Lemaître, on nomme le Big Bang). Or dans l’encadré inférieur gauche de la même page, il est affirmé, histoire de bien déstabiliser le lecteur, sans doute, que cet âge, que nous qualifierons de conséquent, se situerait autour de 13,8 milliards… d’années.
Bigre! On croirait un copier/coller tiré du magazine Science et Avenir… Bah! une petite erreur. Toute petite. Comme si soudain, transposé au plan volumétrique, il était maintenu que l’Atlantique est de la dimension de la goutte d’eau s’échappant à l’instant de la robinetterie domestique. De fait ce sont les lumières qui font ici obscurité, la première donnée étant tout simplement farfelue. Cela dit..., cet article présente une autre confusion à la fois factuelle et scientifique (qui m’avait échappé, béotien que je suis). Voir à ce sujet le mot d’un internaute dans les espaces concernés.
Je n’en dis pas plus. Sous cet angle. Je pourrais aisément acheminer ce type de commentaire à la rédaction du Devoir à la faveur de chacune de ses éditions.
Ce qui est sans compter les fréquentes bourdes langagières de tous ordres - rédigés confus compris. Ou des choix éditoriaux souvent douteux (accorder la Une à un collectionneur de néons, comme on le fit tout récemment, nous fait naviguer, littéralement, dans les hautes sphères du Journal de Montréal).
Ce qui se révèle le plus insidieux toutefois, à mon sens, c’est l’orientation idéologique des lieux depuis environ une année. Disons Février 2016. Pour rester approximatif…
La «Question québécoise» – toujours dans les cimes hautement périlleuses de l’inconfortable statut du peuple québécois face à... lui-même et à son avenir – semble ne plus faire «recette» dans l’esprit de la nouvelle direction. À l’exemple du credo de l’ado peu ou pas politisé de notre temps, du moins quant à cette dimension de la vie citoyenne, il semblerait pour ces «descendants» (je procède ici à un délicat frottis légèrement indécent sur la polysémie du vocable) des Henri Bourassa et des André Laurendeau d’une autre époque que «ce qui est, est par définition acceptable». Alors pourquoi en changer? Ou même en parler.
Au reste, la liberté c’est passé de mode. Tout le monde sait ça. Ainsi le désordre établi, comme on disait autrefois, demeure solidement en selle (et du coup on pourra Passer à l’avenir, écrira l’idéologue Jocelyn Létourneau, considérant à toutes fins utiles, quoique à demi-mots, l’amnésie collective comme une donnée euristique de première puissance...). Thank you Satan! murmurera Ferré pour l’occasion, tombant derechef de chaise en Père-Lachaise. (Ah! fieffé mensonge pour le plaisir dépravé d’une simple assonance: le fier Léo est enterré à Monaco, où en pleine Grande Guerre il naquit)
Question québécoise sous le boisseau, disais-je donc. Ou peu s’en faut. Et ce, n’est-ce pas, en dépit d’un Gouvernement naufrageur comme jamais - jamais - le Québec n’en avait connu à ce jour dans son Histoire. Et ça perdure depuis 14 ans, mon ami (hormis le court intermède de quelques mois en 2012-2014). Hé là! C’est plus d’une demi-génération, ça, M'dame!
Ma foi, le Poulapaix de Gérald Godin (version référendaire Celine 1995 peut-être, sinon Chamberlain modèle 1938...?) tourne-t-il en boucle dans les salles de rédaction depuis le départ de M. Descôteaux…? Le cannabis de Just in en prime pour bien asseoir la déprime, avec ça...? Et la confusion des esprits qui s’ensuit. À coup sûr. Re-provincialisation assurée de l’idée même de l’Entité/Identité québécoise. Laquelle serait incapable - par distinction de tout peuple adulte qui se respecte - de se tenir debout tout seul (une province est toujours «la province de», inféodée par définition à un pouvoir extérieur, qui n’est pas sien. A fortiori lorsqu’il s’agit d’un autre peuple et d’une autre langue, aux intérêts divergents le plus souvent).
C’est du moins le message que pour ma part je décode chaque jour un peu plus dans «votre» journal, M. Myles. Au point d’en devenir rébarbatif. Et moi, réfractaire. Piano, insensiblement, insidieusement. Certes. Mais fermement, puissamment. André Pratte lui-même, ce patient de fraîche date du sanatorium d’Ottawa, et de religion powercorporatée depuis les calendes pré-romaines, n’en avait jamais espéré autant du sempiternel rival de La Presse (ni feu grand-papa Paul d’ailleurs). Même dans ses bilingual dreams les plus érotisants!
Jusqu'à l’oeil de lynx du très respectable Michel David, encyclopédie vivante du politique québécois contemporain, qui n’en a plus - ou quasi - que pour les travers de... l’Opposition. Officielle ou pas. État (végétatif?) général qui se voit illustré, comme en précipité (manière de court-bouillon conceptuel, dirons-nous), dans les chroniques «culinaires» d’un Tastet d'aptonyme, Jean-Philippe de son prénom. Lequel, très manifestement, se fait un «devoir» scrupuleux de ne jamais faire allusion au traitement peu respectueux réservé à la langue française (affichage, choix musical, service en général...) dans un nombre grandissant d’établissements de restauration de la principale ville française des Amériques. J’ai nommé Mount Ray All.
Même Josée Blanchette, nom de nom, dont j’apprécie par ailleurs la belle et libre folie (et qui n’est pas sans rappeler, à certains égards, la fraîche fleur Emmanuelle interprétant Stéphane Venne - cet homme baromètre de ces Septantines où l’avenir avait encore un avenir), s’indigne en vos pages pour le motif qu’à peine la moitié des Québécois maîtriserait la langue du Conquérant!
Comme si vivre et penser dans l’une des langues les plus riches, les plus raffinées et les plus cultivées de la Planète constituait une infirmité congénitale. Comme si vivre, aimer et travailler au Québec, avec des Québécois, pour des Québécois, réclamait impérativement de connaître la langue des aspirants-chefs du Conservative Party of Canada. Comme si la langue de Pierre Bourgault ne nous donnait pas accès, per se, et constitutivement, branchée sur les cinq continents, à un Matrimoine universel de haute culture à faire pâmer d’envie... toutes les autres. Hallucinant!
Nul n’en doutera, chère Joblo: à l’évidence vous avez bien intériorisé les leçons adductrices du maître. Bonbon suivra bientôt. De Keith Henderson ou de William Johnson assurément, ou sinon de quelque Beryl Wajsman ou Jack Jedwab de notre belle société anglodéfrancisante à vitesse Grand V. Points Air miles à la clé, bien entendu (désolé: les «kilomètres aériens» ne sont pas prévus à l’agenda avant 1977. Toute coquille mise à part, monsieur le pupitreur).
Pendant ce temps, eh oui, 96% des Étatsuniens de langue maternelle anglaise ne connaissent aucune autre langue que celle de Madonna (et encore... car ça tient quelquefois plus du pidgin que de la langue de Lord Byron). Y compris - gens pourtant de qualité et de solide instruction (c’était assez vrai jusqu’à peu, en tout cas) - la quasi-totalité de leurs Présidents depuis bientôt un quart de millénaire...
Ce qui force l’indignation, madame, et qui confine au scandale hormis que le plurilinguisme individuel restera toujours une qualité appréciable chez tout citoyen (nonobstant que la langue de Mr Donald ne constituât qu’un idiome, un seul, parmi les quelque 5000 et plus qui jasonnent sur la Planète, dont l’allemand, l’espagnol, le russe, le cantonais, le portugais, l’italien, le japonais ou l’arabe, sans compter le latin et le grec ancien, que nous aurions grand avantage à ramener à la petite - et grande - école en lieu et place de cette platitude sans nom de cours de gérance des affaires à des enfants de quinze ans) , c’est qu’il soit devenu, en sol québécois, impossible de vivre, de travailler et d’avoir accès à tous les services en français (publics ou via l'entreprise privée), spontanément, naturellement, partout et sans conditions, tergiversations, confrontations ou négociations. Ou affronts: actifs ou passifs, délibérés ou par abstention. Et ce, jusqu’à notre dernier souffle. Tout un chacun.
Car si mourir en anglais, n’est-ce pas, est au Québec un droit, et rien moins, s’éteindre en français n’y est tout au plus que statistiquement probable... À combien de reprises, et ce depuis une bonne vingtaine d’années maintenant, ne me suis-je pas fait rétorquer afin de me clore le bec (Good luck, sir!) en niant du même souffle ma propre et unique langue «officielle», ici, en pays de Gilles Vigneault, dans moult situations où on m’impose, par l'oral ou par l’écrit, un contexte anglais (voire, le con et le texte tout à la fois pour le même tarif) que nous étions... au Canada…!
Y compris, le croirez-vous, à la Bibliothèque Gabrielle-Roy du «Canadian Institute» de Québec...
Mille sabords! Tirerons-nous enfin l'unique conclusion intelligente possible à l’injure permanente…?
En outre (je reviens plus précisément au Devoir...), les départs des Josée Boileau, des Antoine Robitaille et des Lise Payette (plus ou moins forcés selon les cas?), combinés aux éditoriaux redondants des Guy Taillefer (bien que je ne dédaigne pas la nervure d’icelui), ainsi qu'à l’arrivée des Fabrice Vil pontifiants jusqu’au ridicule (et le plus souvent à côté de la plaque à force de s’écouter écrire), auront, au final, donné le ton à un Devoir que je ne reconnais plus. Bien que de bonnes plumes, je n’en disconviens pas, dont certaines récentes, il est vrai, soient en place.
Incidemment... À l’instar des ci-nommés à l’instant, les Nadeau, Rioux et autres Louis Cornellier seront-ils bientôt invités à leur tour à quitter le navire, monsieur Myles, madame Julien…?
Bref. Un Devoir, par conséquent, et en clair, qui me rebute de plus en plus. Comme à l’époque où M. Brian Myles s’appelait Benoît Lauzière.
Ce qui me désarme. Quasi dans les larmes. Car après Le Devoir, que reste-t-il? Outre la fondation d’un nouveau Jour dirigé par quelque nouvel Yves Michaud...
La mésinformation sans retenue et l’orientation sans gêne de l’opinion publique (made in Wonderful Canada) à la manière de Gesca et de sa protubérance cancéreuse (d’où l’extirpation chirurgicale du corps originel) marquée au sceau de Martin Cauchon (Capitales Médias)??? Voire, les «politiques» analogues en Radio-Canada. Où, comme par hasard, mais sans rien présumer chemin faisant, madame la rédactrice en chef et ce sans plume aucune à la main (c’est dame Josée qui en perd son grec, sinon son Théo Sarapo) aura fait ses classes...
Quand certains chroniqueurs des journaux de Québecor (je ne parle pas, on l’aura deviné, également présents en ces lieux, des animateurs de radios-poubelles à l’intelligence politique comparable à celle des ados déjà signalés) convoquent plus aisément la réflexion que «mon» Devoir de toujours, à peu de chose près, c’est qu’il y a un problème, un très sérieux problème, nodal, au sein de la vénérable Maison désormais sise rue Berri.
(Artère qui par ailleurs fut joliment célébrée, naguère, on s’en souviendra, par le toujours très estimé Paul Piché. Source d’inspiration de circonstance, très certainement).
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[Jean-Luc Gouin->LePeregrin@yahoo.ca]
Stadaconé, 1er Février 2017

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Jean-Luc Gouin94 articles

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Chambrelan du verbe et indocile citoyen de la Cité (les dossiers de la Francité et de la « Question » nationale du Québec l’occupent – et le préoccupent – tout particulièrement), mais également docteur en philosophie diplômé de l'Université Laval et spécialiste nord-américain du penseur allemand Hegel, JLG a publié ouvrages et maint article portant pour la plupart sur celui-ci.



Hegel. De la Logophonie comme chant du signe, son dernier opus, fruit de trente ans de recherche, a été publié simultanément, en 2018, et aux PUL, à Québec, et chez Hermann à Paris.

 

Textes « citoyens » choisis de Jean-Luc GOUIN ( 1995-2018 )

( parmi quelques centaines, qui hélas ne vieillissent pas )

 

•• Les Bilinguistes. Grands sorciers des langues phagocytaires

•• Débat sur la langue dans le quotidien Le Devoir (Été de 1998)

•• Qui sort, digne ! Franchir le miroir de notre schizophrénie collective

•• Le Franc Pays. Québécois ou Québec coi ? (+ de 20 ans plus tard, rien n’a changé...)

•• Le Lys dans le lisier (Ou pourquoi l’Indépendance du Québec, en quelques mots)

•• Aux larmes citoyens ! (anthropoème en hommage à Gaston Miron)

•• Philippe Couillard : Le Philippe Pétain de notre temps (Lettre à mon premier sous - ministre)

•• Autres espaces de réflexion (Société, Culture, Politique... dont : Ouvrez le Feu ! , Liquider pour argent liquide , Halloween. Plaie ou plaisir de l’enfance ? , Interdit de ne pas fumer ! ...) 

•• De l’humain travesti en divin (modeste contribution au projet d’une Charte de la laïcité)

•• Précis sur la malhonnêteté intellectuelle (aussi nommée mauvaise foi)

•• L’Homme Prométhée (une forme de « CQFD » irrésistible aux textes qui précèdent...?)

 

 





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3 commentaires

  • Jean-Luc Gouin Répondre

    4 février 2017

    --> Précision : Lettre au directeur du journal Le Devoir
    -
    M. Brian Myles, directeur du Devoir, m'achemina, aujourd'hui le 4 février, le court mot qui suit.
    Par acquit de conscience, je rends celui-ci public via la présente page. Et ce, afin que les "vigiliens" puissent, à leur tour, se constituer leur propre idée. Notamment de mes intentions.
    Lesquelles, sait-on jamais, auraient pu échapper à l'auteur lui-même...
    Ce mot est suivi du mien.
    Je rappelle en terminant que j'ai d'abord proposé la publication de «Le Devoir profane-t-il Le Devoir?» à la rédaction dudit quotidien. Aucune suite n'en a été donnée. Comme il en est d'ailleurs pour toute proposition de mon cru depuis un long moment.
    Merci.
    ___________
    Le 4 févr. 2017 à 12:30, Brian Myles <------------> a écrit :
    Monsieur Gouin
    J’ai lu votre lettre. Elle me laisse pantois. Il s’agit d’un procès d’intention en bonne et due forme auquel je ne répondrai pas.
    Par politesse, je tenais cependant à vous le dire.
    Meilleures salutations
    Brian Myles
    Directeur, Le Devoir
    1265 Berri 8e étage
    Montréal (Québec)
    H2L 4X4
    [Note de JLG: par courtoisie, j'ai retiré de son envoi les coordonnées personnelles de monsieur Myles]
    --------------------
    Bonjour monsieur Myles,
    Je vous remercie d’avoir pris la peine de répondre à ma lettre. Critique.
    À la lecture de votre mot, je me vois saisi par la même émotion que vous par le mien.
    Et comme vous, hélas, compte tenu que vous me prêtez des «intentions» qui ne m’effleurent même pas (vous n’aurez pas compris, très manifestement, combien un lecteur doit tenir à «son» journal pour ainsi consacrer l’énergie de quelque 2000 mots pour exprimer son malaise), je ne «répondrai» pas non plus. Dans le détail. Tout était dans l’original. Il suffirait peut-être de le relire. À tête reposée. Y compris entre les lignes. Quoique vous soyez, je ne l’ignore pas, très occupé.
    Lecteur fidèle du Devoir depuis quelques décennies, je crois être en mesure, cela dit pourtant bien modestement, d’«évaluer» les choses avec recul et perspective. Et ce, sans procès d’aucune sorte. Car je souhaite, vivement, sincèrement, le meilleur au quotidien que vous dirigez depuis maintenant une année complète (moins une poussière et demie). Mais encore ce Devoir doit-il en tout temps se révéler à la hauteur de sa réputation.
    À savoir : lui-même demeurer le meilleur de nos quotidiens québécois.
    Sur ce, monsieur le directeur, je vous salue cordialement.
    Jean-Luc Gouin,
    Capitale nationale, samedi le 4 Février 2017

  • Archives de Vigile Répondre

    2 février 2017

    Bon texte merci

  • Archives de Vigile Répondre

    1 février 2017

    En texte plus simple, sans circonvolutions, je me suis désabonné du Devoir, il y a maintenant environ deux ans, car je sentais ce prestigieux quotidien se faire bouffer par l'antiquébécoiserie en provenance d'Ottawa. Depuis que Brian Miles en a pris le contrôle, c'est tout simplement l'horreur. Il est clair maintenant que Le Devoir est devenu un outils de propagande fédéraliste de mauvais aloi. Je dirais même qu'il a remplacé La Presse.
    Un jour que, sur Vigile, je critiquais les articles tendancieux du Devoir, en commentaire, quelqu'un m'a tout simplement conseillé de ne plus payer pour me faire mentir. Il avait raison, je me suis désabonné en leur expliquant, bien sûr, pourquoi je le faisais.
    Reverrons-nous un jour Le Devoir reprendre le sérieux d'un journal libre? J'en doute fort.