400e de Québec

Couillard corrige Charest

Québec 2008 - autour du 400e

Québec -- De retour de France, le ministre responsable de la Capitale-Nationale, Philippe Couillard, a affirmé hier qu'il était faux «techniquement» de soutenir que la fondation de Québec marquait celle du Canada, corrigeant ainsi les conceptions avancées par les premiers ministres Jean Charest et Stephen Harper.
La ville de Québec a-t-elle fondé le Canada? a-t-on demandé à Philippe Couillard. «Non, bien non, techniquement. Il s'est accompli là un geste, un jalon qui a mené avec notre histoire à la fondation du Canada», a-t-il tranché, ajoutant qu'il était «un grand étudiant de l'histoire». La fondation de Québec, dont on célèbre les 400 ans, c'est un jalon parmi les «multiples événements qui ont mené à la création de ce pays qui est le nôtre, qui est le Canada». Or, la semaine dernière, Jean Charest a affirmé à l'Assemblée nationale que «le Québec a fondé le Canada». De son côté, Stephen Harper a soutenu à la Chambre des communes que «la fondation de Québec est aussi la fondation de l'État canadien».
Le ministre féru d'histoire croit également qu'il est erroné de considérer Samuel de Champlain, premier gouverneur de la Nouvelle-France, comme le prédécesseur de la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean. «Bien, non, là je pense que vous tirez l'élastique un peu», a répondu Philippe Couillard à un journaliste. Stephen Harper déclarait sans ambages la semaine dernière que «la gouverneure générale est la successeure aujourd'hui de Samuel de Champlain, le premier gouverneur du Canada».
«Il ne faut pas nier notre histoire», a dit M. Couillard à l'intention de ceux qui insistent sur la Conquête et l'occupation anglaise. «Ce n'est pas correct pour un peuple de dire qu'on va reconnaître 150 ans de notre histoire de 400 ans, puis l'autre 250 ans, il est comme étranger ou étranger à nous. Ça fait partie de notre histoire», a-t-il fait valoir.
À Ottawa, les débats sur l'histoire du Canada ont continué, alors que le Bloc québécois dénonçait le contenu d'une publication de Patrimoine Canada. Intitulée La Couronne canadienne -- La monarchie constitutionnelle au Canada, cette publication avance que le
Canada a eu un monarque depuis le début du XVIe siècle, soit le roi Henri VII d'Angleterre (1485-1509) et du roi François 1er (1515-1547), en fait deux monarques simultanément. Cette double monarchie se serait maintenue jusqu'à la Conquête, écrit Patrimoine Canada. Le député du Bloc, Michel Guimond, a qualifié cette thèse de «réécriture surréaliste de l'histoire». Le secrétaire d'État au Multiculturalisme et à l'Identité canadienne, Jason Kenney, a indiqué qu'il allait vérifier, mais que l'histoire canadienne, selon la conception du gouvernement Harper, commençait avec les premiers voyages des explorateurs français et anglais.
Au sujet du lancement des festivités du 400e en France, Philippe Couillard a trouvé «étrange» la polémique qui a eu cours au Québec. C'est un débat que les Français ont de la difficulté à comprendre, a-t-il fait remarquer. «Et d'avoir -- en passant -- une Québécoise francophone, immigrante, c'est tout un beau signal pour le Québec et le Canada», juge M. Couillard, qui a trouvé très positive la visite de Mme Jean.
En outre, il estime qu'il aurait été «délicat» que le premier ministre du Québec soit présent en France au même moment que la gouverneure générale en raison de la «différence de visibilité ou de place dans le protocole» entre un chef d'État (la gouverneure générale) et un premier ministre.
Par ailleurs, les dirigeants de la Société du 400e, qui dévoilait hier le vaste programme de l'Espace 400e, dans le Vieux-Port, ignoraient toujours quels politiciens seraient présents lors de son inauguration le 6 juin. «Je n'ai pas actuellement la liste exacte des gens qui vont être présents [...], mais ça va être des personnalités politiques importantes de chaque palier de gouvernement», a répondu le directeur général, Daniel Gélinas, lors de la présentation des nombreuses activités organisées sur ce site pour l'été.
Prié de dire s'il s'attendait à la venue de la gouverneure générale, M. Gélinas a répondu en souriant qu'il «ne pensait pas», avant d'ajouter qu'elle participerait à l'inauguration, dans deux semaines, de l'exposition du «livre de Champlain» à la Citadelle de Québec. L'organisation déploie beaucoup d'efforts pour détourner l'attention des tensions politiques. On a d'ailleurs prévu une tournée de trois jours cette semaine afin de mieux faire connaître la programmation dans la région de Montréal. «On va rappeler et rappeler encore que les festivités du 400e anniversaire du fait francophone, ça appartient à tous les gens en Amérique du Nord en quelque sorte. Il faut que tout le monde s'approprie ça», a souligné M. Gélinas.
«La semaine dernière, on était à La Rochelle, il y avait une grande fête là-bas. Mais je pense que s'il n'y avait pas eu la petite polémique politique, on n'aurait pas entendu parler du départ des plaisanciers et des festivités de La Rochelle dans les grands médias nationaux. C'est un peu ça qu'on veut leur dire.»
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Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti


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