Afghanistan - Comment le Canada a-t-il atterri à Kandahar?

Afghanistan - une guerre masquée

C'est la question qui brûle les lèvres de la majorité des Québécois: qu'est-ce qu'on fait en Afghanistan? Remonter le temps fournit au moins un début de réponse à la présence des troupes à Kandahar, dans le fief des talibans.
11 septembre 2001. C'est déjà loin dans la mémoire collective, mais tout commence avec les attentats terroristes à New York et à Washington. «On l'oublie, mais la solidarité avec les États-Unis frôlait l'hystérie à l'époque. Le monde entier voulait éviter que de tels événements ne se reproduisent», affirme Marc-André Boivin, coordonnateur au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM de l'Université de Montréal.
Oussama ben Laden et al-Qaïda sont rapidement identifiés comme les responsables de l'attaque. Leurs bases d'entraînement sont en Afghanistan, où le régime des talibans coopère avec le groupe terroriste. La riposte se met rapidement en branle.
Le 12 septembre 2001, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 1368 qui condamne les attaques de la veille et réaffirme le droit des pays membres à la légitime défense individuelle et collective. L'ONU appelle la communauté internationale à supprimer le terrorisme et à tenir responsables tous ceux qui aident ou appuient les auteurs, organisateurs et commanditaires d'actes terroristes.
Le 4 octobre suivant, en raison de l'attaque contre les États-Unis, l'OTAN, dont fait partie le Canada, invoque l'article 5 du traité de Washington, en vertu duquel toute attaque contre un pays de l'OTAN est interprétée comme une attaque contre toutes les nations de l'OTAN. Mais l'organisme entrera en scène seulement en 2003.
Le 7 octobre 2001, les États-Unis commencent l'opération «Enduring Freedom» qui vise à chasser les talibans du pouvoir. Encore aujourd'hui, six ans plus tard, près de 8000 soldats américains combattent toujours sous l'étiquette «Enduring Freedom» en Afghanistan. Leur mission est de capturer les terroristes et Ben Laden. Le lendemain, 8 octobre 2001, le gouvernement de Jean Chrétien lance l'opération Apollo avec 2000 militaires, surtout de la marine. Entre octobre 2001 et octobre 2003, des navires canadiens patrouillent le golfe arabo-persique pour soutenir l'opération américaine en Afghanistan. Une faible présence terrestre de 750 soldats est active sur le terrain, surtout dans le sud, avec les Américains.
L'ONU et l'OTAN embarquent
Un mois plus tard, le 14 novembre 2001, l'ONU, avec la résolution 1378, commence à s'engager en Afghanistan. L'organisme international coordonne d'abord l'aide internationale et appuiera ensuite les efforts de mise en place d'un gouvernement afghan légitime. L'ONU est encore très fortement engagée en Afghanistan de nos jours.
Rapidement, les Américains et leurs alliés mettent en déroute les talibans. En décembre 2001, tout est fini. Les talibans se réfugient à la frontière du Pakistan, dans les zones tribales du Waziristan. Encore aujourd'hui, c'est de cet endroit sans autorité qu'al-Qaïda et les talibans organisent la guérilla en Afghanistan.
Au début de l'année 2003, quelques pays, dont le Canada, sont de plus en plus mal à l'aise de participer à une opération américaine et demandent que l'OTAN prenne le relais. Les États-Unis, qui commencent leur intervention en Irak, acceptent. En août de la même année, la sécurité de Kaboul est transférée à l'OTAN. De nos jours, l'effort international est assumé par 37 pays qui mettent à l'oeuvre 35 000 militaires.
Pourquoi l'ONU et ses Casques bleus n'ont-ils pas pris le relais à cette époque? Lors d'une entrevue avec Le Devoir l'an dernier, Louise Fréchette, qui était numéro deux de l'ONU en 2003, a expliqué que c'était simplement impossible. «L'ONU a une capacité militaire plus professionnelle qu'il y a 15 ans, mais les moyens restent limités comparativement à une force comme l'OTAN. Quand il faut faire face à du solide, à des situations dangereuses, l'ONU n'est pas équipée pour ça. On n'avait pas la capacité militaire d'intervenir en Afghanistan, c'est aussi simple que ça», a-t-elle dit.
Marc-André Boivin insiste pour marquer la différence: il ne s'agit pas d'une mission de maintien de la paix classique. «Contrairement à deux ennemis qu'on vient séparer, en Afghanistan, on a chassé un ennemi. Les talibans n'ont jamais accepté de partir et depuis 2005, avec l'aide d'al-Qaïda, on voit qu'ils tentent de revenir», dit-il.
Le Canada s'en va dans le sud
Progressivement, en 2004 et 2005, l'OTAN étend ses tentacules ailleurs au pays, d'abord dans le nord et l'ouest, où la situation est calme. Puis vient le temps de décider quels pays vont remplacer la mission américaine dans le sud, à Kandahar.
Le chef d'état-major des Forces canadiennes, Rick Hillier, qui connaît bien l'Afghanistan pour avoir dirigé la mission de l'OTAN à Kaboul en 2004, veut que le Canada joue un rôle moins superficiel dans le monde et juge que l'Afghanistan est une bonne occasion de faire une différence dans un pays qui a besoin d'aide pour chasser un régime répressif. Le premier ministre de l'époque, le libéral Paul Martin, qui veut redonner du lustre au Canada sur la scène internationale, est d'accord avec le général. Les pays européens, conscients du danger dans le fief des talibans, laissent avec joie le sud et l'est aux Canadiens, aux Britanniques, aux Néerlandais et aux Américains, se cantonnant dans le reste de l'Afghanistan.
Après avoir assumé la sécurité de Kaboul en 2005 (notamment avec une rotation des soldats de Valcartier), le Canada débarque à Kandahar en février 2006. La sécurité sur le terrain, qui était relativement bonne depuis 2001 -- ce qui avait également contribué à convaincre Rick Hillier et Paul Martin que tout irait bien --, commence rapidement à se dégrader. La guérilla talibane, alimentée par al-Qaïda depuis le Pakistan, mais aussi par des seigneurs de guerre afghans qui profitent du chaos pour s'enrichir avec l'argent de l'opium, accentue ses efforts pour déstabiliser la coalition internationale. Et depuis juillet, ce sont les soldats québécois qui y font face.


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