L'anglais va mieux au Québec que le français au Canada

Recensement 2006 - Langue française


Il est bien plus facile d'être un anglophone au Québec qu'un francophone ailleurs au Canada, confirme la première étude portant sur l'utilisation des langues des minorités de langue officielle au pays.
Les chiffres dévoilés hier par Statistique Canada (SC) sont éloquents: 22 % des francophones vivant hors du Québec utilisent surtout le français dans la vie de tous les jours, alors que 63 % des Québécois anglophones utilisent principalement l'anglais.
Autre paramètre, même résultat. En élargissant la catégorie pour inclure ceux qui, parmi ces minoritaires linguistiques, utilisent leur langue «souche» dans au moins 50 % des situations du quotidien, on obtient 42 % pour les francophones et 85 % pour les anglophones.
«Il faut garder à l'esprit que 45 % des francophones hors Québec vivent dans des communautés où ils représentent moins de 10 % de la population, alors que seulement 12 % des anglophones du Québec sont dans cette situation, indique Jean-Pïerre Corbeil, responsable des statistiques linguistiques à SC.
«Mais malgré cela, même quand ils sont très minoritaires dans leur communauté, les anglophones du Québec utilisent davantage l'anglais pour vivre que ne le font les francophones hors Québec.»
Un examen attentif des données de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle montre aussi que les chiffres globaux concernant les francophones hors Québec sont tirés vers le haut par les performances observées au Nouveau-Brunswick et en Ontario: plus on s'éloigne du Québec, plus il est rare et difficile vivre en français.
Ainsi, les trois quarts des francophones du Nouveau-Brunswick disent utiliser surtout le français au quotidien. En Ontario, un francophone sur six vit en français, alors que les taux sont partout inférieurs à 8 % dans les autres provinces des Maritimes. Et dans l'ouest du pays, c'est le néant.
Ces statistiques confirment ce que les données du recensement publiées la semaine dernière indiquaient en filigrane: le français a la vie dure hors du Québec. Le recensement montrait que, à l'extérieur de la province, le Canada ne compte plus que 4,1 % de citoyens de langue maternelle française.
L'isolement du français se mesure également à la difficulté d'obtenir des services dans cette langue en dehors du Québec. Si 72 % des anglophones du Québec utilisent seulement l'anglais avec leur médecin de famille, seulement 35 % des francophones peuvent faire de même dans le reste du Canada.
Et c'est le manque de professionnels de langue française qui explique pourquoi les francophones se dirigent vers les services anglais, révèle l'enquête.
La Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA) a saisi la balle au bond hier pour demander une action gouvernementale plus forte en faveur de «l'accès à des services, des activités et des institutions en français».
Cette même fédération s'est par contre réjouie des statistiques indiquant que 89 % des francophones estiment important le respect des droits linguistiques (notamment en matière de santé et d'éducation) dans leur province, ce que la FCFA associe à une réelle «volonté et détermination à vivre en français».
Selon d'autres chiffres publiés dans le document divulgué hier, le tiers des adultes parlant français s'identifient surtout au groupe francophone, alors qu'un anglophone sur deux se considère quant à lui plus près du groupe anglophone. L'écart est jugé important par SC.
On relève également que 35 % des Québécois anglophones ont la perception que l'anglais a perdu du terrain au Québec depuis 10 ans, ce qui ne se vérifie pas d'un point de vue statistique. À l'inverse, un francophone sur quatre estime que le français est plus présent dans sa communauté... «Il y a un décalage entre la réalité et ces perceptions», note Jean-Pierre Corbeil.


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