Célébrer la conquête?

Mauvaise idée que celle de commémorer officiellement le 250e anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham.

1759-2009 : la résistance


Mauvaise idée que celle de commémorer officiellement le 250e anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham.
Pourquoi une société française devrait-elle célébrer la bataille qui a marqué non seulement la cession de la Nouvelle-France à l'Angleterre, mais la quasi-extinction de la culture française en Amérique... dont il ne reste, précisément, que le Québec et quelques communautés minoritaires?
Si cette bataille avait tourné autrement, ou si Louis XV avait été plus intéressé aux «arpents de neige» qu'aux champs de cannes à sucre de la Martinique, l'Amérique du Nord parlerait français!

On peut dire, et ce n'est pas faux, que la victoire de Wolfe a permis aux habitants de la Nouvelle-France, quelques années plus tard, de passer d'une monarchie absolue à un régime plus éclairé, la monarchie constitutionnelle anglaise. On peut dire aussi, comme le député adéquiste Éric Caire, que cette bataille «fait partie de notre histoire». C'est vrai. Mais autant je trouve débilitante cette manie qu'ont trop de nationalistes de gratter les vieux bobos et de se complaire dans la victimisation, autant je trouve tout de même inacceptable que l'on célèbre, pour «l'esbaudissement» des touristes, l'anniversaire d'un événement qui a signé la fin de l'expansion française en Amérique.
La France commémore-t-elle l'anniversaire de la bataille de Waterloo? L'Espagne célèbre-t-elle le souvenir de la bataille de Trafalgar?
Il est vrai que de nos jours, on n'en a que pour les shows touristiques. Les grands champs de bataille, où des millions d'hommes ont perdu la vie et qui ont fait chavirer des empires, sont devenus aujourd'hui matière à divertissement, les batailles étant recréées avec des figurants... On a vu comment l'histoire a été occultée au profit du spectacle, au 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec, mais on pourrait dire, à la décharge de ses organisateurs, qu'au moins la fondation de Québec fut un événement heureux et fertile que l'on pouvait célébrer dans l'allégresse. Mais recommencer avec les plaines d'Abraham, évènement charnière encore ressenti comme une «conquête», alors non!
À la Commission des champs-de-bataille, on affirme que les politiciens n'ont pas été formellement invités aux célébrations (aux dernières nouvelles, on les remet d'ailleurs en question). Voilà qui illustre justement le caractère controversé de l'initiative. Les commémorations doivent être des événements rassembleurs.


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