La renaissance de l'énergie nucléaire

Énergie nucléaire - Gentilly



Vue aérienne de la Centrale nucléaire Gentilly 2. Photo: Martin Tremblay

L'industrie de l'énergie nucléaire connaît actuellement une véritable renaissance. Il semble cependant peu probable que le Québec puisse participer à la croissance de cette industrie à l'échelle mondiale et ce, même si le gouvernement québécois a décidé de remettre en état le vieillissant et unique réacteur à eau lourde de la province, la centrale Gentilly 2 de 675 MW.
Pour que le Québec puisse saisir une telle occasion, deux développements devraient survenir : premièrement, il faudrait que la capacité nucléaire actuelle de la province soit haussée avec l'ajout d'un nouveau réacteur. Et deuxièmement, que le choix de ce nouveau réacteur porte sur la technologie à eau légère.Ailleurs dans le monde, les décisions sont prises. Fiable, sécuritaire, non polluant, le nucléaire offre des quantités suffisantes d'électricité de base pour répondre à la croissance de la demande. Et, l'eau légère est aujourd'hui la technologie privilégiée. On compte 386 réacteurs à eau légère (REL) en activité ou en construction dans 27 pays, comparativement à 48 réacteurs à eau lourde (RELo) dans 7 pays.
Même si l'abondance de l'hydroélectricité est un net avantage pour le Québec, les impacts environnementaux des nouveaux projets hydrauliques à très vaste échelle risquent de les rendre plus hasardeux à l'avenir. Si bien que les planificateurs de systèmes doivent envisager de diversifier la composition des sources d'énergie propre, y compris l'éolien, le solaire, la biomasse et l'énergie nucléaire.
De plus, cette capacité nucléaire accrue permettrait au Québec d'exporter plus d'énergie propre aux juridictions voisines, comme l'État de New York, afin de la substituer à l'électricité produite avec du charbon, offrant ainsi un air plus pur sur le continent au bénéfice de tous.
Les REL ont d'énormes avantages sur les RELo. Ils ne requièrent pas de mise à niveau à mi-vie utile; Hydro-Québec estime celle de Gentilly 2 à 1,9 milliard $.
Un autre avantage tient au fait que les autorités responsables de la sûreté portent partout leur attention sur le « mode REL », compte tenu de sa prépondérance sur les marchés. L'expérience réglementaire ainsi acquise progressivement est déterminante puisqu'une plus grande familiarité avec les processus d'octroi de licences contribueront à contenir les coûts des nouveaux réacteurs.
Compte tenu de la portée et du temps que les projets de construction nucléaires requièrent, les enjeux de chaîne d'approvisionnement sont également importants. Les acheteurs de REL ont accès à un plus important bassin de fournisseurs, ce qui réduit le risque de délais coûteux. En choisissant la technologie REL, le Québec s'intégrerait à cette chaîne mondiale de fournisseurs. En retour, cela lui ouvrirait la porte à des partenariats internationaux et lui donnerait l'occasion de devenir un fournisseur de biens et services nucléaires pour d'autres pays.
La décision de construire des REL au Québec augmenterait le niveau de compétence nucléaire de la province plutôt que de l'en détacher. Avec 44 RELo en activité mondialement et 4 autres en construction, l'expertise en matière d'eau lourde demeurerait en demande jusqu'à un certain point. Toutefois, en se diversifiant dans l'eau légère, les ingénieurs et techniciens canadiens du nucléaire auraient enfin l'occasion de travailler au sein d'un marché de loin plus important, celui de l'eau légère, y compris aux États-Unis et en Europe de l'Ouest.
Alors que le Québec met au point ses besoins énergétiques futurs, la décision d'accroître la capacité de génération nucléaire, tout en se branchant sur la chaîne mondiale d'approvisionnement pour de nouveaux REL serait un investissement avisé. Cela cimenterait le leadership de la province en génération, transport et distribution d'électricité propre.
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Armand Laferrère
L'auteur est président et chef de la direction d'AREVA Canada, une société qui spécialisée dans l'exploration et l'extraction d'uranium depuis 40 ans.

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L'auteur est président et chef de la direction d'AREVA Canada, une société qui spécialisée dans l'exploration et l'extraction d'uranium depuis 40 ans.





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