L'homme de l'année

Climat politique au Québec

Quoi qu'on puisse penser de Mario Dumont, il est certainement celui qui a eu le plus d'impact sur la dynamique politique québécoise au cours de l'année qui s'achève. Comme il l'a lui-même dit dans son bilan de fin de session, 2007 aura été «le plus grand cru de toute l'histoire de l'ADQ».
Pourtant, à l'automne 2006, il ne savait plus à quel saint se vouer, comme il l'a confié à son biographe Denis Lessard. «On n'avait pas souvent de bonnes nouvelles. L'organisation vivotait, on n'avait pas plus de 20 associations en vie. [...] Dans les rencontres de circonscription, les gens se voient, mais ne font rien. Ils viennent aux conseils généraux, mais il ne se passe rien entre deux réunions. Faire du renouvellement de membres quand tu es à 14 % dans les sondages, ce n'est pas évident. Les téléphonistes dépriment après une demi-soirée.»
Quelques mois plus tard, il a été le grand responsable de l'élection d'un premier gouvernement minoritaire depuis 1878, et l'instigateur d'un débat qui allait monopoliser l'espace médiatique pendant des mois. Sans lui, il est clair qu'il n'y aurait jamais eu de commission Bouchard-Taylor.
Des trois chefs de partis, c'est celui de l'ADQ qui avait le plus gros apprentissage à faire. Ils devaient tous apprendre à composer avec cette cohabitation inédite, mais il était le seul qui n'avait jamais réellement eu une part de responsabilité dans le bon fonctionnement du Parlement. De toute évidence, cet apprentissage n'est pas terminé.
Depuis le temps qu'il y siège, M. Dumont connaît bien les rouages de l'Assemblée nationale, mais durant ces longues années de solitude, il ne s'est jamais demandé ce qu'il pouvait faire pour elle, mais plutôt ce qu'elle pouvait faire pour lui.
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Dès le soir du 26 mars dernier, il avait indiqué que son parti allait s'employer sans tarder à la préparation de son ultime rendez-vous avec l'histoire. M. Dumont estime qu'on a mal compris le message qu'il voulait envoyer en menaçant de renverser le gouvernement parce qu'il refusait d'abolir les commissions scolaires. C'est peut-être qu'il a été trop bien compris et que cette précipitation a déplu.
Bien sûr, toutes les oppositions cherchent à faire trébucher le gouvernement, mais la population était en droit de s'attendre à une contribution plus positive de l'ADQ, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Assemblée nationale.
Au printemps dernier, l'absence de M. Dumont au moment où la crise budgétaire s'était dénouée avait déjà illustré cette technique du hit and run, dont il est devenu un spécialiste. Il a récidivé la semaine dernière en boudant les audiences de la commission Bouchard-Taylor.
Il est vrai que l'inexpérience de son équipe se fait sentir, mais elle serait sans doute moins inquiétante si M. Dumont lui-même compensait par son bon jugement et son sens des responsabilités. Les jeux sont encore loin d'être faits pour les prochaines élections, mais il ne lui aura pas servi à grand-chose d'avoir été l'homme de l'année en 2007, si c'est pour voir le gros lot lui échapper l'an prochain.
Remarquez, il est de moins en en moins évident que des élections générales seront tenues au cours des 12 prochains mois. Dans l'hypothèse probable d'un scrutin fédéral tôt en 2008, Monique Jérôme-Forget pourrait rendre un grand service à tout le monde en présentant son budget au beau milieu de la campagne électorale.
L'un ou l'autre des partis d'opposition, sinon les deux, pourrait en prendre prétexte pour ne pas renverser le gouvernement, sans perdre la face pour autant. Le premier ministre Charest a raison: la population n'a actuellement aucune envie de retourner aux urnes. Au contraire, elle semble nettement plus satisfaite de ce gouvernement minoritaire que du précédent.
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Même si le PQ a pris du mieux depuis l'arrivée de Pauline Marois, il est loin d'être prêt à se présenter devant les électeurs. Contrairement à l'ADQ, il sera en mesure de présenter une équipe dont la capacité de gouverner ne fera pas de doute. Le problème en est plutôt un de contenu. Sur la plupart des questions, on ne sait pas trop où il loge.
Dans sa chronique hebdomadaire dans le Journal de Montréal, l'ancien président du Conseil du trésor, Joseph Facal, écrivait que la modernisation de la social-démocratie annoncée par Mme Marois constituait «le plus grand mystère» politique de cette année finissante. Si M. Facal, qui est proche de Mme Marois, ne sait pas où s'en va la chef du PQ, qui peut bien le savoir? Si on n'entend pas les grognements habituels dans les instances péquistes, c'est que tout est en suspens.
Il est vrai que la tentation de ne rien faire sera très forte si le PQ continue à grappiller quelques points dans les sondages. D'ailleurs, Mme Marois a une longue habitude de jouer sur tous les tableaux. La capacité d'écoute qu'on lui reconnaît a pour effet que tous ceux qui lui parlent, qu'ils soient «lucides» ou «solidaires», ont l'impression qu'elle approuve ce qu'ils disent, mais il sera bien difficile de rédiger une plate-forme qui satisfera à la fois François Legault et Louise Harel.
André Boisclair n'avait pas l'autorité pour imposer quoi que ce soit, mais le PQ ne peut pas se contenter encore une fois d'une «feuille de route» mi-chair mi-poisson adoptée à la va-vite à quelques semaines des élections. S'il ne peut pas tenir un référendum, il doit au moins présenter un programme de gouvernement qui propose une direction précise.
Surtout si Jean Charest poursuit sur sa lancée. Même les députés péquistes confient avoir été impressionnés par sa performance au cours des derniers mois. Lors de la prochaine campagne électorale, il risque d'être un adversaire redoutable. Il ne répétera certainement pas l'erreur de se laisser porter par son bilan. L'important n'est déjà plus de savoir qui a été la personnalité de 2007, mais qui sera celle de 2008.
mdavid@ledevoir.com
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