Charest se pose en champion de l'ouverture

Immigration - une politique ou de la politicaillerie ?

La Pocatière -- Jean Charest s'est posé en chantre de «l'ouverture» du Québec, hier, par rapport à Mario Dumont et au Parti québécois, qu'il a qualifiés de «deux partis du repli sur soi». Le premier ministre dit vouloir au contraire faire tomber les frontières par un accord de libre-échange transatlantique et ouvrir les vannes de l'immigration. Notamment grâce à une «entente globale» sur la reconnaissance des compétences entre la France et le Québec. Ainsi, «un médecin en France [pourrait être] médecin au Québec. Un ingénieur au Québec [pourrait être] ingénieur en France. À tous les niveaux», a-t-il déclaré lors d'un point de presse. Celui-ci suivait la clôture du Congrès annuel de la Commission jeunesse, devant lequel il venait de faire un discours d'une trentaine de minutes.
«Vision trop ethnique?»
Lorsqu'un journaliste a demandé au premier ministre si le chef adéquiste avait une vision «trop ethnique» de l'identité québécoise (un reproche formulé par le ministre Benoît Pelletier la veille), M. Charest est passé à un cheveu de qualifier le chef de l'opposition de xénophobe. [Il a répondu en se référant à un entretien accordé à La Presse par Mario Dumont récemment->8160]. Le premier ministre, coupure de journal en main, a cité et a commenté l'extrait ainsi: «Mario Dumont croit [...] que le Québec a atteint la limite de sa capacité d'accueil d'immigrants.' Ça, c'est la vision de Mario Dumont de l'avenir du Québec... Je vais laisser Mario Dumont parler pour lui-même. Il me semble qu'il y a là-dedans une déclaration qui ne correspond pas à [...] ce que je pense de l'avenir du Québec et de notre capacité à nous, comme Québécois, d'absorber, d'attirer chez nous des bras, des cerveaux des coeurs, et de les intégrer.» M. Charest croit que M. Dumont sous-estime la solidité de l'identité québécoise. Lui dit estimer au contraire qu'elle est «suffisamment forte [...] pour que l'on puisse s'ouvrir davantage au monde extérieur».
Au cours de l'entretien au quotidien de la rue Saint-Jacques, Mario Dumont avait précisé que, dans une perspective de marché du travail, «d'économisme pur», on pouvait facilement arriver à la conclusion qu'il faut un peu plus d'immigrants au Québec. (Les jeunes libéraux d'ailleurs, arguant la pénurie de main-d'oeuvre, proposaient de doubler l'immigration au Québec d'ici cinq ans, mais la résolution n'a pas été soumise au vote samedi en raison du manque de temps.) Cependant, le chef adéquiste expliquait que c'était là une vision à courte vue. «Il ne faut jamais avoir plus d'immigration que ta capacité d'accueil, d'intégration linguistique, sociale, économique». Le résultat d'une «immigration accélérée, a-t-il ajouté, c'est que tu crées des ghettos». Or, à son sens, le Québec «a pas mal atteint sa capacité d'accueil».
M. Charest a aussi commenté la déclaration de Christian Ouellet, président de la commission politique du PLQ. Ce dernier, qui était membre de la Commission jeunesse en 1992 au moment où M. Dumont en était le président, avait expliqué qu'à l'époque, il avait refusé de suivre Mario Dumont en raison de son «attitude dictatoriale», du règne du «crois ou meurs» qu'il avait instauré. M. Charest a refusé de reprendre le vocable fort de M. Ouellet, mais a tout de même soutenu que la «liberté de parole à l'ADQ, ce n'est pas monnaie courante» et qu'il est difficile pour les journalistes de s'entretenir avec un député de l'ADQ, sur lequel le chef aurait un «contrôle très strict».
Porte d'entrée
Dans un discours aux accents lyriques devant les jeunes libéraux, Jean Charest avait auparavant pourfendu le PQ et l'ADQ, qu'il avait qualifiés de «deux partis du repli» : «Moi, je veux ouvrir le Québec», a-t-il dit, affirmant que le PLQ était «le parti de l'épanouissement du Québec».
M. Charest a par la suite rappelé qu'il faisait depuis un an la promotion d'un accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne. Ainsi, a-t-il dit, il souhaite «étendre l'espace québécois» pour que «chaque jeune Québécois sache que ce monde lui appartient» et pour «faire du Québec la grande porte d'entrée de l'Europe en Amérique du nord». Si ce projet se réalisait, il constituerait un symbole, à la veille du 400e anniversaire de Québec, a dit le premier ministre: «Pensez à la force du symbole, après 400 ans, on fait la boucle du voyage de Samuel de Champlain. On retourne sur l'Europe. [...] C'est le pont entre notre histoire et notre avenir que nous allons construire en 2008.» Dans une autre envolée, il a lancé: «C'est le Québec qui grandit à travers deux continents qui se rapprochent.»
M. Charest a également souligné que l'entente sur les compétences entre Paris et Québec serait négociée par son gouvernement et non par Ottawa parce que «cela relève de ses compétences». Un calendrier de négociations a été établi lors de la rencontre entre M. Charest et le président Sarkozy le 6 juillet dernier. Des pourparlers portant sur le fond du dossier seront entrepris dès septembre. Avec ce projet, M. Charest a dit vouloir porter à ses yeux «la coopération France-Québec à un nouveau sommet historique». Surtout qu'un tel accord est sans précédent: «Je ne connais pas une autre place sur la planète où une entente similaire à celle que nous proposons est mise sur la table.»
«Bougie d'allumage»
Cet accord serait un prélude et une «bougie d'allumage» à l'Accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe. Selon M. Charest, la conclusion d'un accord avec la France donnerait une «impulsion majeure» au projet de libre-échange, rendu d'autant plus intéressant dans un contexte où le Cycle de Doha (négociations de l'Organisation mondiale du commerce) «ne semble pas vouloir fonctionner». Un tel accord permettrait aussi de mieux faire face aux économies émergentes, comme celles de l'Inde et de la Chine, a-t-il plaidé.
L'ambition libre-échangiste du gouvernement Charest vise aussi la fédération canadienne. Le premier ministre a rappelé qu'il souhaitait conclure dans la prochaine année, en parallèle à ce qu'il va négocier avec la France, une entente formelle de libre-échange «de nouvelle génération» avec l'Ontario. M. Charest a dit souhaiter faire de même «éventuellement» avec les autres provinces canadiennes. D'ailleurs, à Moncton la semaine dernière, les premiers ministres se sont entendus pour établir la pleine mobilité de la main-d'oeuvre partout au Canada d'ici avril 2009.
Au dire de M. Charest, la «marque de commerce» des Québécois, c'est leur appui aux différents projets de libre-échange. «Si on a signé une entente de libre-échange avec les États-Unis, et plus tard avec le Mexique, c'est parce que le Québec, politiquement, à l'élection fédérale de 1988, avait appuyé le gouvernement de Brian Mulroney parce qu'on voulait le libre-échange.»
Oui à l'étalement urbain
Dans leur dernière avant-midi de travail hier matin, quelque 170 jeunes libéraux (l'organisation estime pourtant le nombre d'inscriptions à environ 500) ont adopté une résolution demandant que le gouvernement prenne différentes mesures pour favoriser l'embauche de médecins étrangers. Une autre résolution adoptée enjoignait au gouvernement de modifier la loi électorale afin de réduire de moitié le nombre de pancartes électorales utilisées lors d'un scrutin.
Enfin, la Commission jeunesse s'est donné hier un nouveau président, François Beaudry, qui succède ainsi à Stéphanie Doyon, dont le mandat n'aura duré qu'un an. M. Beaudry a promis de mettre sur pied une vingtaine de comités libéraux étudiants dans les établissements d'enseignement post-secondaires du Québec. Il s'est adressé en anglais à l'auditoire à plusieurs reprises durant son discours. Interrogé à ce sujet plus tard, il a déclaré vouloir ainsi faire un geste d'inclusion à l'endroit de la communauté anglophone. «On est une province bilingue, qui va de plus en plus vers trilingue, quadrilingue. Donc, je pense que c'est important de parler autant en anglais qu'en français, deux langues qui sont égales, qui sont reconnues au Québec», a-t-il dit.


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