Souveraineté 101

Le Conseil de la souveraineté coiffé du bonnet d'âne

Même André Boisclair renie le document «pédagogique» Parlons souveraineté à l'école

2006 textes seuls

Le chef du Parti québécois, André Boisclair, a pris ses distances du guide pédagogique lancé hier par le Conseil de la souveraineté du Québec, Parlons de souveraineté à l'école, alors que son équipe parlementaire a refusé de débattre d'une motion à l'Assemblée nationale réitérant que le milieu scolaire ne doit pas être utilisé à des fins de propagande ou de démarches partisanes.

La présidente du PQ, Monique Richard, est associée à l'élaboration du document du Conseil de la souveraineté destiné aux enseignants, du primaire à l'université, pour faire la promotion de la souveraineté à travers des activités dites pédagogiques. Malgré cela, André Boisclair a soutenu dans un communiqué de presse que le défi des souverainistes de convaincre les Québécois doit prendre une autre voie «en faisant appel aux vertus du débat démocratique». «Ce travail incombe aux souverainistes. Il n'est d'aucune façon celui des enseignants. Cet ouvrage ne peut ni ne doit être considéré comme du matériel pédagogique destiné aux enfants. Il n'a pas et n'aura pas, sous un gouvernement du Parti québécois, sa place à l'école», a indiqué le chef péquiste.
De son côté, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a cautionné la démarche du Conseil de la souveraineté, rappelant qu'aucuns fonds publics n'ont été investis (sic) dans cette aventure. «Je me fie à la rigueur professionnelle des enseignants pour savoir s'ils l'utiliseront ou pas. Comme ça, ils pourront piger à différentes sources», a affirmé M. Duceppe.
À l'Assemblée nationale, la publication de ce guide pédagogique a soulevé une véritable tempête. «C'est scandaleux», s'est écrié le premier ministre Jean Charest, qualifiant de «dérive morale» cette tentative de propagande. «On vise de jeunes enfants pour chercher à les endoctriner sur le plan politique. Franchement, c'est des choses qu'on croirait avoir déjà vues dans d'anciens pays de l'Europe de l'Est.» André Boisclair doit «absolument dénoncer avec vigueur et fermeté cette tentative d'endoctrinement de nos enfants», estime M. Charest.
C'est le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, qui a ouvert le bal en posant une question au premier ministre puisque le règlement de l'Assemblée nationale ne lui permettait pas de s'adresser à l'opposition officielle mise en cause. Il s'en est pris au Conseil de la souveraineté, qui «invite carrément les 165 000 enseignants du Québec à se détourner de leur mandat fondamental par rapport aux jeunes pour entrer dans le monde de l'endoctrinement et de la propagande politique», ajoutant que «lorsqu'on s'adresse aux enfants, cela est particulièrement détestable».

Le chef adéquiste a demandé au ministre des Finances, Michel Audet, de retirer au Conseil de la souveraineté son statut d'organisme de bienfaisance qui permet à ses donateurs d'obtenir des déductions fiscales. M. Audet s'est engagé à se pencher sur ce cas. «Il y a certainement lieu d'examiner s'il n'y a pas d'abus.»
Placée sur la défensive, la chef de l'opposition officielle, Louise Harel, a soutenu que le livre incriminé n'est pas un outil pédagogique car il ne présente pas un point de vue et son contraire, ce qui est incompatible avec le développement de l'esprit critique. Le livre est en vente libre et des fonds publics n'ont pas servi à sa publication, a-t-elle souligné. Mme Harel a même évoqué les autodafés du Moyen Âge et la motion de blâme à l'endroit d'Yves Michaud, une motion «que nous regrettons, j'espère, nous tous».
Jean Charest en a profité pour blâmer le gouvernement péquiste précédent pour avoir accordé une subvention de près de deux millions au Conseil de la souveraineté en 1995 et pour critiquer le programme du PQ, qui préconise l'utilisation de fonds publics pour promouvoir la souveraineté.
Au terme de la période de questions, l'opposition officielle a refusé d'accorder son consentement pour que soit débattue une motion présentée par le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier. Cette motion stipule que l'Assemblée nationale «dénonce vigoureusement» la démarche du Conseil de la souveraineté et «réitère le principe fondamental que le milieu scolaire ne soit pas utilisé à des fins de propagande politique ou de démarches partisanes».
Pour le président du Conseil de la souveraineté, Gérald Larose, il n'y a aucune trace de propagande dans ce guide d'activités. Ce sont plutôt les fédéralistes qui usent de cette façon de faire, selon M. Larose, pour intoxiquer les enfants du Québec à travers une documentation officielle qui camoufle de la propagande en faveur du Canada. «C'est une opération à jet continu», a-t-il dénoncé. «On ne se réfugie pas derrière les Jeux olympiques de Turin et autres cossins», a ajouté M. Larose lors d'une conférence de presse.
«On veut familiariser les jeunes à la controverse et à son aspect créatif», a déclaré Colette Lebel, coprésidente de la commission de l'éducation au sein du Conseil de la souveraineté. Son collègue Robert Cadotte, qui a mené les travaux de réalisation du guide avec elle, a indiqué que c'est la façon d'éviter que les jeunes arrivent à 18 ans et ignorent quoi faire avec leur droit de vote.
L'appel lancé aux enseignants pour introduire le point de vue souverainiste dans les écoles n'a pas plu au président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Robert Parent. Celui-ci n'a pas mâché ses mots, affirmant qu'il est «contre le lavage de cerveaux, tout comme l'aseptisation des cerveaux». «Penser que les enseignants peuvent devenir des propagandistes de la souveraineté au Québec, je pense que ce serait prendre ses désirs pour des réalités. [...] Je n'ai que faire de la souveraineté. Je vous dirais la même chose pour le fédéralisme ou les tendances marxistes léninisantes», a tranché M. Parent.
Le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, a associé la démarche du Conseil de la souveraineté à un coup de publicité. «Ce n'est pas un guide d'enseignement qui a été évalué par le ministère de l'Éducation. S'il l'était, il ne répondrait à aucun des critères. J'ai la conviction que ce ne sera pas un livre qui sera utilisé. Il n'y a personne qui va vouloir se faire complice de ce que les auteurs appellent eux-mêmes un exercice de provocation», a affirmé le ministre Fournier.
De son côté, le professeur Marc-André Éthier, de la faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, a rappelé que l'endoctrinement par l'enseignement de l'histoire n'est pas nouveau. «Dans l'histoire du monde moderne, on se servait de l'histoire pour endoctriner les jeunes et rarement pour développer l'esprit critique. [...] Des études ont démontré que même lorsqu'on ne veut pas faire de l'endoctrinement, on en fait un peu. On a nos propres points de vue. On ne se rend pas toujours compte; on voit la paille dans l'oeil du voisin mais pas la poutre dans le nôtre», a souligné M. Éthier.
Avec la collaboration d'Alec Castonguay
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