De mal en pis

Le Canada en Afghanistan



DEPUIS 2005, LE SOUTIEN AUX TALIBANS S'EST INTENSIFIÉ
Nous publions ici un extrait du rapport publié cette semaine par le conseil Senlis un groupe de réflexion international qui s'intéresse notamment au trafic international de la drogue. Le rapport est fondé sur une enquête approfondie menée par les chercheurs du groupe en Afghanistan.
Après cinq ans, l'Afghanistan n'est toujours pas en paix. Bien au contraire, les talibans sont de retour, et la ligne de front sépare maintenant le pays en deux. Des attaques sont perpétrées chaque jour. Dans plusieurs provinces auparavant relativement sûres, on assiste à des attentats-suicides, à des meurtres, à des embuscades et à d'autres attaques. Les troupes des États-Unis et de l'OTAN s'engagent constamment dans des manoeuvres de guerre et subissent des pertes significatives, en particulier dans les provinces du sud de Helmand et de Kandahar. De plus en plus de civils sont tués soit par les néo-talibans, soit en raison des dommages collatéraux associés aux actions de la coalition militaire internationale.
Depuis 2005, le soutien au mouvement taliban s'est intensifié, et celui-ci est de plus en plus en mesure d'affecter le fragile équilibre du pouvoir en Afghanistan. Même si le gouvernement élu démocratiquement n'est pas menacé à court terme, sa légitimité s'érode rapidement depuis qu'il a démontré son incapacité à protéger la population et à garantir sa sécurité.
Devant la montée en force des insurgés, il a fallu adapter encore une fois les opérations militaires internationales, rendant encore plus floues les distinctions entre l'opération " Enduring Freedom ", menée par les États-Unis, et l'action de la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS), dirigée par l'OTAN. Le manque de clarté et l'approche militariste des deux missions ont entraîné les forces de la coalition militaire internationale dans un cul-de-sac.
Loin d'être perçues comme des chasseurs de terroristes ayant pour objectif d'assurer la sécurité, la stabilité et le développement du pays, les forces de la coalition militaire internationale sont considérées comme des alliées du gouvernement Karzaï, et comme étant responsables en partie du manque de sécurité et de la corruption grandissante. Au lieu d'être considérées comme des éléments neutres luttant pour le bien du peuple afghan, les forces de la coalition militaire donnent plutôt l'impression d'avoir pris position pour un camp dans un contexte de guerre civile entre deux groupes luttant pour le pouvoir en Afghanistan.
Intensifier les opérations?
La lutte contre une guérilla bien équipée exige des forces de combat de grande envergure. Si elle désire maintenir cette stratégie, l'OTAN devra étendre sa présence militaire et intensifier ses opérations. On courra alors le risque de voir un plus grand nombre de soldats mourir, sans améliorer notablement le niveau de sécurité. Au contraire, la stratégie des éléments antigouvernementaux n'est pas tant de remporter une victoire militaire, mais plutôt d'infliger des pertes significatives afin d'obliger l'OTAN à quitter le pays ou, du moins, à réduire son soutien au gouvernement central. Cette spirale de la violence pourrait s'avérer très risquée pour l'OTAN, étant donné la montée de la popularité des éléments antigouvernementaux au sein de la population. De plus, un tel scénario diviserait fort probablement le pays en deux zones: le nord et l'ouest, relativement pacifiés sous l'autorité du gouvernement central appuyé par les commandants tadjiks, hazaras et ouzbeks, et les provinces chaotiques du sud et de l'est, sous la férule des néo-talibans.
Les forces de la coalition militaire internationale oeuvrant en Afghanistan n'ont pu atteindre leurs objectifs de 2001: assurer la sécurité et la stabilité en Afghanistan. Le pays ne connaît ni la sécurité ni la stabilité; il est sur le point de s'effondrer.
L'approche infructueuse de lutte contre les narcotiques par la communauté internationale a entraîné la perte du gagne-pain d'un grand nombre d'Afghans et a exacerbé encore davantage la crise de pauvreté endémique que connaît le pays. L'approche militaire des stratégies antinarcotiques a érodé la confiance du peuple envers le gouvernement afghan et la communauté internationale, et les talibans profitent du sentiment de frustration et de déception des communautés rurales pour raffermir leur pouvoir. (...)


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