Des hausses justes

Université - démocratisation, gouvernance et financement

La campagne électorale n'est pas encore officiellement ouverte que, déjà, les associations étudiantes, appuyées par le Parti québécois, montent au créneau pour dénoncer l'intention du Parti libéral de procéder au dégel des droits de scolarité universitaires. Les Québécois en général, et les étudiants en particulier, les suivront-ils dans cette bataille?
La réaction première des associations étudiantes, lorsque fut confirmé vendredi dernier l'engagement électoral du Parti libéral d'accroître les droits de scolarité de 50 $ à chacune des sessions universitaires d'ici à 2012, ne fut pas de s'opposer à toute augmentation, mais d'y voir une porte ouverte à des augmentations futures incontrôlées. C'est ce discours que reprenait hier la députée péquiste Louise Harel en invitant les étudiants à se méfier d'un gouvernement qui justement ne tient pas ses promesses.
Condamner sans nuances cet engagement était de fait bien difficile. Tout d'abord, ce dégel est partiel. On ne donne pas aux universités toute liberté d'augmenter les droits de scolarité. La hausse est fixe. Elle sera de 500 $ au total au terme de la période de cinq ans qui fait l'objet de cet engagement, ce qui portera les droits de scolarité annuels à 2168 $. Sera ainsi maintenu l'écart actuel qui est de un pour trois avec les droits moyens exigés dans le reste du Canada. Seule imprécision à relever, l'absence d'interdiction faite aux universités de cesser d'augmenter les frais afférents qui leur ont permis ces dernières années de compenser l'effet du gel.
Raisonnable, cette révision des droits de scolarité l'est: 30 % sur cinq ans est plus que l'inflation, mais c'est tout de même moins que s'ils avaient été indexés à l'IPC depuis 1993 que dure le présent gel. Au surplus, le gouvernement libéral prévoit par ailleurs des investissements annuels de 200 millions dans les universités et collèges du Québec, ce qui couvrira plus que l'augmentation des coûts de système. Par ailleurs, il s'engage à leur laisser tout entiers les transferts fédéraux pour l'enseignement post-secondaire attendus du gouvernement Harper.
Ces engagements répondent aux demandes répétées de réinvestissement dans les universités pour garantir la qualité de l'enseignement et de la recherche. Demander aux étudiants de participer à cet effort à hauteur de 19 millions de dollars par année est juste, d'autant plus qu'il n'y a pas à craindre que cela entraîne une baisse de la fréquentation des institutions d'enseignement supérieur, comme le soutiennent les associations étudiantes. Malgré des droits substantiellement plus élevés, le taux de fréquentation des universités des autres provinces est plus élevé qu'au Québec.
La question de l'accessibilité aux études supérieures ne peut se résumer à la seule question des droits de scolarité. Une étude publiée ce mois-ci par Statistique Canada souligne que les contraintes financières sont pour une infirme partie (12 %) à l'origine de l'écart dans la fréquentation de l'université entre jeunes issus de familles à bas ou moyens revenus et familles à hauts revenus. Jouent d'abord l'environnement social et les résultats scolaires au secondaire.
Les associations étudiantes avaient jusqu'ici réussi à persuader le Parti libéral et le Parti québécois que l'égalité des chances passait par le gel des droits de scolarité, voire leur diminution. Cette fois, les libéraux se sont distanciés du lobby étudiant, s'étant convaincus que cette question ne pouvait se réduire à cette seule dimension d'une contribution financière exigée aux étudiants. Il aurait été souhaitable que les péquistes fassent de même et ne laissent pas ce débat devenir un enjeu partisan qui occultera l'essentiel. La polarisation de ce débat n'aidera personne.
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bdescoteaux@ledevoir.ca


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