Équité sélective

L'idée fédérale


(Québec) Le gouvernement de Stephen Harper a déposé cette semaine un projet de loi destiné à remédier à la sous-représentation de l'Ontario, de la Colombie-Britannique et de l'Alberta à la Chambre des communes.
On le sait, en raison de la forte croissance démographique dans ces trois provinces au cours des dernières années, la taille de plusieurs de leurs circonscriptions excède largement la moyenne canadienne. Les électeurs de ces mégacirconscriptions ont ainsi moins d'influence que les autres Canadiens sur la composition des Communes et, de ce fait, sur les décisions qui y sont prises.
Ce correctif proposé par les conservateurs est fort louable lorsque examiné avec les oeillères du strict ratio du nombre d'électeurs représentés par député et du poids politique relatif de chaque citoyen.
Mais voilà, le Parlement canadien doit être la somme d'une gamme beaucoup plus large et complexe d'intérêts. Or il y a une iniquité fondamentale de la fédération qui perdure et qui se voit accentuée par ces réformes à la pièce.
Le Québec, faut-il le rappeler, est le laissé-pour-compte de la Constitution canadienne. Aussi, l'ensemble des intérêts liés à sa spécificité ne sont actuellement pas pris en compte. On ne parle pas ici d'électeurs individuellement lésés, mais de la totalité des citoyens de la deuxième province en importance au pays qui sont victimes de ces «ajustements». Un instant.
La reconnaissance du peuple québécois comme nation à part entière avec les défis découlant de son histoire et de sa culture distinctes, et évidemment de son statut de minorité au sein de la fédération, doit s'accompagner de protections particulières.
L'une des revendications répétées des gouvernements du Québec, un élément d'ailleurs à la fois présent dans les tentatives d'accord du lac Meech et de Charlottetown, a été de fixer au quart des sièges à la Chambre des communes la représentation du Québec.
Bien sûr, personne n'a envie de replonger dans les débats constitutionnels. Mais, en même temps, ne pas réagir à ce qui se passe maintenant à Ottawa, c'est laisser la porte grande ouverte à l'inexorable érosion de l'influence québécoise au sein de la fédération.
Comme il le fait pour les modifications envisagées pour le Sénat qui sont tout autant inacceptables, le gouvernement de Jean Charest doit se lever et s'objecter avec véhémence à ce que le poids du Québec soit diminué aux Communes. Si le principe de protéger une représentation minimale sans égard à la taille de la population vaut pour les petites provinces comme l'Île-du-Prince-Édouard, il est entendu que ce principe vaut très certainement pour la protection de la spécificité de la nation québécoise.


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