Hamas et Hezbollah

Géopolitique du Proche-Orient


Le président Bush l'a dit dans son commentaire sur la «cessation des hostilités» au Liban, qui doit - officiellement - entrer en vigueur ce matin. Il l'a dit pour la deux millième fois: la guerre contre le terrorisme est globale, et les foyers du Mal - Syrie, Iran, Hamas palestinien, Hezbollah libanais - doivent être combattus sans relâche et sans nuance. Avec ou sans cessez-le-feu, tous ces ennemis sont fondamentalement semblables, alliés contre nous, et lorsqu'une maison israélienne est frappée par une roquette du Hezbollah, il y a derrière cette roquette Damas, Téhéran, voire al-Qaïda...
Le plus fou, c'est que cette attitude radicale qui consiste à voir la guerre globale à chaque escarmouche, à chaque conflit national, à confondre les ennemis, à tout mêler et à crier au loup... finira par provoquer, à la fin, ce qui n'existait pas au départ: un vaste front unifié anti-occidental, cimenté par la haine de la démocratie, avec l'improbable union des chiites irakiens, iraniens, des sunnites de toutes tendances, des alaouites, des wahabites, sans oublier les émules d'Oussama Ben Laden et les végétariens...
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Le Hamas palestinien n'est pas le Hezbollah libanais. Ces mouvements politiques, caritatifs, religieux et paramilitaires appartiennent à deux familles traditionnellement opposées: chiites et sunnites. Les liens entre les deux sont ténus voire inexistants. Très populaires localement, ils ont investi avec succès les processus électoraux de leurs sociétés respectives.
Hamas et Hezbollah ont tous deux ont une dimension nationale (ou nationaliste) qui passe avant leur dimension religieuse... et, sûrement, bien avant toute dimension supranationale, du genre «djihad mondial». À Gaza, au Sud-Liban, l'électeur Hamas ou Hezbollah n'est pas du tout obsédé par un désir irrépressible de dictature islamiste mondiale!
Dans leurs similitudes, Hamas et Hezbollah sont fondamentalement différents du grand «modèle» terroriste en vogue: al-Qaïda... al-Qaïda qui aurait même déjà perpétré, en territoire libanais, des attentats contre des dirigeants du Hezbollah!
En qualifiant al-Qaïda de «groupe terroriste international, à la lisière du nihilisme et de l'islamisme fanatique», on fait une bonne approximation... Les émules d'Oussama, qu'ils fassent sauter un centre touristique à Bali ou qu'ils planifient, dans les sous-sols d'une grande cité britannique, l'explosion d'avions long-courriers à l'aide d'explosifs liquides, s'inspirent bel et bien de cette idéologie.
Mais c'est faire insulte au Hamas et au Hezbollah que de les assimiler à cette tendance-là. Ancrés dans des réalités nationales, ils ne sont pas les purs jouets de puissances étrangères. Le Hezbollah n'est pas un pion de l'Iran (lequel n'a rien à voir avec al-Qaïda), même s'il est vrai qu'il jouit d'appuis logistiques parmi les ayatollahs.
Contrairement à la galaxie al-Qaïda - qui menace vraiment l'Occident dans son ensemble - le Hezbollah et le Hamas sont des groupes qui historiquement, et sauf exception, n'ont pas eu d'autre cible qu'Israël, ses représentants et ses citoyens, parce qu'ils estiment être dans une guerre spécifique contre cet État. Même le fameux attentat d'octobre 1983 au Liban, au cours duquel près de 300 soldats étatsuniens avaient trouvé la mort, n'a jamais pu être attribué avec certitude au Hezbollah - qui, en tout état de cause, n'était encore à l'époque qu'un embryon.
Contrairement à al-Qaïda, le Hamas et le Hezbollah ont les pieds dans une réalité locale... ce qui les force à devenir de vrais acteurs politiques, et à faire des compromis. Par exemple, le Hezbollah a abandonné l'idée d'établir un État islamiste au Liban. Les interviews du leader Hassan Nasrallah n'ont rien à voir avec les élucubrations fanatiques et sanguinaires d'un Abou Moussab Al-Zarkaoui, le terroriste jordanien abattu en Irak il y a deux mois.
Du côté palestinien, fin juin, juste avant le déclenchement des hostilités de l'été 2006, plusieurs leaders du Hamas se disposaient à faire un pas historique vers le compromis, en reconnaissant - trop peu, trop tard, diront les fines bouches, mais tout de même, c'était extraordinaire venant d'eux - les frontières de 1967, soit le principe de la cohabitation avec l'État d'Israël! Mais au même moment, par un sabotage dont on saura un jour s'il était palestinien, syrien ou (qui sait?) israélien, un nouvel engrenage meurtrier s'est déclenché...
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Ne nous méprenons pas: l'intégrisme antisémite n'est pas inconnu à Gaza et au Sud-Liban. Le Hamas et le Hezbollah ont tenu des discours haineux à l'égard d'Israël. Cependant, le fondamentalisme destructeur ne résume pas ce que sont ces mouvements complexes, à forte teneur nationaliste, capables d'évolution et de pragmatisme.
À refuser dogmatiquement de voir le caractère complexe et évolutif du Hamas et du Hezbollah, à vouloir tout simplifier pour les fins d'un combat «à finir» contre «l'hydre terroriste globale», à vouloir répondre à tout prix par les chars et les canons, on obtient quoi?
Un malheureux voisin à nouveau démoli, un ennemi moralement renforcé, une stature diminuée dans le monde, et (presque) un retour à la case départ.
François Brousseau est chroniqueur et affectateur responsable de l'information internationale à la radio de Radio-Canada.
francobrousso@hotmail.com

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François Brousseau est chroniqueur et affectateur responsable de l'information internationale à la radio de Radio-Canada.





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