Dix-sept ans après le retrait soviétique d'Afghanistan - Un pays toujours envahi

Afghanistan après 2011, un narco-régime



Le 15 février correspond au 17e anniversaire du retrait des derniers soldats soviétiques d'Afghanistan, le 15 février 1989. Mais les Afghans n'ont toujours pas eu le temps de vivre la paix et encore moins de voir la prospérité. La raison pour cela, c'est que n'ayant pas eu le temps de soigner ses blessures, l'Afghanistan a fait l'objet d'une nouvelle invasion, cette fois-ci en provenance du sud, du Pakistan.

Aujourd'hui, dans le monde, on parle des pays prétendument dangereux. Les Américains ont même établi une liste rouge sur laquelle figurent l'Iran, la Corée du Nord et la Syrie. Étrangement, le Pakistan n'y apparaît pas alors que, dans la réalité, ce pays est probablement le plus dangereux au monde, et ce, pour au moins trois raisons.
Depuis sa création, en 1947, le Pakistan cherche à devenir une puissance: nucléaire, islamique, régionale, militaire, etc. C'est dans cette perspective qu'il n'a jamais cessé de développer son programme nucléaire. Devenir une puissance est un voeu légitime pour tous les pays, mais les militaires pakistanais n'hésitent malheureusement pas à utiliser tous les moyens, dangereux ou non, pour y parvenir. Pour cela, ils sont en train de jouer avec le feu, ignorant que ce feu peut les brûler aussi.
On peut ainsi observer d'étranges similitudes entre l'URSS et le Pakistan.
- Brandissant le drapeau rouge, l'URSS prétextait de l'idéologie marxiste-léniniste pour justifier une politique prétendument socioéconomique chez elle et des interventions expansionnistes à travers le monde alors que ses propres dirigeants vivaient en véritables capitalistes.
Les Pakistanais ne sont pas plus musulmans qu'un autre pays musulman, mais ils utilisent l'islam et le drapeau vert non pas comme une religion mais comme une idéologie pour parvenir à leur objectif de suprématie hégémoniste.
- En URSS, le PCUS avait tout le pouvoir et tous les privilèges du pouvoir.
Au Pakistan, il y a l'armée. L'armée pakistanaise est une des plus riches en moyens financiers et en armements et une des plus dynamiques au monde, s'appuyant sur des motivations d'ordre idéologique et matériel.
- En URSS, il y avait le KGB et l'Internationale communiste pour servir la machine de guerre.
Au Pakistan, ce sont l'Inter Services Intelligence (ISI) et les écoles coraniques. On peut aussi ajouter le réseau al-Qaïda, qui apporte beaucoup au Pakistan.
- En URSS, il y avait une mosaïque de religions et de peuples dans la misère alors que le gouvernement dépensait des milliards pour la conquête spatiale ou pour financer les guérillas communistes à travers le monde.
Au Pakistan, c'est exactement la même misère, mais les militaires dépensent des milliards pour la bombe atomique et la conquête du monde et appuient presque tous les groupuscules extrémistes.
- L'URSS avait envahi l'Afghanistan à la fois pour le transformer en seizième république et pour avoir accès à l'océan Indien.
Le Pakistan cherche à transformer l'Afghanistan en cinquième province et à avoir [...] accès à l'Asie centrale.
- L'URSS soutenait presque tous les mouvements de gauche en Afghanistan afin de les manipuler à sa guise.
Le Pakistan n'a jamais cessé de soutenir le Hezb Islami de Gulbuddin Hekmatyar, les talibans et quelques autres individus ou factions exactement dans le même but.
- L'URSS a encouragé l'extermination de tous les intellectuels, de gauche ou de droite, en Afghanistan.
Le Pakistan n'a jamais laissé les Afghans modérés prendre en main la résistance. Quelques-uns qui tentèrent de rester ont été victimes d'assassinat. Des exemples? Sayed Bahaodine Majrooh, grand écrivain et intellectuel afghan, assassiné à Peshawar en 1988, et Abdul Ahad Karzai, le père de l'actuel président Ahmed Karzai et ancien président du Parlement d'Afghanistan, abattu en août 1999 dans la ville de Quetta.
La racine du mal
Les Pakistanais ont toujours privilégié le mouvement extrémiste de Gulbuddin Hekmatyar en lui fournissant des armes, des subsides et du soutien diplomatique alors qu'il n'a jamais été populaire auprès de la population afghane. Cet homme figure actuellement au troisième rang sur la liste des hommes les plus recherchés.
Ce n'est un secret pour personne que les Pakistanais ont été à l'origine de la création du mouvement taliban. Le général Nasirullah Babur, ancien ministre de l'Intérieur du Pakistan, et le général Hamid Gul, ancien chef de l'ISI, sont encore fiers d'avoir pu réussir un coup aussi énorme.
Quatre ans après le déclenchement de l'opération «Liberté immuable», alors que les infrastructures lourdes d'al-Qaïda et des talibans ont été totalement démantelées en Afghanistan, on n'est toujours pas à l'abri d'un attentat terroriste.
Comment expliquer cela? L'extrémisme islamiste est enraciné au Pakistan. Certains Afghans expliquent bien cela par un dessin d'enfant: «Le terrorisme ressemble à un arbre dont le tronc et les racines se trouvent au Pakistan. Les branches de cet arbre ont poussé vers l'Afghanistan ou ailleurs dans le monde. Après le 11 septembre 2001, les Américains, avec l'aide de l'Alliance du Nord, ont réussi à couper les branches. Mais les racines sont toujours en place, toujours entretenues, et peuvent repousser à tout moment.»
La politique du pompier pyromane
Il est certain que le Pakistan continue encore à soutenir, en armes et en moyens financiers, les talibans et les hommes de Gulbuddin Hekmatyar. Les talibans se promènent dans les villes pakistanaises, où ils organisent des réunions et publient leur propagande en toute liberté.
Les opérations militaires menées par l'armée pakistanaise ressemblent plus à un jeu de cache-cache ou à des manoeuvres militaires. Certains réfugiés afghans peuvent témoigner qu'à la veille d'une opération militaire, les officiers de l'ISI informent les talibans et les hommes d'al-Qaïda en leur disant d'aller se cacher dans une autre région.
Quand le général Pervez Musharraf, qui dirige le Pakistan, se rend à Kaboul pour faire de beaux sourires devant les médias aux côtés du président Karzai, on peut imaginer que les officiers de l'ISI sont en train de livrer des armes ou du financement aux talibans.
En revanche, connaissant les Américains, les Pakistanais savent bien comment se comporter. Quand le président Bush demande au général Musharraf de choisir son camp, celui-ci se range dans le camp américain, au détriment de tous les risques. Mais quand les Occidentaux ont le dos tourné, les Pakistanais se répandent en déclarations, en gestes excessifs, en agissements outranciers. [...] Pour résumer, on peut citer le diction afghan: quand on a un ami comme le Pakistan, on n'a pas besoin d'ennemi.
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Mehrabodin MASSTAN, Ancien représentant de la résistance afghane en France


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