De vrais choix

Plan nord

La saison des grands congrès politiques est terminée. Le Parti libéral, le Parti québécois et l'Action démocratique viennent tous trois de revoir leur programme, certains en profondeur. Leurs chefs ont tous reçu un appui presque unanime de leurs militants. Le décompte en vue des prochaines élections peut commencer.
Le Parti libéral est celui qui, apparemment, détient la position la plus enviable. Étant le parti du centre, il peut puiser à gauche comme à droite pour élargir son électorat. Voyant que l'appétit pour du changement est moins affirmé qu'il ne l'était, il se présente volontiers comme le parti de la modération. En congrès, comme au gouvernement, c'est d'ailleurs à dose homéopathique qu'il administre le changement.
Cette modération vaut aussi quand il s'agit de faire la promotion de la nation québécoise, ce qui laisse par contre un vaste terrain dans lequel l'Action démocratique a pris pied à la dernière élection. Grâce à des positions populistes, notamment sur les accommodements raisonnables, elle s'est glissée entre le Parti libéral et le Parti québécois qui aujourd'hui tentent de l'éjecter de l'échiquier, avec d'autant plus de facilité que le programme du parti de Mario Dumont est à géométrie variable.
En congrès ce week-end, l'ADQ a justement cherché à corriger cette faiblesse. Sa commission politique a ciblé quelques grandes priorités: mise en place d'une politique familiale nataliste, adoption d'une approche «authentique et concertée» du développement économique, efforts accrus d'intégration des immigrants, réduction du rôle de l'État. S'il y a plus de cohérence, les contradictions n'ont pas toutes été gommées pour autant. On prône un État moins actif tout en voulant que la Caisse de dépôt et Hydro-Québec retrouvent leur rôle de levier économique. Curieusement, le discours autonomiste des dernières années a été atténué. On réclame une seule déclaration de revenus faite au Québec et une intégration des politiques familiales d'Ottawa à celles du Québec. Exit le discours sur l'identité québécoise laissé aux péquistes.
Se recentrer était aussi la préoccupation du PQ qui est celui des trois grands partis qui a le plus modifié son programme. À une autre époque, on aurait employé le terme de révisionnisme pour décrire le congrès de ce week-end. Sur le plan économique et social, ce parti demeure toujours social-démocrate, mais il réhabilite le rôle du privé comme facteur d'enrichissement collectif. On accepte le précepte que défendait à son époque Robert Bourassa selon lequel il faut créer la richesse avant de la distribuer. À l'échelle du Parti québécois, il y a là une petite révolution.
Il faut en dire autant de l'adoption par ce parti d'une démarche de gouvernance souverainiste qui le soustrait à l'obligation d'un «référendum le plus tôt possible dans un prochain mandat». Ce faisant, les militants péquistes se sont engagés sur la voie du réalisme. Avant de tenir un référendum sur la souveraineté, il faut d'abord retrouver le pouvoir et convaincre les Québécois de la nécessité du projet de pays. Contrairement à son prédécesseur, la nouvelle chef du PQ pourra conduire «sa» politique. Elle peut prétendre après cette fin de semaine avoir la confiance presque unanime de ses militants.
Personne ne sait quand auront lieu les prochaines élections. Ce pourrait être aussi bien dans six mois que dans douze ou dix-huit. Leur congrès étant derrière eux, les trois chefs pourront désormais se consacrer à débattre avec leurs concitoyens plutôt qu'avec leurs militants. Chacun a une proposition à leur faire. On aura le choix entre la continuité libérale, le renouveau adéquiste et le changement péquiste. À cet égard, le plus grand défi appartient à Pauline Marois dont le projet demeure, malgré les révisions de ce week-end, le plus audacieux et, par conséquent, le plus difficile.


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