INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 248

L'indépendance nationale prisonnière des idées du passé du Parti Québécois

Chronique de Bruno Deshaies




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Collaboration spéciale : Pierre Daviau
L'auteur de cette chronique habite Québec.
_ Il a travaillé pour le Parti québécois et aussi pour le Bloc durant plusieurs années.
_ Dans cet article, l'auteur nous explique jusqu'à quel point le poids des idées reçues nuit au renouveau des idées et favorise l' « immobilisme politique » au plan de l'indépendance nationale.
Présentation
Dans cette chronique, notre collaborateur, monsieur Pierre Daviau, analyse les oscillations de la pensée et du discours du chef du Parti québécois. Il en arrive à la conclusion que le nouveau chef est presque une girouette politique. Il s'attaque donc à « cette simplification à l'extrême » du langage qui concerne l'objet de l'indépendance nationale. « Le problème de fond, selon lui, croupit dans les assises mêmes du PQ et chez une majorité de ses membres. » Il fait donc appel à une autocritique des souverainistes en signalant que « l'époque de passer sous silence l'inaction et les maladresses du Parti québécois est révolue. »
Nous remercions monsieur Pierre Daviau d'avoir exprimé franchement sa pensée et ses réflexions sur l'évolution du mouvement indépendantiste au Québec.
Nous invitons les lectrices et les lecteurs de cette chronique à nous faire part de leurs commentaires.
Bruno Deshaies

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« À ce jour, la pensée et le discours du Parti québécois
au sujet de l'indépendance nationale
sont empêtrés dans les vieilles idées du passé. »
(Pierre Daviau)

Le chef du Parti Québécois, le soi-disant jeune, André Boisclair, ressasse les mêmes vieilles rengaines. Rien ne va plus avec ce nouveau chef.
Le Conseil national du Parti québécois tenu le 18 mars 2006 et auquel participait le chef, les députés et les 125 présidents et présidentes des circonscriptions n'a rien apporté de nouveau aux indépendantistes. Nous assistons, plutôt, à des redites politiciennes et à un mimétisme qui témoignent de la faiblesse des idées.
Parti québécois : synonyme d'idées éculées du passé !
Le chef déclare : « On n'est pas des référendistes. On veut un vrai coffre à outils pour le développement du Québec. La souveraineté, c'est de se doter des outils pour notre développement ». (Voir NOTE no 1)
Nous constatons une énième fois qu'André Boisclair ne fait que réciter sans cesse les mêmes vielles recettes apprises au Parti québécois. Il semble incapable de penser par lui-même. Voici deux exemples. Premièrement, celle du « coffre à outils » n'explique en rien ce qu'est l'indépendance nationale aux Québécoises et aux Québécois. On peut même affirmer que cet argument est simpliste. Le deuxième exemple, celui de limiter l'indépendance nationale (la souveraineté pour le chef) à un outil pour le développement du Québec, est plutôt court comme explication. Le sens de l'indépendance nationale est beaucoup plus englobant que le seul développement économique car il concerne tous les domaines de l'activité humaine d'une société et tous les pouvoirs que possède un État reconnu comme indépendant.
Ces deux exemples illustrent l'erreur fondamentale à la base de l'argumentation que Parti québécois traîne, tel un boulet, depuis des décennies. Cette erreur consiste à vouloir tellement simplifier la pensée pour que le « monde dit ordinaire » comprenne, qu'on passe à côté de l'essentiel. Cette simplification à l'extrême dénote de l'irrespect, pour ne pas dire du mépris, pour les Québécoises et les Québécois. Or, ces derniers possèdent l'intelligence nécessaire pour saisir le fond de la question nationale et toutes les implications de l'indépendance. Il est de beaucoup préférable de s'adresser à leur intelligence plutôt que d'utiliser des recettes infantilisantes.

« Le sens de l'indépendance nationale est beaucoup plus englobant que le seul développement économique car il concerne tous les domaines de l'activité humaine d'une société et tous les pouvoirs que possède un État reconnu indépendant. »


À ce jour, la pensée et le discours du Parti québécois au sujet de l'indépendance nationale sont empêtrés dans les vieilles idées du passé. Force est de reconnaître l'absence d'évolution, de renouveau, sur cette question primordiale qui justifia, jadis, la fondation de ce parti. Cet immobilisme politique, cette absence de vision ne peuvent pas se justifier au moyen de faux fuyants du genre « c'est la faute à Ottawa ». Ce problème crucial émane exclusivement de la léthargie du Parti québécois et perdure à cause de l'ignorance et de l'inexistence de volonté politique. Ce ne sont certainement pas les questions de stratégie ou la multiplicité interminable des problèmes partisans de petite politique quotidienne, celles qui ameutent les médias qui remplaceront le besoin d'une réflexion profonde. En politique comme ailleurs, la fuite en avant s'avère un gage de la désaffection des citoyens et d'une défaite lamentable.
Si le Parti québécois est honnête dans la recherche de l'indépendance, il doit s'amender au plus tôt et s'engager, avec l'ensemble des citoyens, à créer L'UNITÉ des Québécoises et des Québécois. Voilà le pré-requis nécessaire qui permettra de mener victorieusement le combat ultime de la libération du Québec. Agir autrement est signe de désinvolture et de fanfaronnade morbides

« Les indépendantistes sont-ils aussi convaincus et déterminés pour décider de se mettre à la tâche et renverser la situation en faveur de l'indépendance ? »


Le Parti québécois n'a qu'à se blâmer lui-même pour son incohérence et son refus de changer sa conception de l'indépendance nationale et de faire l'éducation des citoyens sur la question nationale. Le problème de fond croupit dans les assises mêmes du PQ et chez une majorité de ses membres. Tout indépendantiste doit reconnaître ce fait et susciter les changements requis si l'indépendance du Québec constitue pour lui l'objectif incontournable du peuple québécois. L'époque où l'on passait sous silence l'inaction et les maladresses du Parti québécois est révolue. Le temps presse pour agir car l'évolution en cours risque d'anéantir nos espoirs. S'ils veulent vraiment
« REMETTRE LE QUÉBEC SUR LES RAILS DE L'INDÉPENDANCE ! »,
les indépendantistes doivent
« CESSEZ DE RÊVER ! »
et s'engager à développer
« L'INSTRUMENTALISATION DE L'INDÉPENDANCE ».

Dans sa chronique « Les « groupes réels sont nécessaires à l'indépendance du Québec »», Bruno Deshaies constate, lui aussi, que la pensée du Parti québécois au sujet de l'indépendance nationale n'a pas évoluée depuis plus de trente ans et que la tâche nécessite un effort constant. Ce n'est pas la très médiocre « Saison des idées » qui a inversé cette tendance lourde. De plus, nous constatons que les difficultés proviennent souvent des membres du Parti québécois et de leurs amis du Bloc québécois.. Les indépendantistes sont-ils aussi convaincus et déterminés qu'il le faut pour décider de se mettre à la tâche et renverser la situation en faveur de l'indépendance ?
Clientélisme politicien enrobé de messianisme
Selon André Boisclair, le slogan électoral du Parti pour la prochaine campagne électorale pourrait être : « « Un Québec pour le monde », qu'il a martelé. Ce monde, c'est celles et ceux « à 7$, 8$, 9$ de l'heure qui en arrachent, pas le monde de Westmount ». Ce monde, c'est aussi la planète, où le Québec pourrait devenir « un phare de paix » dixit le chef du PQ, et non un « sous-traitant à Ottawa » ». (Voir NOTE no 2)
Évidemment, tout le « monde » veut aider les démunis et les personnes à faible revenu. Personne n'osera s'opposer à cet idéal. Cependant, sous les apparences de la social-démocratie, cette déclaration est tout simplement du pur clientélisme de bas étage. Que penser de cette simplification primaire du « monde » par un chef impétueux ? Comment André Boisclair considère-t-il les autres citoyens et citoyennes qui n'entrent pas dans sa définition du « monde » ? Sont-ils pour lui des chiens, des vaches ou des sales-cochons-puants-de-contribuables n'ayant pas le droit de participer à la société et d'être représentés démocratiquement à l'Assemblée nationale ?
Selon la deuxième partie de la citation précédente, ce monde c'est aussi la planète où le Québec pourrait devenir « un phare de paix ». Voilà pour le messianisme. Nous verrons plus loin, au sujet de l'environnement, que le messianisme du chef ressurgit de plus belle. En cela, André Boisclair copie les discours de l'ancienne élite nationaliste traditionnelle perdue dans ses rêves et ses illusions. Cette élite ne comprenait pas que la Défaite de 1759 ne constituait pas une « victoire morale » et avait choisi de croire en ses chimères, alors qu'un nouveau Régime anglais avait remplacé le Régime français, celui de nos ancêtres.
PLUTÔT QUE DE CHERCHER À ÉPATER LE « MONDE » et servir d'exemple à l'univers dans tous les domaines, LE QUÉBEC NE DEVRAIT-IL PAS, EN PREMIER, APPRENDRE À ÊTRE ET À EXISTER PAR LUI-MÊME. Ce seul changement, par son effet sur la pensée des Québécoises et des Québécois, constituerait une révolution en soi. Deuxièmement, la priorité de ce chef ne devrait-elle pas être d'expliquer en quoi consiste l'indépendance nationale? Cette priorité, L'ENSEIGNEMENT DE L'INDÉPENDANCE est impossible à actualiser car André Boisclair, répétant sans cesse les mêmes vieilles rengaines, nous démontre quotidiennement qu'elle dépasse le champ de ses connaissances. En effet, entrer très jeune en politique et en faire sa seule expérience de vie peut engendrer un handicap qui limite inexorablement le champ d'expérience et celui de l'acquisition des connaissances dans des domaines importants des activités d'une société. Comme conséquence, la société paie le prix exorbitant de l'ignorance institutionnalisée.
Ces déclarations démontrent qu'André Boisclair s'est transformé en expert d'un clientélisme démagogique de bas étage. On se croirait revenu à l'époque la plus sombre des années du régime conservateur de Maurice Duplessis.
Virage à droite comme solution aux problèmes de l'État
À un moment donné, le chat sort du sac quand le chef déclare sa foi dans le privé et la réussite individuelle. En effet, la journaliste rapporte : « « Sur sa droite, le chef péquiste a appelé les députés et les 125 présidents d'association devant lui à « à se réconcilier avec le privé, à saluer la réussite individuelle ». M. Boisclair a tenu à prendre ses distances avec l'interventionnisme à tout crin et avec l'étatisme, tout en assurant qu'il n'aura « pas peur d'intervenir pour assurer le développement des régions » ». (Voir NOTE no 2. Les caractères gras sont de nous)
Le chef a bien caché ses idées de droite durant la course à la direction. Il est juste de se questionner sur le résultat de cette course, parce que le candidat Boisclair n'a pas affiché ouvertement de telles idées. Le point en cause ici c'est le fait qu'André Boisclair a caché ses idées de droite. Cette façon de se conduire en politique relève de la malhonnêteté intellectuelle si courante de nos jours. Elle s'avère aussi un abus de confiance déshonorant au même titre que la promesse de Jean Charest de réduire les impôts de 5 milliards de dollars par année, au rythme de 1 milliard annuellement. De tels comportements sont répréhensibles au plus haut point car ils minent la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques, justifient leur cynisme au sujet des politiciens et corrompent les mœurs politiques.
Le deuxième point qui fait problème concerne l'intervention de l'État dans le développement économique des régions seulement. Doit-on comprendre que le développement du Québec d'André Boisclair ne concerne que les régions ? Comment les citoyens des autres régions doivent-ils interpréter cette définition restrictive du développement du Québec ? Ne seraient-ils pas excusés de remettre en question leur appui au Parti québécois lors des prochaines élections ? André Boisclair fait fausse route.
Troisièmement, cette profession de foi subite pour les idées de droite est inquiétante. Dans la société il y a place pour l'entreprise privée et la réussite individuelle. Cependant, l'application de ces idées à la mode en cette période de libéralisme économique n'augure rien de bon. En effet, les petites élites politiques choisissent cette orientation pour des raisons purement idéologiques, comme remplacement à leur incompétence pour gérer efficacement et comme moyen de déresponsabiliser l'État en ce qui a trait à ses obligations envers les citoyens. Sont happés dans cette tornade idéologique la privatisation de l'eau dans les municipalités, les PPP (partenariat public privé) en santé (hôpitaux, cliniques privées...), pour les routes, la vente de parties de parcs (Parc du Mont-Orford), etc. N'oublions pas qu'engranger des profits est le seul but du privé alors que celui de l'État est de rendre des services publics dans les meilleurs intérêts de la population. Dans ces domaines le privé n'a absolument pas sa place.
L'État, par la voix des politiciens, justifie ses orientations en faisant valoir qu'il réalisera des économies ou qu'il ne possède pas les ressources financières nécessaires pour agir lui-même. Mensonges, tout n'est que mensonges. En faisant intervenir le privé dans les services publics, l'État ne fait que reporter à plus tard le remboursement des coûts à un prix beaucoup plus élevé. Le mythe que le secteur privé est plus efficace dans la dispensation de services publics relève de la pensée magique. En effet, une comparaison entre les coûts des services publics ou privées identiques n'a jamais été faite. D'ailleurs, aucune raison objective ne peut légitimer un écart de coût entre ces deux systèmes. Or, la propagande constante qui entretient le mythe du privé accorde un avantage biaisé au privé, d'autant plus qu'il est amplifié par le préjugé défavorable des citoyens envers les employés et les services de l'État. Nous nous retrouvons alors dans une situation rocambolesque où le citoyen ne reconnaît même pas ses intérêts les plus élémentaires. Les mythes, les préjugés et la propagande ont atteint leurs objectifs en annihilant le sens critique des citoyens et en détruisant leur sens des responsabilités. La nouvelle norme sociétale semble devenir la phrase d'une certaine publicité : « Tout le monde le fait, fais le donc ! ».
Ce désengagement de l'État, directement ou indirectement, révèle l'incompétence et le manque de vision de ces petits politiciens. Croire que le privé constitue la solution aux difficultés de l'État démontre chez ces petits politiciens l'existence d'une naïveté enfantine ou relève purement et simplement de l'ignorance crasse. SI CES PETITS POLITICIENS SE SENTENT INCAPABLES DE REMPLIR LEURS FONCTIONS CORRECTEMENT, QU'ILS DÉMISSIONNENT. Monsieur Boisclair, choisissez !
Le mimétisme comme substitut à la réflexion politique
Depuis son accession à la direction du Parti québécois, André Boisclair a fait abondamment de la stratégie (D'ailleurs le but de la réunion du Conseil national du 18 mars 2006 était justement la stratégie électorale) mais ne semble pas avoir investit beaucoup de son temps à réfléchir afin de trouver des idées nouvelles. Voici, maintenant, qu'il se mue en caméléon.
Tel que le rapporte Mylène Moisan (cf. NOTE no 2) : « « Ce n'est donc pas par hasard si M. André Boisclair a longuement insisté, hier, sur le caractère social-démocrate de la formation politique qu'il dirige. « Le Québec qui sera assis au conseil des Nations unies sera un Québec écologiste, pacifiste, altermondialiste et solidaire », a marqué le chef péquiste, faisant siens les qualificatifs utilisés par le parti de Françoise David et d'Amir Kadir » ». Voilà que le caméléon s'approprie les idées de ses adversaires ! Cette manière politicienne de vouloir faire de la surenchère face à l'adversaire démontre que son auteur est incapable de réflexion sérieuse car il n'a pas appris à penser par lui-même. Ce Québec utopique d'André Boisclair, qu'il embrigade dans un messianisme attardé, possédera-t-il la sagesse politique élémentaire pour défendre ses intérêts avec autant de volonté que l'énergie que de chef met à imposer son messianisme ? (Les caractères gras sont de nous.)

Profession de foi dans le programme remise en cause
André Boisclair met des bémols sur son engagement pour le nouveau programme. En effet, lors de son premier discours en tant que chef du PQ, le 15 novembre 2005, il a déclaré : « Et j'ai salué pendant cette course l'à propos des décisions qui ont été prises à notre congrès de juin dernier. Ce soir, à toutes celles et ceux qui chercheraient à nous définir davantage à savoir si nous serions des lucides ou si nous serions des solidaires, je dis que c'est au bas d'un seul document que j'appose ma signature, ce document, vous le connaissez bien, vous l'avez adopté, c'est le programme du Parti Québécois, puis on peut en être fier. Ce programme dont je suis si fier, il représente la meilleure synthèse des intérêts économiques, sociaux et culturels du Québec. C'est avec ce programme en main que fièrement nous irons à la rencontre des Québécois et des Québécoises. » (Les caractères gras sont de nous.)
Aujourd'hui, changement de cap, sa fierté a pali et le programme n'est plus le seul document sur lequel il apposerait sa signature. En effet : « « Le député de Vachon, Camil Bouchard, à la tête du Comité de la plate-forme électorale, devra « enrichir le programme » adopté en juin 2005 par plus de 1500 militants réunis en congrès national. » » (Voir NOTE no 2. Les caractères gras sont de nous.)
Seulement quatre mois après avoir affirmé sa foi inébranlable dans le programme du parti, le chef renie presque sa parole. S'il veut « enrichir le programme », c'est que ce programme manque de substance et, par conséquent, ne le satisfait plus.
Mot de la fin
Tous ces changements de cap et l'incohérence d'André Boisclair sèment le scepticisme parmi les citoyens. Ces derniers trouveront-ils les arguments nécessaires pour appuyer ce chef et son parti aux prochaines élections dans le contexte d'une remise en cause de la social-démocratie qui a été la signature permanente du Parti québécois ? Le doute est de mise.
Pierre Daviau
NOTES
(1) (PC) - Selon André Boisclair Jean Charest « n'est pas cru, mais cuit », Dans Le Journal de Québec , dimanche 19 mars 2006, p. 15. Communiqué de la Presse canadienne.
(2) Mylène Moisan, Le PQ lance sa machine, Le Soleil, dimanche 19 mars 2006, p. A7.


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