INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 294

Être distinct avant d'être différent

Un billet écrit par notre collaborateur Parfondor

Chronique de Bruno Deshaies

Ce qui fonde ce « sujet collectif » qu’on appelle une nation est sa conscience d’être distincte des autres nations. Une nation ne subsiste que tant que dure cette conscience.
On ne doit pas confondre cette conscience d’être distinct avec celle d’être différent des autres. En effet, les deux sont dissociables : on connaît des peuples se sachant distincts de tels autres, en dépit du fait qu’ils partagent avec eux la même langue, les mêmes structures anthropolitiques, et qui entendent pourtant s’en distinguer ; comme on connaît d’autres chez qui la conscience d’être différents ne les empêche pas de s’identifier à tel peuple étranger.
Bref, selon les cas, l’une ou l’autre conscience primera. Cependant, seule celle d’être distinct permet – ne fût-ce que virtuellement – à une nation d’exister. La miner sera par conséquent le premier souci de ses ennemis.
Les soi-disant québécois ont, nonobstant des différences patentes, moins conscience d’être distincts des canadians que ces derniers l’ont de l’être des étasuniens. Est-ce par hasard ?

***
REMARQUE. – Vous êtes invités à faire vos commentaires en tenant compte plus particulièrement du problème soulevé par Parfondor. Mieux comprendre ces deux notions de nations DISTINCTES et de nations DIFFÉRENTES (cf. NOTE no 1) peut ouvrir la porte à une meilleure connaissance de ce que signifie « le sentiment national » québécois si cette nation veut demeurer DISTINCTE et non pas seulement VIRTUELLE. Serait-ce le sens à donner au [« Chant d’un patriote » ->archives/ds-idees/docs3/leclerc-patriote.html] composé et chanté par Félix Leclerc ? Un tel sentiment naît généralement du caractère DISTINCT de la nation (cf. NOTE no 2).
Bruno Deshaies
***

NOTES :
(1) DÉFINITIONS :
DISTINCT :
Qu'on ne doit pas confondre (avec quelque chose ou quelqu'un), malgré certains points communs (soutenu).
Qui est nettement séparé d'autres êtres ou choses de même niveau ou de même environnement. (TLFi)
DIFFÉRENT :
Qui n'est pas pareil.

• dans ce cas, c'est très différent
Qui offre un aspect nouveau, inédit ou inconnu. (TLFi)
Consulter : Dictionnaire Encarta français et Trésor de la langue française informatisé (TLFi).

(2) Bruno DESHAIES, « 2. Mémoire et histoire : le sentiment identitaire. » Dans la série d’articles portant sur « L’enseignement de l’histoire au Québec ». Voir plus particulièrement la référence à Alphonse Dupront à la note (****) dans « Du sentiment national », in La France et les Français, sous la direction de Michel François, Paris, Gallimard, 1972, p. 1448 et 1471, coll. « Bibliothèque de la Pléiade ». C’est le premier texte qui ouvre la section intitulée : « La France et le monde » sous le grand titre : « Unité de la nation française ».
P.-S. Nous remercions tous les internautes qui sont venus nous lire au cours de l’année ainsi que tous ceux et toutes celles qui nous ont fait part de leur commentaire.
Nous vous invitons à consulter notre Blog « L’Académie de l’indépendance du Québec » où vous pourrez y trouver un supplément à notre dernière chronique de la saison. Nous croyons qu’une réflexion sérieuse devrait être entreprise durant l’été au sujet de la notion de « sentiment national ». À notre avis, une telle réflexion constitue un préalable à l’élaboration d’un discours indépendantiste cohérent. Bonnes vacances !

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Bruno Deshaies209 articles

  • 268 071

BRUNO DESHAIES est né à Montréal. Il est marié et père de trois enfants. Il a demeuré à Québec de nombreuses années, puis il est revenu à Montréal en 2002. Il continue à publier sa chronique sur le site Internet Vigile.net. Il est un spécialiste de la pensée de Maurice Séguin. Vous trouverez son cours sur Les Normes (1961-1962) à l’adresse Internet qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 (N. B. Exceptionnellement, la numéro 5 est à l’adresse suivante : http://www.vigile.net/Les-Normes-en-histoire, la16 à l’adresse qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-15-20,18580 ) et les quatre chroniques supplémentaires : 21 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique 22 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19364 23 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19509 24 et fin http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19636 ainsi que son Histoire des deux Canadas (1961-62) : Le PREMIER CANADA http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-1-5 et le DEUXIÈME CANADA : http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-1-29 et un supplément http://www.vigile.net/Le-Canada-actuel-30

REM. : Pour toutes les chroniques numérotées mentionnées supra ainsi : 1-20, 1-5 et 1-29, il suffit de modifier le chiffre 1 par un autre chiffre, par ex. 2, 3, 4, pour qu’elles deviennent 2-20 ou 3-5 ou 4-29, etc. selon le nombre de chroniques jusqu’à la limite de chaque série. Il est obligatoire d’effectuer le changement directement sur l’adresse qui se trouve dans la fenêtre où l’hyperlien apparaît dans l’Internet. Par exemple : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 Vous devez vous rendre d’abord à la première adresse dans l’Internet (1-20). Ensuite, dans la fenêtre d’adresse Internet, vous modifier directement le chiffre pour accéder à une autre chronique, ainsi http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-10-29 La chronique devient (10-29).

Vous pouvez aussi consulter une série de chroniques consacrée à l’enseignement de l’histoire au Québec. Il suffit de se rendre à l’INDEX 1999 à 2004 : http://www.archives.vigile.net/ds-deshaies/index2.html Voir dans liste les chroniques numérotées 90, 128, 130, 155, 158, 160, 176 à 188, 191, 192 et « Le passé devient notre présent » sur la page d’appel de l’INDEX des chroniques de Bruno Deshaies (col. de gauche).

Finalement, il y a une série intitulée « POSITION ». Voir les chroniques numérotées 101, 104, 108 À 111, 119, 132 à 135, 152, 154, 159, 161, 163, 166 et 167.





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6 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    22 août 2007

    Le combat indépendantiste et la mentalité des Québécois-Français
    22 août 2007 Bruno Deshaies
    Les internautes comprendront que mon commentaire du 19 août 2007 (expédié le 21) répondait à celui de madame Suzanne Lachance. J'ajouterais aujourd'hui qu'il répond aussi au texte de monsieur Louis Bernard paru récemment sur Vigile.net
    « Pourquoi le Québec libre ? » 21 août 2007 (voir http://www.louisbernard.org/blogue/ )
    En ce qui concerne l'hyperlien à ma communication à l'occasion du colloque portant sur Maurice Séguin, il faut se rendre directement à l'adresse Internet qui suit :
    http://vigile.net/archives/06-10/19-262.doc
    N. B. Il s'agit d'ouvrir un document WORD.

  • Archives de Vigile Répondre

    21 août 2007

    Le combat indépendantiste et la mentalité des Québécois-Français
    19 août 2007 Bruno Deshaies
    Il serait très intéressant de savoir pourquoi un état-major ou un groupe indépendantiste n’est pas parvenu à se former tout simplement comme une chose normale. Le besoin de se comprendre correctement sur les bases de l’indépendance me paraît être ce qu’il y a de plus important. Dire le mot indépendance ne suffit pas. Les dérives sont trop nombreuses sur ce point. Indiscutablement, il faudrait en prendre acte.
    Il est vrai, le groupement d’indépendantistes aurait dû se réaliser depuis fort longtemps. Ce n’est pas le cas. Alors, avez-vous une explication ?
    Pourquoi tout retarde à vouloir savoir vraiment de quoi exactement nous voulons parler quand nous parlons d’indépendance ? Il m’apparaît évident que l’intoxication fédéraliste dans la société est très élevée. Rappelez-vous ce grand cri exalté de Trudeau : « Ce pays-là nous appartient. Y’est à nous ! » Combien sont-ils de Québécois à croire à ce mythe ?
    Or, « le bon peuple », comme vous dites, il lui arrive aussi de réfléchir. Il sent intérieurement le malaise. C’est pourquoi, il a décidé d’élire un gouvernement minoritaire au Québec et de reléguer du même coup le PQ au troisième rang – quelque part sous les combles. Il n’est plus dupe de la souveraineté péquiste. Il attend justement une élite capable d’expliquer la nature et les fondements de l’indépendance. Il a même développé une certaine aversion envers les beaux-parleurs de le souveraineté qui ne sont dans les faits que des défenseurs d’une nouvelle union canadienne, c'est-à-dire d’une réforme du fédéralisme canadian. Et ce n’est certainement pas dans le discours de tous nos indépendantistes-optimistes qu’il va trouver la réponse. Je vous inviterais à lire sur mon Blog
    « La logique historique est-elle noire, rose, bleue ou jaune ? »
    Source :
    http://blogscienceshumaines.blogspot.com/2007/02/la-logique-historique-est-elle-noire.html
    ou l’hyperlien cité à la fin de ce commentaire.
    INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 262
    MAURICE SÉGUIN OCCUPE-T-IL UNE PLACE UNIQUE DANS L'HISTORIOGRAPHIE ?
    Colloque de la Chaire Hector-Fabre autour de la pensée de Maurice Séguin
    VIGILE.NET, Chronique du jeudi 19 octobre 2001.
    REM. : Sachez que cette conférence a été censurée par deux nationalistes bien connues au Québec. Ils ont refusé d’inclure ma communication dans la publication des Actes du colloque. En clair, ce geste se nomme la censure. Pouvons-nous imaginer que nos adversaires ne sont que des fédéralistes ?
    J’aimerais vous dire que « la démarche politique et parlementaire » est une chose. Par contre, la transformation de la pensée fédéraliste en une vision indépendantiste du politique d’abord pour les Québécois est une autre paire de manches. En effet, la transformation de la pensée précède l’action, car l’action dépend de la conception du monde que nous voulons réaliser. La symbiose entre la pensée et l’action peut nous éviter beaucoup de dérapages conceptuels ainsi que des comportements et des gestes pratiques inappropriés.
    Vous n’avez pas à accréditer les membres de l’état-major parce que le problème n’est pas dans les hommes seulement, il est surtout dans l’idée d’indépendance. Si vous aviez à me dire « ce que c’est que l’indépendance » d’un premier jet, qu’est-ce que vous me diriez ?
    Les leaders naîtront quand nous sortirons du langage flou qui a conduit tellement de souverainistes et d’indépendantistes dans le « dalot », c'est-à-dire dans une fin de carrière à Radio-Canada ou à TQS ou à 98,5 FM ou même à Ottawa comme Stéphane Dion ou au CÉRIUM sous la direction de Raymond Chrétien et d’autres à l’émission TLMP de Guy-A. Lepage ou en copinage avec Liza Frulla, etc. Nous avons là de très beaux exemples de Québécois-Français nationalistes dans le Canada. Quant à nos trois grandes centrales syndicales, elles ont une sérieuse analyse critique à faire de leur conception de l’indépendance du Québec. Comme vous le savez, l’humoriste Yvon Deschamps a très bien stigmatisé ce comportement des Québécois-Français.
    En mathématique, il est inutile de reprendre les mêmes calculs lorsqu’ils s’avèrent exacts et réels. De même en histoire, il est aussi futile de refaire la même recherche si celle qui existe a été démontrée ou qu’elle n’a pas subi une critique fiable appuyée sur des Faits qui sont plus que des événements datés, localisés et circonstanciés comme dans toutes ces histoires-récits qui fascinent tellement de personnes. Le Fait ou l’événement de longue durée pour les Québécois-Français, c’est effectivement l’ANNEXION PROLONGÉE ou, autrement dit, l’intégration d’abord par la conquête, suivie par la minorisation, la provincialisation, la subordination sur place et la superposition. En définitive, c’est le remplacement, c'est-à-dire qu’un autre vient agir à notre place. C’est la perte de l’agir par soi collectif, le bien suprême d’une nation indépendante.
    L’action « agissante » viendra quand nous saurons ce que nous voulons faire réellement. Or, un tel changement, s’il se produit, est en soi « révolutionnaire ». Les électeurs le savent et ils savent aussi à quoi s’en tenir avec les partis politiques. Un de plus, un de moins, aucune différence.
    Devant une œuvre collective d’éducation, un organisme mobilisateur s’impose. La pensée de chaque individu doit être sollicitée. Cette mobilisation devient absolument nécessaire pour réaliser l’indépendance du Québec. Le peuple doit apprendre à raisonner d’une manière différente, avec des concepts différents et selon une démarche cognitive appropriée au principe d’indépendance s’il veut éradiquer les concepts liés à la pensée fédéraliste. Ce changement de paradigmes doit passer par l’optique indépendantiste. La défense de cette optique se devrait d’être efficace et surtout contraignante au plan des idées envers nos chefs politiques ainsi que nos médias.
    La pensée et l’action ne peuvent se contenter que du rêve. Le rêve sans le désir profond de le transformer dans une pensée et une action ne peut être qu’une chimère. « Imaginer le Québec », c’est justement le problème du Bloc à Ottawa inspiré par quelques penseurs qui ont oublié les défis fondamentaux inscrits dans notre Histoire.
    Malgré nous, après deux échecs référendaires en 15 ans, il est essentiel de bien connaître toute la signification de l’état d’une nation annexée et de sa subordination par superposition. C’est ce que nous devons faire comprendre à toute la société québécoise. Vous comprendrez que le défi est de taille (cf. « Comment s’affranchir de l’idéologie fédéraliste ? » http://www.vigile.net/archives/06-10/19-262.doc )
    Salutations sincères.
    RÉFÉRENCE :
    La logique historique est-elle noire, rose, bleue ou jaune ?
    Bruno Deshaies
    Le Devoir Le mercredi 28 février 2007
    Voir http://www.ledevoir.com/2007/02/24/commentaires/0702280033229.html

  • Archives de Vigile Répondre

    9 août 2007

    En tout respect, Monsieur Deshaies, alors que vous dites que nous perdons beaucoup de temps à ne pas avoir d'état-major indépendantiste, je crois plutôt que nous perdons du temps à attendre qu'il s'en forme un. Depuis le temps qu'on en parle, de cet état-major, de cette éliste indépendantiste, où est-il, où est-elle? Qui sont les gens qui la forment? Combien de membres doit-il contenir? D'où proviennent-ils? Comment a-t-on déterminé qu'ils formaient un "état-major" ou une "élite"? Se sont-ils autoproclamés? Combien de temps encore leur faudra-t-il pour compléter leur formation?
    Remarquez, je ne suis pas nécessairement contre cette idée. Je constate surtout que depuis le temps qu'elle est dans l'air, elle s'est contentée d'y rester. Les résultats tardent, c'est le moins qu'on puisse dire.
    Et pendant que l' "élite" est occupée à se former, que devrait faire le bon peuple? Se fermer les yeux, ne rien dire, se boucher les oreilles, sourire béatement devant l'ineptie et l'inaction?
    Je veux bien qu'on réfléchisse, mais j'aimerais bien que cette réflexion débouche sur l'action. De l'inaction, il n'y a que ça autour de nous.
    Monsieur Verrier remarquait, il y a peu, que Maurice Séguin avait passé sa vie à élaborer sa réflexion, et il trouvait dommage qu'il ne soit pas passé à l'action politique. Il me semble que c'est ce à quoi nous sommes encore en train d'assister: pendant que des gens réfléchissent dans leur chapelle, le terrain de l'action politique indépendantiste est vacant.
    Loin de moi l'idée de prétendre que la réflexion proposée par les "Académiciens" est inutile. Cependant, elle ne garantit en rien le succès d'une démarche politique. Vous pensez probablement qu'elle devrait précéder l'action, mais je crois plutôt qu'elle devrait l'accompagner. Les deux peuvent aller de pair.
    Il serait parfaitement vain de demander aux indépendantistes (j'imagine que même s'ils ne connaissent pas parfaitement la pensée de Maurice Séguin, il s'en trouve quelques-uns) d'attendre l' "état-major" avant d'initier quelque action. Et d'abord, rien ne dit que le bon peuple, dont je suis, serait prêt à accréditer un tel état-major. Il faudrait plus qu'une formation sur Maurice Séguin à cette instance: il lui faudrait se faire reconnaître le leadership et la crédibilité nécessaires pour influencer les troupes. Or, ce ne sont pas des qualités qu'une simple formation peut conférer. Le leadership peut être décrété et imposé dans une organisation, mais en démocratie, ça ne fonctionne pas. Vous conviendrez, j'espère, qu'il peut exister des leaders naturels chez les indépendantistes, qui n'auront pas eu cette formation aux préceptes de M. Séguin, formation que j'estime intéressante, utile, mais non obligatoire. D'ailleurs, je suis de ceux et celles qui croient que nous reconnaîtrons les vrais leaders dans l'action, une action réfléchie, bien sûr, mais une action, comment dire, "agissante"!!!
    Quant aux "rêveurs" du nouveau parti que vous semblez conspuer, eh bien! je me demande bien pourquoi vous vous acharnez à tant faire réfléchir sur l'indépendance si cette dernière ne vous fait plus rêver. Je pense que l'indépendance ne doit pas être qu'un concept intellectuel; elle doit faire appel au grand désir de liberté que nous gardons aux tréfonds de notre être.
    Respectueusement encore une fois,
    Suzanne Lachance

  • Archives de Vigile Répondre

    23 juillet 2007

    Un événement qui fait jaser 40 ans plus tard !
    « Vive le Québec libre » : une page d’histoire occultée
    La Presse, dimanche 22 juillet 2007 Source : http://www.vigile.net/article7810.html
    « Pour Pauline Marois, qui avait 18 ans en 1967, le discours du général était clair. « Il venait nous livrer un message auquel il croyait profondément et c’était un peu comme réparer une erreur de l’Histoire de nous avoir d’une certaine façon abandonnés. »
    Pour Mme Marois, cet anniversaire doit amener les Québécois à « réfléchir de nouveau » sur la question de la souveraineté, une idée qui n’est « pas morte mais pas forte », ajoute Louise Beaudoin. Mme Beaudoin, tout comme Mme Marois, souhaite que les souverainistes reviennent à la base de l’idée de souveraineté, c’est-à-dire aux notions de langue, de culture, d’identité, de patrimoine et de « cette façon particulière de vivre ensemble au Québec », affirme-t-elle. » [eric.clement@lapresse.ca]
    REM. : Ce sont tous des Louis-Georges Lévesque, OD, de divine mémoire.
    Nous perdons beaucoup de temps à ne pas avoir un état-major qui guiderait le combat de l’indépendance au plan idéologique. Ce qu’on vient de lire de mesdames Marois et Beaudouin, c’est le discours traditionnel des péquistes avec leur père idéologique René Lévesque et derrière lui le dominicain cité ci-dessus. Tous ces souverainistes ainsi que les rêveurs de la création d’un Nouveau parti indépendantiste, qu’ont-ils à nous offrir officiellement et pratiquement ?
    Gilles Verrier a écrit récemment : « S’il y a quelque chose qui a manqué depuis quarante ans, ce n’est pas un parti politique. Mais justement, qu’est-ce qui a manqué ? » Il a manqué tout platement une connaissance profonde de l’indépendance, c'est-à-dire de savoir « ce que c’est que l’indépendance » ? Or, nous savons aujourd’hui hors de tout doute que tous ces péquistes souverainistes sont des associationnistes-partenaristes et finalement annexionnistes. Le plus déviant parmi eux a été Jacques Parizeau, mais il a échoué et pire encore, il a démissionné de son poste de PM. Il a quitté le bateau pour jouer le rôle de la mauvaise conscience du parti. Malheureusement, il n’a pas su encore rallier les indépendantistes. Dans son cas, il est trop tard.
    Il faut former des indépendantistes. Il nous faut un cadre conceptuel de l’indépendance qui se fonde sur la NOTION fondamentale de l’AGIR PAR SOI COLLECTIF qui est LE BIEN SUPRÊME. Il faut faire comprendre la NATURE de l’OPTIQUE INDÉPENDANTISTE. Au fond, il faut que les notions fondamentales qui concernent la création d’UN ÉTAT SOUVERAIN soient comprises. En ce moment, on nous parle « des algues bleues », de nos lacs et de nos plages !
    Une notion importante pour TOUS les indépendantistes : « VIVRE AVEC LES AUTRES MAIS PAR SOI. » Dès 1961-1962, Maurice Séguin écrivait dans l’une des ébauches de son cours sur Les Normes ce qui suit :
    « La vie d’une société s’identifie avec LA NOTION D’AGIR PAR SOI. Tout de même, la vie collective est distincte : L’AGIR PAR SOI COLLECTIF, c’est l’action d’un groupe d’individus amené à former un équipe, un système qui trouve la liberté et les moyens d’exécuter soit pas une élite, soit par des spécialistes, soit pas la totalité de ses membres, dans ses cadres propres, sous sa direction, grâce à son initiative les multiples activités qui constituent la fin de cette société. (Activités intérieures et extérieures.) Conclusion : À côté de l’inévitable contact, on trouve l’autonomie séparatiste nécessaire à toute société. Nous sommes en face de deux interactions : Vivre avec les autres mais par soi. »
    En d’autres termes, la vie collective, quoique inséparable du contexte politique, économique et culturel, est fondamentalement agir propre, autonomie, séparation, réaction autour de l’être DISTINCT qui se réserve. Maurice Séguin réaffirme la même idée différemment en 1965-1966 en ces termes : « Malgré toute l’insistance sur la nécessité et l’utilité pour une société de collaborer avec les autres, il n’en demeure pas moins que la notion de vie d’une société se rapporte essentiellement à la notion d’agir (par soi) de cette société. »
    Bruno Deshaies
    L’Académie de l’indépendance
    http://blogscienceshumaines.blogspot.com/

  • Archives de Vigile Répondre

    21 juin 2007

    Où on s'en va avec ces sabots là ?
    Est-ce que les descendants de Québécois qui vivent en Nouvelle-Angleterre se sentent distinct et/ou différent ? Ou plus différents que distincts ou vice-versa ? Et nos autochtones vis-à-vis des Québécois et les Bretons vis-à-vis de la France et les Mexicains qui vivent en Californie etc ?
    Si les Québécois avaient été anglicisés, il y a plusieurs années, comme l'ont été les descendants des Québécois en Nouvelle-Angleterre, est-ce que nous serions encore distincts ou différents ?
    Est-ce que le fait de se sentir distinct et/ou différent est une raison suffisante pour se faire un nouveau pays ? Si oui, est-ce que le ROC qui doit se sentir différent des Québécois devrait s'en séparer ?
    Si l'idée que, d'être minoritaire, c'est suffisant pour devenir autonome, pensons à nos Anglos. de l'ouest de la ville de Montréal et de Westmount qui sont minoritaires mais qui réussissent quand même à faire plier notre gouvernement provincial.

  • Archives de Vigile Répondre

    21 juin 2007

    "Se voir avec les yeux de son Maître est fréquent chez l’esclave".
    Un grand nombre d'intellectuels québécois partagent curieusement la vision d'un Stéphane Dion, qui est pourtant dans les patates quand il soutient que les Québécois sont spécifiques, différents ou distincts. Ce dernier s'exprime alors comme s'il appartenait à la majorité des habitants de l’Amérique, qui voient le Québec de l'extérieur et pour laquelle les Québécois sont effectivement différents. De qui ? De cette même majorité anglophone nord-américaine, bien entendu.
    «You know, those French up in Quebec, they are really different from the majority of North Americans. They speak French, an odd kind of French at that. They are a minority in Canada.»
    Le ministre Benoît Pelletier a déjà exprimé cette même évanescence identitaire. Selon lui, la nation québécoise « vit sa différence au quotidien et est soucieuse de la voir s’épanouir » ! Parce qu’il constitue une société minoritaire à l’échelle de l’Amérique, le Québec devrait développer sa spécificité. Tout un programme ! Le brave homme serait vite remis d’aplomb s’il bénéficiait d’un stage d’immersion canadienne de quelques années à Etobicoke.
    Quand ils soulignent la différence ou la spécificité des Québécois (la très pernicieuse société distincte), nos intellectuels voient ces derniers avec les yeux mêmes de la majorité anglophone d'Amérique du nord. « Those French up there in that Province of Quebec, they are quite different from us, you know ». Pourtant, ni les Français, ni les Russes, ni les Turcs, ni les chefs tribaux, ni Jean Chrétien, ni aucune nation du monde ne s’en va répétant: « Nous sommes différents ! Nous sommes une société distincte ! » Au contraire, tous les peuples dignes de ce nom sont persuadés d'incarner une normalité et non une différence.
    En entretenant des concepts de différence ou de spécificité des Québécois, c’est-à-dire en répétant en français ce qui se dit à notre sujet en anglais dans le reste de l’Amérique, nos propres penseurs accélèrent un mouvement d'assimilation des Québécois à la normalité nord-américaine. À force de se faire dire qu'ils constituent une minorité en Amérique, qu’ils sont hors norme, distincts de la majorité anglophone du continent, ils voudront rejoindre et se fondre dans ladite majorité. Ce sera normal : en démocratie, c’est la majorité qui mène.
    Pour les Québécois de toutes origines, il devrait aller de soi – comme naguère pour les Canadiens-français – de se considérer comme simplement normaux. Au Québec, ce sont eux qui constituent la Norme à laquelle les Autres, les Voisins, les Étrangers, les Immigrants doivent s'adapter.
    Le Distinct, le Différent, le Spécifique, c'est toujours l'Autre. Sauf, bien entendu, pour ceux qui se voient déjà avec les yeux des Autres.
    Léonce Naud, géographe
    Québec, juin 2007.