Le BAPE bascule dans le camp anti-Kyoto

Rabaska



Depuis la ratification par le Canada -- et donc par le Québec -- du protocole de Kyoto, nul ne conteste plus la nécessité urgente et révolutionnaire de penser «globalement» pour agir «localement». Nul, sauf le Bureau des audiences publiques en environnement (BAPE).

Contrairement aux engagements pourtant officiels du Québec de réduire son bilan «local» d'émissions de gaz à effet de serre (GES) génératrices du chaos climatique «global», le BAPE vient de tomber dans l'incohérence anarchique totale en donnant son feu vert au projet de port méthanier Rabaska.
En jugeant «acceptable» ce projet anti-Kyoto, le BAPE vient d'autoriser le renard à s'installer dans le poulailler. Il se contrefout de savoir qu'une grande partie du gaz naturel qui sera importé d'outre-mer (d'aussi loin que la Russie) vers ce nouveau port permettra en réalité à l'Ouest canadien de consommer l'équivalent, en vertu du principe des vases communicants. Et ce, pour alimenter en énergie les fours des sables bitumineux de l'Alberta, qui sont parmi les plus grands «cracheurs» mondiaux de GES.
Pourquoi? Parce que le Québec reçoit une bonne partie de son gaz naturel en provenance des réserves de l'Ouest canadien, qui connaissent un déclin constant et dont l'épuisement est prévu dans une décennie.
Au lieu d'accroître les importations canadiennes de gaz naturel, sous le prétexte fallacieux qu'elles produisent moins de GES que le charbon ou le pétrole, nos gouvernements devraient [...] se doter d'une vision globale et à long terme. Ils devraient investir «massivement», ce que font déjà le Japon et l'Union européenne, dans la recherche-développement sur l'hydrogène en tant que combustible «propre» et sur les nouvelles technologies des piles à combustible, qui seront demain (même si elles sont aujourd'hui un peu plus coûteuses en fonds publics pour les nouvelles infrastructures) le substitut idéal au pétrole, ainsi que la stratégie la plus efficace pour réduire les GES à l'échelle planétaire.
De mon point de vue de professeur en gestion et comptabilité environnementales, fonction que j'occupe depuis 1980, et eu égard aux objectifs du protocole de Kyoto, le rapport du BAPE mériterait le sort suivant: être remisé sur les tablettes ou jeté aux orties.
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Daniel Clapin-Pépin, Professeur à l'École des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal


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