Fantasme politique 101 ou l’art de la pratterie !

Chronique de Normand Perry

Parfois dans la vie, certains individus prennent vraiment leurs rêves les plus loufoques pour des réalités. Même certains éditorialistes de nos grands quotidiens québécois ne sont guère à l’abri de tels fantasmes. Je parle spécifiquement du grand-prêtre néo-libéral et cavalier de l’échiquier gescaien André Pratte, qui dans un scénario d’une comédie totalement burlesque, s’est permis d’élaborer le plan de ce que devrait devenir, dans sa tête de fédéraliste peu subtil, le prochain programme du PQ. C’était son éditorial de mercredi le 9 mai dernier dans La Presse : [« Rien n’est réglé »->6524]. S’il fallait par malheur que les souverainistes se mettent le plus sérieusement du monde à accorder la moindre crédibilité à cette feuille de chou, rien ne sera véritablement jamais réglé pour la nation québécoise.
Premier constat erroné dans le texte d’André Pratte : il est faux de prétendre que l’idée de l’indépendance nationale du Québec n’a guère gagné d’appui depuis le référendum de 1980. Au contraire, l’idée de l’indépendance a lentement, mais constamment, connu une progression dans l’esprit des gens au Québec. S’il fut autour de 40% en 1980, il s’établit entre de 45-50% aujourd’hui. Il faudrait peut-être prendre plus de recul pour constater que la ligne tendancielle de l’appui à la souveraineté du Québec depuis la fondation du RIN et du MSA n’a jamais régressé. Comme la tortue de la fable, elle progresse très lentement, mais avec assurance elle poursuit sa course vers le fil d’arrivée et la victoire.
A propos du fédéralisme d’ouverture de Stephen Harper tout comme montée de l’ADQ avec son idée de l’autonomie du Québec, coiffée d’un règlement constitutionnel avec le ROC : le jour où Mario Dumont, s’il devient premier ministre du Québec, voudra entamer une ronde constitutionnelle, même avec la meilleure volonté au monde, ne serait-ce qu’avec des demandes minimales (pâle copie de ce que fut Meech), et que dans un tel scénario Stephen Harper est toujours son interlocuteur au fédéral et majoritaire, ils devront se rendrent tous deux aux mêmes conclusions que Robert Bourassa : mission impossible, puisque l’accord des provinces et des territoires n'est guère acquis. Et vu la mécanique complexe (un véritable cadenas installé par P.E. Trudeau) d’amendements constitutionnels, les probabilités que le drame de Meech se répète une autre fois sont de l’ordre de 99,9 %. En somme, que le Québec puisse intégrer le giron constitutionnel canadien dans la « dignité et l’honneur » selon les mots de Murloney, oubliez ça ! Au grand dam des Pratte de ce monde, il faudrait peut-être avoir la lucidité (notion que devrait bien connaître André Pratte pourtant) de faire le constat que la fédération canadienne, telle qu’héritée du rapatriement de 1982, est irréformable dans les règles qui prévalent depuis.
Comme beaucoup d’autres fédéralistes pourraient être tentés de le croire, le texte d’André Pratte tente d’illustrer que c’est l’option fondamentale du PQ qui, additionnée aux erreurs de jugements d’André Boisclair le temps qu’il fut chef de ce parti, explique la constante régression des péquistes dans la faveur populaire depuis 2003 et exprimée dans les résultats du 26 mars dernier. Ce qui fera dire à l’éditorialiste de La Presse :

« Cela ne veut pas dire que le projet souverainiste est mort. Il est ancré dans la tête et le coeur d’un trop grand nombre de Québécois pour disparaître ainsi. En outre, pour d’autres, l’indépendance est une flèche qu’il serait néfaste de tirer aujourd’hui mais qu’il vaut mieux conserver dans notre carquois collectif.
Cependant, une forte majorité de Québécois n’estiment pas utile, encore moins urgent, de relancer ce débat à l’heure actuelle. Ce qui place le Parti québécois devant un dilemme. Certains militants voudraient qu’il continue de faire la promotion de son option, peu importe le prix politique à payer à court terme. Le parti risquerait alors la marginalisation, à moins que les événements ne fassent brusquement tourner le vent en faveur de l’indépendance. »

Sous le couvert d’une analyse de l’opinion publique, l’attitude d’André Pratte frise ici l’ingérence. C’est ce que la présente chronique veut mettre en relief, entre autres. Le clan souverainiste n’a aucun conseil à recevoir de qui que ce soit provenant du clan fédéraliste, et encore moins d’André Pratte. Va-t-on le plus sérieusement du monde s’inspirer de la stratégie et des tactiques à employer dans l’accession du Québec au statut de pays souverain sur l’interprétation fallacieuse de cet éditorialiste à la solde de Power Corporation ?
La course à la chefferie du PQ qui s’est amorcée vendredi le 11 mai dernier, avec l’annonce des intentions de Gilles Duceppe et Pauline Marois de figurer sur les rangs, doit irrémédiablement devenir l’occasion de faire le brassage d’idées nécessaire sur le fond des choses, pour recentrer le programme péquiste sur l’option fondamentale de ce parti. La dernière chose que l’on doit faire est de tomber dans le piège qui vient d’être mis en lumière. Et ne nous faisons guère d’illusion, plusieurs dans le clan souverainiste sont tentés par une interprétation semblable.
L’idée qui doit devenir objet de débats durant la campagne à la chefferie du PQ est celle d’une remise en question de l’étapisme. Le nœud de toute la problématique ou de la stratégie d’accession à la souveraineté est précisément celui-là. Vous avez remarqué qu’André Pratte n’en fait point mention dans son texte ? Au lieu de faire porter les projecteurs sur la bibitte qui fait œuvre de ravage dans le projet souverainiste, on est plutôt porté à penser que c’est l’idée d’indépendance elle-même qui fait régresser le PQ depuis 2003.
Par ailleurs, une assez grande convergence d’idées chez de nombreux penseurs souverainistes depuis le 26 mars semble indiquer quelques lignes maîtresses desquelles pourraient largement s’inspirer les candidats à la chefferie du PQ : Évacuation du programme du PQ de toute idée de gestion d’un Québec province, et d’un repositionnement axé sur l’idée de l’indépendance du Québec (Louis Bernard); convocation d’États Généraux pour l’automne 2007 afin de revitaliser les forces souverainistes visant à refonder le PQ sur l’idée de l’indépendance du Québec, en canalisant toutes les énergies tout comme le cœur du discours politique à chaque élection vers cet objectif unique, assorti d’un programme de pays pouvant faire un large consensus social (Gilbert Paquette); Le clan souverainiste doit reprendre l’initiative du combat dont il a perdu la maîtrise aux mains des forces fédéralistes, connues et occultes, depuis l’échec de 1995, en renforçant cette large coalition indépendantiste au PQ. Pour y parvenir le recentrage sur l’idée fondatrice de l’indépendance nationale est l’unique issue pour y parvenir (Robert Laplante).
Je me permets d’ajouter à cette cohorte un élément non moins négligeable : la mise au rancart une fois pour toute de l’étapisme. Cette formule est usée à la corde, et non seulement elle nous a prouvé un rendement contre-productif, mais elle a réussi à faire porter la mesure de la progression de l’idée de la souveraineté sur tenue d’un référendum en soi. J’affirme qu’en rejetant définitivement l’étapisme, la question de la gestion provinciale devient futile dans le programme du PQ, et les forces souverainistes pourront alors se concentrer sur un seul et unique objectif qui est de faire du Québec un pays souverain, indépendant et maître absolu de sa destinée au concert des nations du monde.
Par surcroît, le moment est venu où les stratèges de l’indépendance cessent de porter attention aux charlatans de la presse fédéraliste, qui par des moyens plus ou moins insidieux, font tout en leur pouvoir pour égarer et diviser le mouvement souverainiste. En d’autres termes, que monsieur André Pratte se mêle de ses affaires, et pour être bien sûr que le message est bien compris, je vais le lui répéter dans la langue de ses camarades du ROC : mind-your-own-business !

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Normand Perry126 articles

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On pourrait le décrire comme un grand passionné de communication, de philosophie, de politique, d'histoire, d'astronomie, de sciences, de marketing, de musique classique et d'opéra. Normand Perry mène une vie publique bien remplie, toujours avec des projets plein la tête et des rêves à réaliser.

Après avoir obtenu un premier diplôme universitaire en philosophie au milieu des années ’90, Normand Perry débute sa vie publique comme pamphlétaire, exprimant ses opinions librement, ces dernières étant publiées régulièrement dans les journaux régionaux, les quotidiens et divers sites Web.

Depuis avril 2004, il travaille chez [Soleil communication de marque->http://www.soleilcom.com/], agence de publicité montréalaise, où il est au développement des affaires, en veille stratégique et aux relations publiques.

Depuis juillet 2010, il s’est vu confié un projet radiophonique à [l’antenne de Radio Ville-Marie->http://www.radiovm.com/index.aspx] où il conçoit, réalise, anime et supervise le montage d’une émission portant sur l’orthodoxie chrétienne au Québec : [Voix Orthodoxes->http://www.voixorthodoxes.org/].

Sa plume va le conduire en politique active.

Après s’être fait connaître comme pamphlétaire à partir du début des années 2000 dans sa région du Suroît, il se fait remarquer, et on lui propose la présidence de circonscription au Parti Québecois dans Soulanges au début 2005. Suite à la démission inattendue de Bernard Landry en juin 2005 comme chef de cette formation politique, Normand Perry appuie d’emblée la candidature de Louis Bernard tout en s’opposant farouchement à l’élection d’André Boisclair. Lorsque ce dernier remporte la chefferie du PQ en novembre 2005, Normand Perry démissionne de sa présidence et quitte le PQ sur-le-champ.

A l’automne de la même année il se fait élire au conseil municipal à Les Coteaux dans la circonscription de Soulanges au Québec. Il se voit confier notamment les responsabilités du comité des loisirs, où conçoit et implante un programme de subvention à l’activité sportive pour les jeunes; il occupe la vice-présidence du HLM, il aussi responsable de la sécurité publique et participe activement à la fondation de la Régie inter municipale des Pompiers du Lac-St-François (fusion des services des incendies de Les Coteaux et St-Zotique).

Lors de la création du nouveau parti politique Québec solidaire en février 2006, il en devient membre et participe au congrès de fondation à Montréal. Il se porte candidat aux élections provinciales de mars 2007 pour cette formation politique dans la circonscription de Beauharnois.

Après ces quelques années en politique active, il poursuit son œuvre de réflexion pamphlétaire, notamment sur le [Blogue de Normand Perry->http://normandperry.blogspot.com/] tout comme sur Vigile et bien d’autres médias québécois





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3 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    13 mai 2007

    M. Élie Presseault écrit : «Je m’inscris en faux, c’est de vilipender la gauche taxée de fédéraliste, comme Gilles Bousquet le soutient dans des amalgames parfois fallacieux et douteux. C’est d’une lâcheté et d’une fatuité à toute épreuve.»
    Je lui répond ceci : Ce n'est certainement pas la droite fédéraliste qui va voter pour le PQ. C'est seulement une partie de la gauche fédéraliste qui peut le faire vu que la PQ est à gauche des Libéraux et des Adéquistes et que les Solidaires sont encore marginaux. Fait que...si les Péquistes gagnent une élection grâce à des votes fédéralisants à cause de son option de gauche et qu'ils promettent un rédférendum sur la souveraineté après son élection...ils vont le perdre. C'est une lapalissade et non une lâcheté d'écrire ça...me semble.
    Faut pas prendre tout ça trop lourdement M. Presseault.

  • Élie Presseault Répondre

    13 mai 2007

    L'étapisme est révolu. L'ingérence fédéraliste se poursuivera tant et aussi longtemps que le cheval de troie souverainiste-autonomiste restera bien ancré chez les apparatchiks péquistes-adéquistes, dignes héritiers de l'héritage de l'Union Nationale. Nous devons cesser de confondre la solidarité, la realpolitik et le soutien au régime fédéral canadiAn. Ce qui importe, avant tout, est l'indépendance nationale, le destin politique de l'éventuel Québec indépendant.
    Toutefois, s'il y a bien une chose dont je suis fortement en désaccord et dont je m'inscris en faux, c'est de vilipender la gauche taxée de fédéraliste, comme Gilles Bousquet le soutient dans des amalgames parfois fallacieux et douteux. C'est d'une lâcheté et d'une fatuité à toute épreuve.
    La lucidité et la solidarité d'un Québec indépendant passe par une abstraction des luttes gauche-droite, et une prise en compte intégrale du "vers dans la pomme" étapiste dont nous avons hérité de la thèse référendiste Morin-Lévesque et des mandarins fédéraux. Si nous ne démentons pas cette logique provincialiste schizophrène, le paysage politique et les médias continueront à colporter ces thèses fumistes. Du même coup, nous assurons la servilité à toute épreuve du Québec face au Canada. C'est pourquoi il nous faut maintenant nous mettre au travail, couronnement, pas couronnement du prochain chef du PQ.

  • Archives de Vigile Répondre

    13 mai 2007

    Vaut mieux que le PQ risque de se marginaliser temporairement que d'être élu par des fédéralistes de gauche qui leur ferait perdre le prochain référendum.
    Le PQ qui gouverne le Québec province joue un jeu perdant-perdant "loose-loose". S'il réussit, les Québécois diront : Pourquoi se séparer puisqu'on peut faire tout ça dans le Canada et si ça va mal, les Québécois diront : Sont même pas capables de diriger une province, imaginez...un pays.
    La souveraineté doit alors être bien expliquée avant une élection par le PQ en évacuant de son programme toute idée de gestion d’un Québec province comme le propose M.Louis Bernard.
    On a un parti pour les fédéralistes convaincus, un pour les autonomistes convaincus et un souverainistes qui ne semblent plus trop savoir si ça les tente encore.