INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 322

Le deuxième Canada (22/29)

Devant la proclamation de l’Union, c’est la résignation des Canadiens-Français, la deuxième capitulation

Chronique de Bruno Deshaies


« L’Union est enfin décrétée ! »

(L.-H. LaFontaine, 25 août 1840)

Progressivement, par la force des choses, Louis-Hippolyte LaFontaine (1807-1864) en tant que jeune chef réformiste de trente-deux ans va accepter l’Union. Un mois après l’adoption par le Parlement de Londres de l’Acte d’Union de la Province of Canada le 23 juillet 1840, il proposera à ses électeurs de la circonscription de Terrebonne son programme politique. Dans ce manifeste, il proclame qu’il coopérera à la réforme des institutions et au développement général du Canada (cf. paragr. no 51 et le Texte no 1-a). « En fait, comme l’écrit l’historien Marcel Trudel, il demande implicitement à ses compatriotes de renoncer au rêve de fonder, à l’intérieur des frontières du Bas-Canada, une nation indépendante. » (Cf. RÉF., no 3 : p. 215.) Cette posture politique annonce déjà les interprétations FÉDÉRALISTES-OPTIMISTES à l’intérieur et INDÉPENDANTISTES à l’extérieur (cf. Texte no 3).
On ne doit pas sous-estimer ce document fondateur de la pensée politique canadienne-française. Il a influencé et influence encore aujourd’hui la pensée nationaliste des Québécois autant celle des souverainistes que celle des fédéralistes. Il faut lire le Texte no 1-a) avec beaucoup d’attention, car il est un bon résumé de la position des réformistes modérés (cf. Texte no 1-b). Signalons que la correspondance de LaFontaine avec Sir Francis Hincks du Haut-Canada et ses relations politiques avec Étienne Parent à Québec lui serviront grandement, sans compter la collaboration de Robert Baldwin, chef du parti réformiste du Haut-Canada, qui lui offrira le siège d’York (Toronto) pour compenser sa défaite dans Terrebonne. LaFontaine fut élu facilement le 23 septembre 1841 dans le Canada Ouest pour siéger à l’Assemblée législative de la Province of Canada en tant que chef bas-canadien du parti réformiste modéré.
LaFontaine a cherché à se servir du régime de l’Union pour aider les siens en apportant des solutions intéressantes aux problèmes économiques et sociaux du Canada. Il croyait fermement que la responsabilité ministérielle offrirait les instruments politiques nécessaires à la réforme des institutions du Bas-Canada. Il a refusé un poste important au sein du Conseil exécutif que lui offrait Sydenham parce qu’il savait qu’il n’aurait pas l’occasion d’obtenir le gouvernement responsable. Toutefois, il ne se rendait pas compte, par ailleurs, qu’il endossait les grands objectifs canadians du gouverneur général dont l’UNION en dépit de ses injustices et le refus d’accorder le gouvernement responsable mais aussi de vivre dans « une seule Province relevant d’une administration unique » (cf. Texte no 2).
Les Canadiens-Français finirent donc par croire qu’ils avaient obtenu l’égalité politique. Comme ils sont la majorité dans le Canada Est, ils pensent avoir acquis les pleins pouvoirs. LaFontaine ne voit pas que par sa participation au gouvernement de l’Union il agit au nom d’une nationalité subordonnée.
Bruno Deshaies

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BRUNO DESHAIES est né à Montréal. Il est marié et père de trois enfants. Il a demeuré à Québec de nombreuses années, puis il est revenu à Montréal en 2002. Il continue à publier sa chronique sur le site Internet Vigile.net. Il est un spécialiste de la pensée de Maurice Séguin. Vous trouverez son cours sur Les Normes (1961-1962) à l’adresse Internet qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 (N. B. Exceptionnellement, la numéro 5 est à l’adresse suivante : http://www.vigile.net/Les-Normes-en-histoire, la16 à l’adresse qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-15-20,18580 ) et les quatre chroniques supplémentaires : 21 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique 22 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19364 23 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19509 24 et fin http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19636 ainsi que son Histoire des deux Canadas (1961-62) : Le PREMIER CANADA http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-1-5 et le DEUXIÈME CANADA : http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-1-29 et un supplément http://www.vigile.net/Le-Canada-actuel-30

REM. : Pour toutes les chroniques numérotées mentionnées supra ainsi : 1-20, 1-5 et 1-29, il suffit de modifier le chiffre 1 par un autre chiffre, par ex. 2, 3, 4, pour qu’elles deviennent 2-20 ou 3-5 ou 4-29, etc. selon le nombre de chroniques jusqu’à la limite de chaque série. Il est obligatoire d’effectuer le changement directement sur l’adresse qui se trouve dans la fenêtre où l’hyperlien apparaît dans l’Internet. Par exemple : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 Vous devez vous rendre d’abord à la première adresse dans l’Internet (1-20). Ensuite, dans la fenêtre d’adresse Internet, vous modifier directement le chiffre pour accéder à une autre chronique, ainsi http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-10-29 La chronique devient (10-29).

Vous pouvez aussi consulter une série de chroniques consacrée à l’enseignement de l’histoire au Québec. Il suffit de se rendre à l’INDEX 1999 à 2004 : http://www.archives.vigile.net/ds-deshaies/index2.html Voir dans liste les chroniques numérotées 90, 128, 130, 155, 158, 160, 176 à 188, 191, 192 et « Le passé devient notre présent » sur la page d’appel de l’INDEX des chroniques de Bruno Deshaies (col. de gauche).

Finalement, il y a une série intitulée « POSITION ». Voir les chroniques numérotées 101, 104, 108 À 111, 119, 132 à 135, 152, 154, 159, 161, 163, 166 et 167.





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1 commentaire

  • Bruno Deshaies Répondre

    13 octobre 2016

    2016-10-13
    «Les Canadiens-Français finirent donc par croire qu’ils avaient obtenu l’égalité politique.»
    Aux internautes qui veulent lire la suite de cette chronique doivent consulter l'hyperlien joint à ce message.
    X.– Acceptation de l’Union (à caractère fédéral) par les Canadiens-Français, comme un fait accompli : triomphe du self-government.
    • Paragr. 48-53 : 1840 : Thomson devient lord Sydenham

    La mise en oeuvre de l'Union vient mettre de facto les Canadiens-Français en état de subordination collective. Le processus a été achevé avec la constitution de 1867 qui a été reconfirmée et augmentée en 1982 et ses suites avec Stéphane Dion. Que la propagande fédéraliste va amplifier avec la commémoration du 150e Anniversaire de la Confédération.
    Devant toute cette évolution historique, le Parti Québécois a un travail colossal de déprogrammation mentale de la société québécoise.
    Philippe Couillard appartient à cette génération d'après l'Union de 1840 avec toute la tradition qui a suivi jusqu'à ce jour.