PLANÈTE VERTE

Vers un port pétrolier à Beauport

Le Port de Québec mène seul l’évaluation environnementale de son projet

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Un beau port qui deviendra peut-être un sale port

Le projet Beauport 2020, qui prévoit la construction d’un port pétrolier d’exportation près de Québec, sur la rive nord du Saint-Laurent, est pour l’instant soumis à l’unique étude d’impact du promoteur. Le gouvernement Couillard n’a pas encore décidé s’il mènera une évaluation environnementale de ce projet, qui ferait augmenter le transport maritime et ferroviaire de l’or noir au Québec. Quant au fédéral, il se contente d’étudier la demande de financement déposée p

Le Port de Québec fonde beaucoup d’espoirs sur cet important projet d’agrandissement de ses installations industrielles. En fait, le secteur de Beauport verra ses perspectives commerciales « se multiplier » si la construction va de l’avant, estime l’administration. Elle calcule même que les bénéfices seraient suffisants pour financer la restauration de « l’ensemble » des autres infrastructures.

Selon les informations rendues publiques jusqu’à présent, des investissements de 500 millions sur cinq ans seront nécessaires pour, notamment, allonger les quais actuels de 610 mètres. Cela « permettra l’ajout de deux postes supplémentaires en eau profonde ». En fait, les constructions prévues en milieu marin feront augmenter d’un peu plus de 50 % la longueur des quais actuels. L’objectif est d’accroître « l’efficacité et la flexibilité du port en matière de transbordement ».

Pour le pétrole

En plus de la bonification des quais, le Port souhaite construire un duc-d’albe « dédié au vrac liquide ». Cette structure est implantée directement dans l’eau et permet de charger des navires sans avoir à recourir à un quai. Elle peut, par exemple, être reliée à la terre ferme par un oléoduc sous-marin. Pour le moment, les plans précis, élaborés par SNC Lavalin, ne sont toutefois pas connus.

L’administration souligne cependant très clairement que le duc-d’albe servira à accueillir des pétroliers qui chargeront du pétrole venu de l’Ouest canadien. « Avantage hautement stratégique, le duc-d’albe offrira une solution compétitive pour le Port de Québec afin de devenir un point de sortie pour les exportations de produits pétroliers canadiens », indique la brève présentation écrite du projet. À un autre endroit, on souligne que les nouvelles installations portuaires « consolideront la capacité canadienne d’exportation ».

Le document ne précise pas comment sera acheminé le pétrole vers le secteur portuaire de Beauport, si le projet se réalisait. Il bénéficie toutefois d’un accès direct au réseau ferroviaire. Selon la carte du réseau de la région, des trains qui seraient chargés de pétrole brut traverseraient impérativement des quartiers résidentiels de Québec, dont Limoilou, Vanier et probablement Sainte-Foy.

TransCanada, qui étudie présentement les options pour la construction d’un port d’exportation sur le Saint-Laurent, n’a pas voulu préciser si elle était intéressée par Beauport. « Nous n’entrerons pas dans la spéculation sur la décision à venir », a indiqué son porte-parole, Tim Duboyce. Il faut dire que le tracé actuel de l’oléoduc Énergie Est prévoit qu’il traversera le fleuve pour rejoindre la rive sud à l’ouest de Québec.

Chose certaine, les producteurs de pétrole de l’Ouest du pays recherchent plus que jamais des moyens d’exporter une production en pleine croissance, en raison de l’exploitation des sables bitumineux. L’option de Beauport pourrait d’ailleurs s’avérer intéressante, dans la mesure où son secteur portuaire est le dernier en eau profonde avant les Grands Lacs. Mais, depuis la tragédie de Lac-Mégantic, le transport du pétrole par train suscite la méfiance au Québec.

Par ailleurs, un parc de réservoirs est situé entre le port et les voies ferrées. Il est géré par IMTT. L’entreprise précise, sur son site Web, qu’une « expansion majeure » de ses installations est « possible ». IMTT serait-elle présente dans le projet Beauport 2020, compte tenu du fait qu’un port pétrolier va automatiquement de pair avec un parc de réservoirs ? « Nous n’avons pas de commentaires à soumettre sur ce sujet », a répondu son vice-président exécutif, Marc Dulude.

Silence à Québec

Le gouvernement du Québec s’est lui aussi fait avare de commentaires. Le ministère de l’Environnement a simplement précisé qu’il n’a pas reçu d’avis de projet de la part du promoteur. Il est donc trop tôt pour évoquer la réalisation d’une éventuelle évaluation environnementale. Le cabinet du ministre David Heurtel n’a pas répondu aux multiples demandes d’informations du Devoir.

Du côté du gouvernement fédéral, l’Agence canadienne d’évaluation environnementale a indiqué que le projet d’expansion n’est « pas assujetti » à une étude. On évoque le fait qu’« il se réaliserait sur des terres qui sont régulièrement utilisées, et qui l’ont été par le passé, comme terminal maritime, ou des terres qui sont destinées à un tel usage dans un plan d’occupation des sols qui a fait l’objet d’une consultation publique ».

L’administration portuaire de Québec, pour sa part, affirme qu’elle mène sa propre évaluation. « Comme c’est la coutume pour ce type de projet, le Port effectue une étude environnementale exhaustive. Celle-ci sera terminée pour la consultation publique et sera rendue publique à ce moment », a répondu sa porte-parole, Marie-Andrée Blanchet. En ce qui a trait à la consultation publique, celle-ci « aura lieu lorsque le financement du projet sera complété ».

Une demande officielle de financement a d’ailleurs été déposée à Infrastructure Canada, a confirmé son porte-parole, Sharon Cardiff. « L’examen de la demande de financement est présentement en cours », a-t-il écrit dans un bref courriel. Il n’a pas précisé d’échéancier pour la décision d’Ottawa et n’a pas fourni de document détaillant le projet.

L’automne dernier, le premier ministre Philippe Couillard a reconnu que le Québec n’avait pas encore de stratégie pour intervenir en cas de marée noire dans le Saint-Laurent. Son gouvernement a inscrit un montant de 3,4 millions de dollars dans le dernier budget afin de « favoriser » l’élaboration de plans d’interventions en cas de « déversement » d’hydrocarbures en milieu marin.

Il faut dire qu’en plus de TransCanada, qui pourrait construire un port d’exportation de brut sur le Saint-Laurent, du pétrole pourrait aussi être transbordé à partir de Sorel-Tracy au cours des prochaines années. Avec l’inversion de l’oléoduc 9B d’Enbridge, il est en outre probable que du pétrole sera chargé à bord de navires ancrés à Montréal, à destination de la raffinerie de Valero, à Lévis. Le projet Beauport 2020 s’ajouterait à tout cela.


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