Crise constitutionnelle en vue

Québec 2007 - Tribune libre de Vigile


Il était écrit dans le ciel que le débat des chefs du 13 mars allait produire un effet mitigé dans la population québécoise. Les résultats du dernier sondage de la maison Léger Marketing attestent en effet que le choix politique des électeurs a peu changé.
Le chef de l’Action démagogique du Québec jouit dorénavant de cette immunité insaisissable qui survient à un certain moment d’une campagne électorale. Mario Dumont est porté sur une vague de sympathie populaire que rien ne semble capable d’affaiblir. Cette ondulation, timide lors des premiers jours qui ont suivi le déclenchement du scrutin, se nourrit vraisemblablement des attaques qui proviennent de ses adversaires politiques.
À preuve, la dernière semaine de Mario Dumont a été éprouvante : l’analyste politique Chantal Hébert l’a d’abord passé à la moulinette sur le plateau de l’émission « Tout le monde en parle » dimanche dernier. Puis, son calvaire s’est poursuivi au débat des chefs deux jours plus tard. Certes, les discours d’ouverture et de clôture du député de Rivière-du-Loup ne furent pas mauvais. Cependant, le reste de sa joute oratoire fut guère glorieux : incapable de chiffrer son cadre budgétaire, le leader de l’ADQ n’a fait que se défendre à coup de vagues promesses et de reproches. Ils furent malgré cela 41% au Québec à le déclarer vainqueur de l’affrontement, selon une enquête de la firme CROP.
Pendant ce temps, des candidats adéquistes accumulent les déclarations saugrenues. Deux ont été limogés par le chef en pleine campagne électorale. Une autre revient d’un voyage dans le sud. Du jamais vu dans l’histoire récente du Québec. Force est de constater que la non-équipe de Mario Dumont n’inquiète pas plus l’électorat québécois. Pas de doute qu’il est permis de formuler ici la célèbre phrase de l’humoriste Yvon Deschamps : « les gens veulent pas sawouère; ils veulent le wouère… » En d’autres mots, même si le geste dépasse l’entendement, les Québécois ne sont nullement effrayés de signer un chèque en blanc à Mario Dumont. Ce qui désole [l’éditorialiste en chef du journal Le Devoir, Bernard Descôteaux, qui exhorte les gens à se méfier de l’ADQ dans son éditorial du 15 mars dernier->5232]. Malheureusement pour lui, son appel va demeurer lettre morte. Au pire, on l’accusera de se comporter en « montréalais suffisant » qui veut faire la leçon aux régions…
Il faut croire que les Québécois sont profondément mécontents du cul-de-sac politique dans lequel croupit le Québec, particulièrement depuis 1995. Le statu quo du Parti libéral et le référendum du Parti québécois incarnent un menu politique défraîchi qui ne les intéresse pas. Il était intéressant à ce sujet d’entendre le travailleur de l’usine ABB de Varennes mentionner aux médias « être pour la séparation, mais tanné de voir qu’il ne se passe rien. » Celui qui a apostrophé Jean Charest, lorsqu’il visitait son lieu de travail, a révélé qu’il appuyait cette fois l’ADQ, convaincu qu’il se passera quelque chose. Ce parti qui recueille maintenant 35% d’appui chez les francophones compte sûrement parmi eux d’autres souverainistes qui ont quitté le PQ pour les mêmes raisons.
C’est le père de l’assurance maladie du Québec qui va être déçu. Claude Castonguay croit que l’engouement dont est l’objet l’Action démocratique découle d’un ras-le-bol général des Québécois envers le projet souverainiste. [L’ancien ministre du gouvernement de Robert Bourassa prédit qu’il y aura formation d’un gouvernement libéral minoritaire le 26 mars prochain avec l’Action démocratique comme opposition officielle->5261]. Cette prévision, qui est visiblement son vœu, va le décevoir. Il faut croire que le fédéraliste endurci fait parti de ces Québécois qui ne voient pas ce qui se prépare à l’Assemblée nationale.
Mario Dumont a en effet réitéré son intention de forcer rapidement des négociations constitutionnelles avec le gouvernement fédéral, s’il devait jouir d’une quelconque influence sur le prochain gouvernement du Québec. Rappelons que la mise en œuvre de son projet autonomiste (sic) s’articule autour de la création d’une citoyenneté et d’une constitution québécoise. De plus, le chef de l’ADQ veut abolir l’impôt fédéral. Frondeur, le dirigeant de l’Action démocratique a grogné qu’il ne formerait pas de coalition, si aucune formation politique ne détenait une majorité de sièges à Québec. Il a ajouté qu’il empêcherait la tenue d’un référendum dans ce contexte. Évidemment, bercé par sa pensé magique, Mario Dumont est persuadé qu’il ne subira pas le même traitement de la part de ses adversaires…
Si une impasse politique ne se produit pas à Québec rapidement, c’est à Ottawa qu’elle surviendra, lorsque Stephen Harper fermera la porte aux demandes constitutionnelles adéquistes. Opposé aux revendications de Mario Dumont, le chef du Parti conservateur songe à déclencher ce printemps une élection fédérale pour gagner du temps. Les Québécois seraient alors invités à donner une majorité de députés au PC afin qu’il puisse « paisiblement discuter » avec Québec… Le Bloc québécois serait ainsi placé sur la corde raide, accusé d’empêcher le « fédéralisme d’ouverture » de s’exprimer à l’avantage des Québécois. Ce film vous rappelle-t-il quelque chose?
Cette astuce ne changera rien au mur que va frapper le projet de Mario. Tôt ou tard il va s’y casser les dents, procurant un mouvement favorable au projet indépendantiste. Le Parti québécois sera-t-il prêt à en tirer profit? La formation souverainiste doit poser des gestes pour l’être dès le 27 mars prochain. L’État-major péquiste doit faire preuve de souplesse. Tout le contraire donc de ce qui est observé présentement. Voir André Boisclair faire le matamore en affirmant qu’il tiendrait un référendum, même s’il forme un gouvernement minoritaire avec environ 30% du vote, laisse pantois. Apprendre que Françoise David attendait un coup de fil de sa part pour dialoguer consterne. [C’est ce qu’a relaté le journaliste Vincent Marrisal qui se surprenait de voir qu’aucune alliance ne s’était tissée entre les deux partis souverainistes->5263]. Chose certaine, le PQ devra se hâter d’en broder avec plusieurs en prévision d’une nouveau scrutin qu’il faudra rendre décisionnel, à la majorité absolue des votes. Les Québécois qui souhaitent du changement pourront alors le dire par l’entremise de leur parti, sachant que leur vote s’additionnera avec celui des souverainistes des autres formations.
L’avènement d’un gouvernement minoritaire, pour la première fois depuis 1878, sert la cause souverainiste : les Québécois rejettent le fédéralisme d’ouverture de Stephen Harper puisque son partenaire, Jean Charest, n’aura pas obtenu un second mandat digne de ce nom. Que ceux qui craignent Mario Dumont se rassurent : plus de 45% des Québécois appuient le projet indépendantiste, faut-il le rappeler? Celui qui accuse André Boisclair de rêver en réalité somnole davantage. Le pétard qu’il s’apprête à faire exploser à Ottawa va réveiller beaucoup plus de monde que sa petite personne…
Patrice Boileau



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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    20 mars 2007

    Monsieur Boileau,
    Une petite remarque au sujet du Devoir qui crie au désastre
    au sujet de l'ADQ. Il est trop tard. L'ADQ arrive un peu comme
    le Titanic sur la Banquise qu'il verra mais ne pourra éviter.
    Ce sera la collision et on sait la suite.
    Le pq peut faire la souveraineté et il est pris entre deux
    feux! S'il se tait le plq dira qu'il cache quelque chose et s'il
    se parle ses membres surtout les stratèges diront attention!
    Le maître du jeu actuellement c'est Ottawa et ce n'est pas
    à négliger.
    Monsieur Boileau vous avez raison de penser que les gens
    ne changerons pas d'idée pour la bonne raison que le système
    fonctionne à faire peur sans que ça paraisse! On n'a qu'à
    voir la conduite du gouvernement libéral à l'Assemblée nationale ou des Jacques Dupuis se sont conduit comme le pire
    des fanatiques !
    Si le pq est élu et je pense qu'il va être élu attachée
    vos ceintures
    le 53