La paix entre la Syrie et Israël est-elle possible?

Proche-Orient : mensonges, désastre et cynisme



Lors de son discours d'investiture pour son deuxième mandat, le 17 juillet dernier, le président syrien Bacher el-Assad a émis publiquement une proposition de paix explicite avec Israël sur la base de «la terre contre la paix».

De son côté, le premier ministre israélien Éhoud Olmert a répliqué qu'il est prêt à entreprendre «des discussions directes» au sujet du Golan, un territoire conquis par Israël lors de la guerre des Six Jours, en 1967, et annexé en 1981. Peut-on ainsi espérer de parvenir à un traité de paix entre ces deux pays, à l'instar de ceux qu'Israël avait signés avec l'Égypte en 1979 (traité de Camp David) et avec la Jordanie en 1994 (surnommé accord de Wadi Araba)?
Négociations israélo-syriennes
Les origines des négociations israélo-syriennes remontent à la conférence de Madrid en octobre 1991, parrainée par les États-Unis et par l'Union soviétique dans le but de trouver un règlement pour le conflit israélo-arabe. Ainsi, les négociations se sont d'abord nouées dans ce cadre multilatéral fixé par cette conférence. Un cycle de discussions bilatérales s'est engagé sans aucun progrès notable.
Le deuxième cycle a débuté en 1995 à Wye River, aux États-Unis, avec le soutien du président américain Bill Clinton, qui était très actif, contrairement à l'administration actuelle, dans le processus de paix israélo-arabe. Ce cycle a été interrompu en 1996 à la suite de l'opération militaire israélienne au Liban, appelée «Raisins de la colère».
Le troisième cycle a été entamé en décembre 1999, c'est-à-dire après l'arrivée au pouvoir en Israël d'Éhoud Barak, en mai de la même année. Ces négociations qui n'ont mené nulle part ont été suspendues en janvier 2000.
Cependant, les deux pays ont maintenu des contacts secrets en Europe, notamment au cours de la période 2004-06, en vue de conclure un accord de paix négocié. Pendant l'année en cours, la Turquie a servi d'intermédiaire à travers son ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gül, qui a tenté de rapprocher les points de vue entre les deux pays.
Les points de blocage
Il y a maintenant 17 ans que la conférence de Madrid a eu lieu et les relations entre la Syrie et Israël demeurent toujours fondées sur une méfiance mutuelle. Ces deux pays n'arrivent pas à trouver de solution pour les principaux points de blocage: le retrait israélien du plateau du Golan, la question de l'eau, les garanties de sécurité, la normalisation des relations entre les deux pays et le calendrier d'application.
La Syrie exige un retrait total du plateau du Golan, c'est-à-dire le retour à la frontière du 4 juin 1967. Dans son discours mentionné précédemment, le président syrien Bachar el-Assad a précisé que la Syrie «veut des garanties selon lesquelles elle obtiendra tout le territoire [du Golan]. Nous ne pourrons pas entamer des négociations sans savoir sur quoi elles portent. Ils doivent donner leur parole ou s'engager par écrit à ce que l'intégralité de notre terre nous sera restituée». Sur ce point, la position israélienne a beaucoup évolué, passant d'un retrait partiel à une restitution significative en fonction de l'avancement dans l'application du calendrier de paix et, enfin, à la possibilité de discuter de l'hypothèse d'un retrait total.
En ce qui concerne la question de l'eau, Israël insiste sur l'importance stratégique du plateau du Golan pour son approvisionnement en eau puisque celui-ci alimente le lac de Tibériade, qui fournit à lui seul 40 % de l'eau potable d'Israël. Le retrait du Golan entraîne pour Israël la perte d'une grande partie de son contrôle sur les ressources en eau. La paix hydrique ne peut donc être séparée des autres questions d'une paix politique dans la région. Désormais, eau et terre ne font qu'un.
Quant au sujet de la sécurité, les conditions posées par chaque partie sont «très problématiques», malgré que celles-ci soient parvenues à s'entendre, lors du deuxième cycle des négociations, sur un texte intitulé Buts et principes des arrangements de sécurité. Israël réclame le redéploiement des forces armées syriennes sur les frontières, la limitation de la course aux armements du côté syrien et le maintien sous son contrôle de la station d'écoute installée sur le mont Hermon. Ces conditions sont catégoriquement rejetées par la Syrie, qui les considère comme une atteinte à sa souveraineté.
Enfin, Israël conditionne les perspectives de la normalisation des relations au changement de la politique syrienne dans la région. Il s'agit du soutien de la Syrie au mouvement Hamas, de ses relations avec le Hezbollah et de sa politique au Liban ainsi que de son alliance stratégique avec l'Iran. Sur ces trois points, Israël estime que le fait que le régime de Damas choisisse le Hamas, le Hezbollah et l'Iran comme des partenaires dans la région fait planer des doutes sur sa volonté de faire la paix. La question est donc de savoir dans quelle mesure la Syrie est prête à revoir ses alliances régionales.
Ce n'est pas le bon moment
Pour le moment, la conjoncture politique au Proche-Orient ne favorise pas la reprise des négociations entre la Syrie et Israël sur des bases solides.
D'abord, le premier ministre israélien Éhoud Olmert est dépourvu de soutien politique interne, notamment celui du parti Shass (parti orthodoxe, deuxième en importance au sein de la coalition gouvernementale), qui lui permettrait de faire des concessions territoriales sur le prix à payer pour réaliser la paix avec la Syrie, surtout après le fiasco de la guerre du Liban de l'été 2006 et une popularité qui a atteint un plus bas irrécupérable.
Ensuite, l'administration Bush, paralysée par la situation en Irak, n'est pas motivée à jouer le rôle d'intermédiaire. Washington demande à Israël de progresser dans le dossier palestinien afin de renforcer le président Mahmoud Abbas contre le Hamas.
Enfin, pour conclure, il y a beaucoup de points où la confiance fait défaut entre les deux pays, et leurs relations sont encore marquées par la logique de la force et le dilemme de la sécurité. Ainsi, en l'absence d'une attitude consistant à chercher des solutions basées sur une approche où tout le monde en sortirait gagnant, le moment d'espérer la paix n'est pas encore venu.
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Brahim Saidy, Chargé de cours et doctorant en science politique à l'UQAM


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