L’ADQ ne recueille plus le vote de contestation des Québécois

Chronique de Louis Lapointe


En septembre 2006, tous les analystes politiques disaient que l’ADQ était
morte parce qu’elle était sous la barre de 10% dans la faveur populaire.
J’avais alors beaucoup de difficultés avec cette interprétation des faits,
puisque selon moi, compte tenu du vide politique qui existait alors au
Québec en raison du manque de leadership des deux principaux partis et de
leurs chefs, l’éventualité d’une remontée de l’ADQ était inévitable et ne
demeurait plus qu’une question de temps. Dans une réaction datée du 2
septembre 2006 (repris sur Vigile) que j’ai intitulée [« Un pas en avant »->12805],
j’explique ce phénomène du vote de contestation qui allait se matérialiser
avec fracas à l’élection de mars 2007. En voici un large extrait :

Alors que les chefs des deux principaux partis ont toute la misère du
monde à se démarquer et qu’ils présentent de sérieux handicaps, l’un s’est
mis à dos les fonctionnaires en leur imposant un retour au travail - il
semble que les médecins spécialistes ont l’intention de le lui rappeler au
cours de la prochaine campagne électorale - l’autre ne soulève pas
l’enthousiasme attendu chez la droite nationaliste du PQ qui pourrait bien
se sentir plus à l’aise avec les valeurs familiales de l’ADQ, surtout dans
la grande région de Québec où ces idées sont déjà défendues avec succès
chez les André Arthur et compagnie, il pourrait donc advenir qu’un
important segment de vote non cristallisé dans les deux autres partis se
déplace chez les adéquistes. Mario Dumont a donc avantage à bien
circonscrire sa niche.
Cette fois-ci, les enjeux seront clairs, il n’y aucune chance que l’ADQ
forme un gouvernement, il constitue donc l’échappatoire idéale pour ceux
qui ne sont pas à l’aise avec Charest ou Boisclair et qui veulent faire
entendre leur dissidence des deux principaux partis sans que cela ait pour
conséquence l’élection d’un gouvernement de l’ADQ : ce qu’on appelle au
Québec le vote de contestation. Pour cette raison, l’ADQ est peut-être plus
dangereuse qu’elle ne l’a jamais été en raison du caractère imprévisible
d’une partie de l’électorat québécois.
Il faut donc se méfier de lui lorsqu’il dit qu’il aura plus de mordant au
cours des prochains mois. Il risque de ravir des électeurs frustrés dans la
cagnotte des deux autres partis et pourrait rééditer l’exploit de son
nouveau maître à penser, Réal Caouette, en s’emparant de la balance du
pouvoir lors des prochaines élections québécoises.

Selon mon interprétation du moment, si les Québécois ont souhaité à cette
époque que l’ADQ devienne l’opposition officielle, ils n’ont jamais eu
l’intention de lui donner leurs votes pour qu’elle forme le gouvernement,
s’agissant avant tout d’un vote de contestation. Cette période, que
certains analystes appellent lune de miel, est maintenant révolue. Alors
que nous assistons à une baisse marquée de l’ADQ dans la faveur populaire,
nous remarquons également une ascension des tiers partis qui semblent
profiter d’une partie de la place laissée vacante par l’ADQ.
Si l’on se fie à cette tendance, Québec Solidaire, le Parti Vert et le
Parti Indépendantiste devraient normalement tirer profit du vide de
contestation laissé par l’ADQ à qui plusieurs Québécois reprochent d’avoir
rapidement adopté les mêmes réflexes que les vieux partis avec ses
cachotteries, ses faveurs secrètes et ses candidats parachutés. Quoiqu’en
disent les experts, Diane Bellemarre et Denis Mondor n’avaient rien de très
transcendant malgré leurs titres ronflants, alors que les Bill Clennett et
Scott McKay étaient clairement identifiés à leurs causes et susceptibles
d’aller chercher le vote de contestation, le même genre de candidats que
devrait aller chercher le Parti Indépendantiste s’il veut franchir la barre
du 10%, là où il y a des militants indépendantistes qui désirent contester
le manque de ferveur indépendantiste du PQ.
***
Alors que le vote anglophone n’a jamais été aussi acquis au PLQ, les
francophones fractionnent de plus en plus leurs votes entre les différentes
options qui s’offrent à eux. Ce phénomène n’est pas récent et on peut
certainement l’expliquer en partie. Au fil des années, le PQ s’est mis
beaucoup d’écologistes à dos en raison de ses politiques controversées en
matière d’environnement, de forêts et d’agriculture, l’image de Guy
Chevrette demeurant le plus puissant repoussoir pour cette clientèle. Nul
doute que Joseph Facal opère un rôle semblable auprès de la clientèle
socialiste qui bascule de la même façon vers Québec Solidaire. Nous
assistons également à un début d’érosion du vote indépendantiste en raison
du manque de conviction manifesté par les leaders péquistes au sujet de
l’option.
Si le PQ ne se radicalise pas sur des enjeux comme l’agriculture, la
forêt, la santé, l’économie et l’indépendance, s’écartant clairement des
positions de ses anciens ténors les plus actifs, il y a de fortes chances
que son vote continue à s’éroder au fil des années. Les leaders actuels du
PQ auraient certainement avantage à suivre[ «Manifestes en série» d’Hugo
Latulippe->12994], dont je vous entretenais dans un récent article, pour comprendre
ces nouveaux phénomènes de société, qui contrairement au feu de paille de
l’ADQ, sont probablement là pour rester.
Comme le disait Hugo Latulippe, lors de son récent passage à Tout le monde
en parle
, il faut remettre la politique entre les mains de ceux qui ont des
projets et l’enlever à ceux qui en ont fait un métier. De plus en plus de
Québécois partagent cet avis. Voilà sûrement ce qui explique les succès
d’un Bill Clennett identifié à son projet socialiste et les difficultés
d’un Denis Mondor dont on ne connaît que l’ambition politique.
L’intermède ADQ aura permis à plusieurs Québécois désillusionnés par la
politique politicienne de réaliser que le vote de contestation peut devenir
dangereux s’il n’est pas exercé avec intelligence et précaution. Une bonne
nouvelle pour les partis qui ont des projets pour le pays et auront
l’intelligence de recruter des candidats qui ont de véritables convictions,
pas seulement de l’ambition!
Louis Lapointe
Brossard
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

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Chroniqueur et avocat à la retraite, l'auteur a été directeur de l'École du Barreau du Québec, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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3 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    17 mai 2008

    Le parti libéral a subi une défaite mais R-Canada et la presse se garderont bien de le dire. Ensemble ces deux chaînes de média normalisent la nouvelle dans leurs ententes secrètes. Malgré l'attraction du pouvoir lors des élections complémentaires, malgré le recule de l'action démocratique malgré les sourires du premier-ministre accolé à des stars et des milliardaires, le Parti libéral n'a fait presque aucun gain, ne parvenant pas à lever son vote traditionnel. Le chef libéral crie victoire pour garder son poste mais son pourcentage de vote a diminué dans le comté de Hull.
    La presse de collusion n'a remarqué que la défaite de l'action démocratique taisant le reste de l'analyse. Oui l'action démocratique dégonfle avec sa rhétorique entre l'extrême-droite et la droite, ses cris d'alarme sans proposer de solution et même en s'opposant à celle avancées par les péquistes (citoyenneté) Illusion comme ¨le crédit social s'en vient ¨l'adq s'en vient¨ lui ferait un vrai slogan électoral. Ce parti nuira encore un peu dans le paysage comme le fit Camille Samson. Passons!
    Le Qs et le PV se sont tirés d'affaire pour des complémentaires avec quelque candidat prestigieux. Le PI a récolté .68% du vote dépassant ma prévision à .4% mais dans Hull avec un petit .15%. Ce n'est pas une victoire en bas de 1%
    et il faudrait y réfléchir.
    Le parti québécois avec ses deux comtés bien gagnés et une progression de 10% du vote dans le comté de Hull sort vainqueur de l'exercice. Mais il faut se méfier des succès faciles dues parfois à la simple fortune. Au lieu de faire breveter les mots indépendance, sécession et souveraineté à son seul parti politique le PI pourrait cesser de combattre le parti québécois et recruter dans les rangs des trois partis adq, parti vert et Québec socialiste parmi les déçus qui se questionnent maintenant. Ainsi la cause progresserait au lieu de reculer et une alliance pour le pays du Québec serait peut-être possible entre les partis. Les médias n'ont pas souligné de vainqueur, seulement un perdant; celui qui nuit au parti libéral.

  • David Poulin-Litvak Répondre

    13 mai 2008

    Si vous avez raison, l’on assistera à une compétition tripartite: l’ADQ, QS et le PI. Sans doute que les deux forces qui prendront la relève du vote de contestation seront le PI et QS. Le PVQ lui, parti anational, ramassera aussi sa part du butin, mais surtout par les défections libérales. Il me semble donc que la porte soit ouverte pour l’émergence du PI.
    Petite note corrective: le PVQ draine une forte proportion des votes des anglophones, le vote des Libéraux n'est donc pas totalement acquis, comme vous l'insinuez. Le PVQ attire aussi des francophones, mais c'est plus frappant chez les anglophones. C'est un peu le NPD du Québec, version écologique.

  • Archives de Vigile Répondre

    13 mai 2008

    L'ADQ a fait du millage sur les accommodements raisonnables. Quand est venu le temps d'y apporter une solution concrète (La Constitution du Québec) il s'est défiler honteusement et perdu toute crédibilité. C'est là qu'il est morts:
    http://www.vigile.net/ADQ-Novembre-le-mois-des-morts
    JCPomerleau