L'abandon

L'entente Canada - États-Unis sur le commerce du bois d'oeuvre


Le conflit sur le bois d'oeuvre était, croyait-on, une affaire réglée. Sans être totalement satisfait, tout le monde acceptait l'entente conclue le 27 avril, que les partisans du premier ministre conservateur présentaient comme un effet concret du style Harper.
Avec ce premier ministre, il est vrai que les dossiers n'ont guère le temps de s'empoussiérer. Les promesses faites en campagne électorale se réalisent à un rythme tel que Harper n'aura bientôt plus rien à faire à moins de retourner devant les électeurs. La rapidité d'exécution ne garantit toutefois pas que l'on prend les meilleures décisions.
Pour les producteurs canadiens et québécois de bois d'oeuvre, il est clair, maintenant qu'ils ont entre les mains le texte final de l'entente, que le premier ministre n'a pas mis dans le mille. Difficile de ne pas leur donner raison quand on voit cette clause de résiliation qui pourra être invoquée après seulement 23 mois. Introduite dans l'entente au dernier moment, elle constitue une épée de Damoclès que les producteurs américains pourront en tout temps invoquer pour réclamer la fin de l'entente ou, pire, menacer d'y recourir pour obtenir de nouvelles concessions du Canada.
Il va de soi que ce conflit ne pouvait se résoudre sans compromis. Le Canada en a fait d'importants et en a obtenu quelques-uns. Comme dans les conflits précédents, les producteurs américains avaient le gros bout du bâton, d'autant plus qu'ils travaillaient main dans la main avec leur gouvernement, ce qui n'a pas été le cas des producteurs canadiens depuis l'élection des conservateurs. Pour couper court, le gouvernement Harper a abandonné la stratégie des recours aux mécanismes d'arbitrage que privilégiait l'industrie canadienne et est allé s'asseoir à la table de négociations avec les résultats que l'on sait.
L'industrie canadienne du bois d'oeuvre manifeste presque unanimement son insatisfaction devant l'entente qu'elle voudrait voir amendée, ce qu'Ottawa refuse avec une rare fermeté. Les menaces des producteurs de ne pas se soumettre à l'entente n'ébranlent pas le premier ministre, qui aura probablement raison d'eux au bout du compte. Sans le gouvernement canadien à leurs côtés, ils ne peuvent pas grand-chose, sinon continuer à s'épuiser dans une bataille inégale avec les producteurs américains.

Cette attitude du gouvernement Harper choque les producteurs canadiens, qui ne cachent pas leur amertume. Ils ne comprennent pas que ce gouvernement ne soit pas derrière eux autant que le gouvernement Bush l'est derrière les producteurs américains. La raison est probablement toute simple. Il importe peu à Stephen Harper que les Américains fassent appel de cette clause de résiliation dans la mesure où, d'ici à ce qu'ils puissent le faire, il aura eu le temps pour sa part d'affronter à nouveau les électeurs. Lorsque cela arrivera, il ne veut surtout pas se faire reprocher de ne pas avoir fait mieux que Jean Chrétien et Paul Martin dans ce dossier. Ce n'est sans doute pas la plus noble des raisons, mais c'est certainement la meilleure pour qui rêve de diriger un gouvernement majoritaire.
bdescoteaux@ledevoir.ca


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