Échec au Conseil

Voilà qui nous rappelle la profonde différence entre le Québec et le reste du Canada.

Conseil de la fédération - les "fruits amers"...

Les premiers ministres des provinces et des territoires ne sont pas parvenus à s'entendre sur un plan de lutte contre le réchauffement climatique lors de la rencontre annuelle du Conseil de la fédération qui s'est terminée hier, à Moncton. Chacun suivra son propre scénario, celui qui répond à ses intérêts économiques. Quand ce Conseil de la fédération joue au conseil d'administration d'un pays dont il n'est qu'actionnaire minoritaire, il se trompe de rôle.
Malgré les déclarations du Québec, en début de semaine, appelant à une discussion des premiers ministres sur l'idée d'inclure la limitation du pouvoir fédéral de dépenser dans la Constitution canadienne, il n'en a pas été question lors de la rencontre annuelle des premiers ministres. Il faut dire que le sujet n'était pas à l'ordre du jour et que, de toute manière, certains premiers ministres, comme Gordon Campbell (Colombie-Britannique), n'y voyaient qu'«une façon de détourner l'attention des vrais enjeux qui nous concernent directement comme provinces».
Vraiment? Voilà qui nous rappelle la profonde différence entre le Québec et le reste du Canada.
La limitation du pouvoir fédéral de dépenser est une revendication traditionnelle du Québec, incluse dans l'accord du Lac-Meech, mais qui correspond aussi à la conception conservatrice de la fédération. Malheureusement, plusieurs provinces apprécient, au contraire, qu'Ottawa utilise son argent pour créer de nouveaux programmes, et ce, même en santé et en éducation, voire en matière de transport de l'énergie, comme il en sera question plus loin.
S'agissait-il d'un ballon d'essai de la part d'un gouvernement Charest talonné par les adéquistes? Quoi qu'il en soit, le sujet a fait long feu et on n'en a plus entendu parler.
Quant aux «vrais problèmes», les premiers ministres n'ont pu que constater leur désaccord sur ceux qui étaient à l'ordre du jour, telle la lutte contre les gaz à effet de serre (GES). Pas besoin de chicanes constitutionnelles pour ça! Il suffisait de comparer les intérêts des uns et des autres.
Alors que la plupart des provinces étaient d'accord pour imposer les normes d'émissions dites californiennes aux constructeurs de voitures, l'Ontario s'y est opposé... à moins que tout le pays ne vienne en aide à cette industrie de l'auto. Quant à l'Alberta, elle a refusé net de fixer des plafonds d'émissions pour l'industrie pétrolière. Et l'ineffable Dan William, premier ministre de Terre-Neuve, de donner raison à l'Alberta... Ce qui ne l'a même pas empêché de demander à Ottawa de financer le développement hydroélectrique de sa province, notamment grâce à la construction d'une ligne de transport d'électricité qui traverserait le pays d'est en ouest... sous prétexte de réduire l'utilisation des combustibles fossiles en Ontario.
Une ligne de transport d'électricité fédérale d'un océan à l'autre, cela permettrait évidemment à Terre-Neuve de traverser le Québec sans avoir à payer le tarif du marché imposé par Hydro-Québec. Or, depuis toujours, le Québec a développé son réseau sans recevoir un cent du fédéral; comment dès lors accepter qu'Ottawa construise sa propre ligne au détriment du Québec? Tellement bête!
La proposition a été reçue froidement par M. Charest, l'exploitation des ressources étant de compétence provinciale exclusive. De toute façon, la réduction des GES n'est qu'un prétexte et la capacité de transport existe déjà. Si Terre-Neuve veut l'utiliser, elle n'a qu'à réserver sa place et à payer le tarif du marché.
Malheureusement, le seul fait que des provinces comme Terre-Neuve, mais aussi l'Ontario, aient eu le culot d'imposer ce genre de débat au cours des derniers jours donne une indication du climat qui règne au sein de ce Conseil de la fédération. L'an dernier, les provinces n'étaient pas parvenues à s'entendre sur la question du déséquilibre fiscal et Ottawa a fait comme il l'entendait. Cette année, on n'a convenu d'aucun plan de lutte contre le réchauffement climatique, d'aucune stratégie pour convaincre Ottawa de s'attaquer au problème, on a même ridiculisé l'idée d'exiger du gouvernement Harper qu'il respecte son propre engagement de limiter le pouvoir fédéral de dépenser.
Décidément, si on peut trouver utile que le Québec discute avec les autres provinces de problèmes communs, on ne peut certes pas conclure que ce Conseil de la fédération, créé à l'initiative du premier ministre Charest, est la formule idéale pour défendre nos intérêts.
En acceptant son rôle de province parmi 13 provinces et territoires, l'actuel gouvernement du Québec est condamné à la paralysie devant un gouvernement central et douze gouvernements régionaux aux intérêts divergents. Si c'est là le sort auquel nous destinait la reconnaissance du Québec comme nation, mieux valait s'en passer en attendant de conquérir les vrais attributs de la nation.


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