La crise au Proche-Orient

Une responsabilité partagée, un défi mondial

Tribune libre

On entend dire sur tous les tons que les frappes israéliennes au Liban sont disproportionnées. Cela, tous ou presque en conviennent. Ce qu'on entend moins souvent dire toutefois, c'est par rapport à quoi exactement elles sont disproportionnées. Si c'est par rapport à quelques enlèvements de soldats israéliens, on sera justifié de dire qu'elles sont nettement disproportionnées. Si c'est par rapport aux dizaines voire à la centaine de missiles lancés chaque jour sur des civils dans le nord d'Israël, on prétendra alors avec justesse qu'elles sont disproportionnées, mais dans une moindre mesure. Par contre, si on considère que les frappes israéliennes sont aussi une réponse aux menaces brandies par l'axe Téhéran-Damas, alors la disproportion toujours réelle paraît moins évidente, quoique cela ne justifie en rien la mort de Libanais innocents.
Il faut donc situer l'escalade de violence touchant le Proche-Orient dans une trame plus vaste pour mieux comprendre ses enjeux fondamentaux. Au sujet de la Syrie, il est bon de rappeler qu'elle s'est dotée de missiles nord-coréens; c'est-à-dire de missiles en provenance d'un pays qui, il y a quelques semaines à peine, procédait à des tests de lancement de missiles à longue portée pouvant atteindre l'Amérique du Nord. À cela il faut ajouter le fait que l'Iran fait tout pour développer des armes nucléaires et ce, au moment même où ce pays est dirigé par Amadinejad, un leader dont les propos anti-occidentaux et antisémites rappellent par leur violence ceux d'Hitler. D'ailleurs, c'est cette même Syrie et ce même Iran qui sont derrière le Hezbollah, lui fournissant armes et financement. Dans ce contexte, on peut se demander si c'est un hasard que le déclenchement des récentes hostilités par le Hezbollah survienne au moment où, l'attention étant enfin focalisée sur l'Iran après des mois de discussions sans résultats probants, les puissances occidentales songeaient à durcir le ton dans ce dossier nucléaire.
Il ne s'agit pas ici de justifier les attaques israéliennes touchant des civils, mais plutôt de réaliser que l'ensemble de la communauté internationale, et plus particulièrement les pays occidentaux, est en partie responsable de cette guerre.
En effet, la communauté internationale n'a ni forcé le désarmement du Hezbollah, malgré la résolution 1559 de l'ONU en ce sens, ni aidé l'État libanais à rendre à sa population les services publics autrement offerts par le Hezbollah, qui se fait ainsi du capital politique, et surtout, elle n'a pas sanctionné l'Iran malgré ses propos ainsi que ses projets hostiles à l'Occident en général et à Israël en particulier. Autrement dit, elle a laissé l'État hébreu à lui-même en sachant fort bien qu'il n'hésiterait pas à se défendre avec toute la violence foudroyante dont il est capable.
Alors qu'ils auraient dû faire fi des vetos russes et chinois au conseil de sécurité et prendre des sanctions économiques envers l'Iran, quitte à envisager des mesures plus musclées en cas d'échec de ces sanctions, les puissances occidentales se sont contentées de pourparlers avec des interlocuteurs iraniens de mauvaise foi qui ne visaient qu'à gagner du temps. Évidemment, certains diront qu'une attaque contre des cibles stratégiques en Iran en l'absence de sanction onusienne serait inappropriée. À cela, il faut répondre qu'une sanction onusienne ne garantit en rien le caractère approprié d'une attaque. Par exemple, l'invasion de l'Irak eut-elle été sanctionnée par le conseil de sécurité qu'elle aurait tout de même été injustifiée; le problème n'étant pas l'absence de sanction onusienne mais l'absence d'armes de destruction massive. À l'inverse, le bombardement de la Serbie de Milosevic par l'OTAN sans l'accord du conseil de sécurité de l'ONU fut tout à fait justifié.
Bref, il ne suffit pas, comme l'a fait de Stephen Harper, de dire qu'Israël a le droit de se défendre, ni, à l'image de Louise Arbour, de dénoncer le caractère disproportionné des frappes israéliennes. Il faut aussi dire haut et fort que les pays occidentaux ont leur part de responsabilité dans cette crise qui résulte entre autres de leur inaction et dont la résolution est un défi mondial qui les concerne directement.
Guillaume Rousseau
_ L'auteur, qui a vécu au Proche-Orient à l'époque du gouvernement Barak, est avocat et collaborateur à la revue L'Action nationale


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