Une situation intenable

Il est difficile de faire des compressions sans affecter la qualité de l'éducation universitaire

Université - démocratisation, gouvernance et financement



Les universités québécoises ont beaucoup fait parler d'elles ces derniers mois, mettant ainsi en évidence les difficultés auxquelles nombre d'entre elles se heurtent. Qu'il s'agisse de conflits de travail, de protestations contre la hausse des droits de scolarité ou de la controverse entourant le financement de leur parc immobilier, la précarité de leur situation saute aux yeux. Que pouvons-nous donc faire pour renverser la vapeur et rétablir l'engagement collectif envers l'enseignement postsecondaire?
Nos universités affichent toutes un déficit de plusieurs millions de dollars. Pourtant, elles sont loin de dépenser sans compter; au contraire, elles sont très prudentes et se montrent responsables sur le plan budgétaire. Mais le gel prolongé des droits de scolarité et la hausse constante des charges d'exploitation font en sorte qu'elles sont aux prises avec des problèmes financiers d'ordre structurel. Ainsi, si l'on prend en compte l'indexation au coût de la vie et l'inflation, nous disposons actuellement de beaucoup moins de fonds qu'il y a dix ans, et ce, en dépit de l'augmentation des droits de scolarité de 50$ par trimestre que le gouvernement vient d'approuver en début d'année.
Ainsi, pour prendre l'exemple de l'Université Concordia, étant donné l'inflation et la valeur du dollar en 2006, nous aurions reçu l'an dernier presque 14 millions de plus si nous avions bénéficié du taux de financement en vigueur en 1996. Je suis certain qu'il en va de même pour les autres établissements.
Tout citoyen éclairé conviendra que la situation est intenable. Les universités québécoises ne peuvent perpétuer leur déficit, et rares sont les secteurs où il leur est possible de faire des compressions pour équilibrer leur budget sans affecter la qualité de l'éducation qu'elles offrent aux étudiants et étudiantes. En fait, nous sommes obligés de dépenser davantage pour rester à la fine pointe de la technologie, attirer des chercheurs de renom et plus d'étudiants étrangers (sans pour autant bénéficier des frais de scolarité supplémentaires applicables à ces derniers, la majeure partie étant directement reversée au gouvernement), réduire le nombre d'étudiants par classe et répondre aux défis de l'enseignement à distance. Sans oublier la concurrence des universités des autres provinces, notamment l'Alberta et l'Ontario, qui disposent de budgets de fonctionnement plus généreux si on additionne les contributions du gouvernement provincial et les droits de scolarité.
Un problème de société
À mon avis, le problème n'est pas strictement universitaire; c'est un problème de société, que nous devons envisager globalement. Pour ce faire, l'ensemble des intervenants - gouvernements, universités, entreprises, syndicats et étudiants - doivent commencer par reconnaître la gravité de la situation et agir de concert pour trouver une solution. On le sait, les universités ne fonctionnent pas en vase clos.
Les étudiants, les chercheurs, les gouvernements et les gens d'affaires influent sur le milieu universitaire, et vice-versa. Par conséquent, tout le monde gagnerait à investir dans l'enseignement postsecondaire: si nous attirons des professeurs chevronnés, nos étudiants seront mieux préparés à intégrer le monde du travail, hautement compétitif. De même, en intensifiant la recherche universitaire, nous accroîtrons la réputation de nos établissements et nous attirerons davantage de brillants étudiants, canadiens et étrangers, qui choisiront peut-être de rester au Québec une fois leurs études terminées. Tout ceci profitera à l'économie et incitera les industries à venir profiter de nos connaissances et de notre savoir-faire. C'est une boucle sans fin.
La nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a signifié son intention de convier tous les intervenants afin de trouver des solutions. La priorité accordée à l'éducation par les trois partis principaux à l'Assemblée nationale devrait se traduire par un engagement de l'ensemble de la société à l'égard de cet enjeu crucial. Dans le contexte de la mondialisation de l'économie, en effet, la force du système d'éducation devient le levier décisif de la concurrence, de la croissance et de la lutte contre les inégalités sociales.
Mais l'engagement ne suffit pas. Il faut mettre de côté les politiques partisanes pour ne penser qu'au bien commun. Pour être difficile à atteindre, le consensus n'en demeure pas moins la meilleure garantie de changement et, par conséquent, de réussite.
Par-dessus tout, nous devons faire preuve de courage: courage de travailler ensemble, de faire valoir ses idées, d'écouter les points de vue divergents, de décider et, ultimement, d'agir.
En plus du gouvernement, il importe plus que jamais que l'ensemble des acteurs sociaux, soit les membres de la communauté universitaire, le monde des affaires et les représentants syndicaux, s'assoient autour de la même table pour amorcer les changements qui s'imposent. La société québécoise tout entière est concernée.
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Lajeunesse, Claude
L'auteur est recteur de l'Université Concordia


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