Antisémitisme? Non! Méconnaissance? Oui!

Tolérance des Québécois / Sondage sur le racisme des Québécois

Leonard Cohen (Photo PC)

Laura-Julie Perreault - Personne ne reste indifférent aux résultats du sondage de l'Association des études canadiennes. Mais autant au cabinet de la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles qu'au Congrès juif canadien, on refuse de crier au loup.

D'un côté et de l'autre, on pense qu'une méconnaissance de la communauté juive est à la base des attitudes négatives de nombreux Québécois.
«Je vois dans ce sondage que plus il y a de contacts, plus les préjugés tombent», a déclaré à La Presse la ministre Yolande James, lors d'une entrevue téléphonique. Elle note que la plupart des Québécois qui vivent à l'extérieur de Montréal ont en général peu d'occasions de rencontrer des membres de la communauté juive. «Ce qui est clair, c'est que le défi est de se connaître, de se faire connaître et après ça, on peut progresser.» La politique de lutte contre le racisme qui sera rendue publique sous peu devrait, selon elle, apporter quelques éléments de réponse. «Mais il faut aussi multiplier les occasions de rencontre», estime Mme James.
Président du Congrès juif canadien, région du Québec, Victor Goldbloom en arrive au même constat. «Le phénomène révélé par le sondage n'est pas une surprise. Nous sommes au courant depuis longtemps que notre communauté est mal connue malgré ses deux siècles et demi d'enracinement», dit-il.
L'exemplaire intégration politique, économique et sociale de la grande majorité des Juifs québécois ne fait pas les manchettes. «Il y a 12% de la communauté qui vit de façon isolée et qui résiste à l'intégration. Cette composante est sur-représentée dans les médias», souligne M. Goldbloom au sujet des groupes ultra-orthodoxes qui sont présents dans le paysage québécois, mais pas ailleurs au Canada.
Un phénomène marginal
Pour remettre les pendules à l'heure, cet ancien ministre libéral et médecin compte faire le tour du Québec pour parler de la communauté qu'il représente, de sa religion et des changements qui s'opèrent dans ses rangs. «Quand je suis arrivé à l'Assemblée nationale, un juif ashkénaze qui parlait français, j'étais une drôle d'exception. Ce n'est plus le cas. Plus de 80% de nos jeunes de moins de 35 ans sont maintenant bilingues», souligne-t-il fièrement.
Le Québec francophone a lui aussi changé. Quand il était enfant, dans le Québec d'avant la Révolution tranquille, l'antisémitisme était monnaie courante. Les gens tenaient ouvertement des propos judéophobes, souvent pêchés directement dans les sermons du dimanche des curés. «Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. L'antisémitisme est un phénomène marginal.» Les attitudes révélées par le sondage de l'AEC ne modifient pas son point de vue.
Le B'nai Brith, qui répertorie chaque année les actes antisémites commis au Canada, a une tout autre perspective. «Il y a une vague d'antisémitisme, mais ce n'est pas seulement au Québec, c'est partout dans le pays», avance l'avocat-conseil de l'organisation, Steven Slimovitch. Au Québec, les actes antisémites, incluant les graffitis, le harcèlement et des actes de violence ont augmenté de 60% en 2006 par rapport à l'année précédente, mais restent nettement moins nombreux qu'en Ontario où plus des deux tiers des actes antisémites ont été enregistrés.
«Mais au Québec, la différence est que nous ne prenons pas au sérieux les actes haineux. Montréal est le seul grand corps policier qui n'a pas de division pour s'occuper de ce genre de délits», déplore M. Slimovitch.
L'interculturalisme en procès
Selon lui, la politique d'interculturalisme choisie par le Québec est quelque peu responsable des opinions négatives à l'égard des minorités ethniques. «C'est un modèle bien moins chaleureux, bien moins accueillant que le multiculturalisme canadien», croit-il.
Ce modèle de gestion de la diversité culturelle privilégie les échanges entre cultures dans le cadre de la société québécoise à majorité francophone, plutôt que la cohabitation entre cultures mises de l'avant par le multiculturalisme. Il a été défendu par une imposante majorité d'intervenants lors des travaux de la commission Bouchard-Taylor.
C'est notamment pour en tester les mérites que Jack Jedwab, le directeur général de l'Association des études canadiennes, a décidé de commander un sondage et d'y inclure des questions sur la communauté juive. «Il y a beaucoup d'intellectuels qui disent que le modèle interculturel est supérieur au modèle multiculturel, dit-il. Le sondage démontre toutefois que c'est beau d'avoir un discours interculturel, mais les résultats n'y sont pas.»
M. Jedwab organise un colloque sur le sujet le 17 mars, soit quelques semaines avant la date prévue par le gouvernement pour la remise du rapport final des commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor.


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