La vraie valeur de Kyoto

De Kyoto à Bali


La réduction des gaz à effet de serre est au coeur des discussions de la rencontre de Bali. Certaines sociétés profitent de l'événement pour faire la promotion de leur technologie, comme ce taxi à énergie solaire.

À la veille de la rencontre de Bali, il serait important de faire une précision par rapport à un autre aspect fondamental de Kyoto. Les contraintes auto-imposées par les signataires de l’accord tant décrié par Stephen Harper ne régleront en rien l’évolution des changements climatiques. Les petits 6 % du Canada et du Japon, 0 % pour la France (oui ! zéro !), etc. ne représentent rien par rapport aux 70 % à 90 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui seraient nécessaires pour vraiment faire fléchir la tendance lourde du réchauffement.

Quelle valeur a donc Kyoto ? Le pari que les signataires de l’accord ont fait était que les efforts déployés dans le cadre de Kyoto devraient mener à la découverte d’autres façons de faire et de produire plus propres. Kyoto serait alors un moteur de développement durable, en plus d’un accord de gestion environnementale ayant comme cible de contrer les changements climatiques.
Cette caractéristique fondamentale de l’accord doit être mieux comprise… Y a-t-il quelque chose de fait par rapport à ces belles intentions ? La réponse est un retentissant « oui ». Une panoplie d’actions a été menée dans le monde, mais ce texte n’est pas le lieu pour les décrire en détail. Chez nos voisins du Sud, on dénombre des actions éparses, non coordonnées. Fait important : ils avancent, quoique très lentement par rapport à la taille de leur économie et l’importance de leurs émissions. Chez les Allemands, les Hollandais, les Danois, entre autres Européens, l’effort coordonné et très soutenu par la Communauté européenne a donné lieu à d’importantes percées technologiques.
De plus en plus, de grandes sociétés multinationales voient dans les efforts de réduction un tremplin pour le développement de nouvelles technologies qui rapportent énormément de profits. En plus d’être « bonnes » pour l’environnement, ces initiatives constituent de vrais moteurs de développement durable. Quand, un jour, les compagnies canadiennes auront besoin de technologies performantes pour être concurrentielles (et là, on ne parle plus de la problématique des émissions), nous allons frapper à la porte de ceux qui ont pris la peine de faire des efforts de réduction de GES et qui, par conséquent, ont découvert de nouvelles technologies propres et performantes.
Donc, dans le cas de Kyoto II, l’erreur à ne pas répéter, c’est d’associer les efforts de réduction des émissions de GES à la seule dimension environnementale. Il faut insister aussi sur la valeur complémentaire et très importante que représentent la création et l’innovation qui découlent des efforts de réduction des GES. C’est la clé pour subsister économiquement dans le futur. Ce sont des raisons qui ont du poids pour s’impliquer dans un effort de réduction des émissions que le gouvernement Harper ainsi que bon nombre de secteurs industriels au Canada n’ont pas compris. Le Québec a plein d’atouts ; le gouvernement provincial doit maintenir une position ferme d’appui et d’incitation à la réduction des GES, car cela aura pour corollaire d’améliorer notre position concurrentielle.
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Alexandre Cabral
L’auteur est professeur titulaire au département de génie civil de la faculté de génie de l’Université de Sherbrooke.
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Professeur titulaire au département de génie civil de la faculté de génie de l’Université de Sherbrooke.





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