Le PQ doit passer de la guerre des clans à l'accélération de l'histoire

Tribune libre


Après d'intenses débats sur la stratégie souverainiste tenus pendant la saison des idées, le Congrès du Parti Québécois (PQ) a tranché en juin 2005. En effet, c'est à cette occasion que les militants ont voté pour que soit inscrit dans le programme la promesse de tenir un référendum « le plus tôt possible ». Il s'agissait là d'un compromis honnête entre l'élection référendaire chère aux radicaux et le refus des plus modérés de s'engager à tenir un référendum. On aurait pu croire, et espérer, qu'après avoir atteint un tel compromis les troupes souverainistes cesseraient de débattre entre eux et se concentreraient sur la promotion de leur option et la réflexion sur les dossiers de l'heure. Or, il n'en est rien, puisque depuis radicaux et modérés ont entrepris une guerre des clans en ne cessant pas de débattre de la stratégie qu'il convient d'adopter.
Du côté des radicaux, il y a le Mouvement pour une élection sur la souveraineté (MES) qui regroupe des militants déterminés à tout faire pour que le PQ ne s'écarte pas de sa mission fondamentale et ce, en prônant la tenue d'une élection qui donnerait au PQ le mandat de réaliser l'indépendance. Si on ne peut qu'admirer leur courage, force nous est de constater que ces militants ont perdu lors du Congrès et, a fortiori, lors de la course à la chefferie; leur champion Jean-Claude St-André ayant obtenu un faible score malgré une campagne plutôt réussie. Par ailleurs, on peut aussi reprocher à ce groupe de se préoccuper uniquement de la question de la démarche d'accession à la souveraineté, alors qu'il est plutôt temps de débattre des raisons de fonder un pays, lesquelles sont de plus en plus sociales et de moins en moins nationales, si on en croit les principaux portes paroles du PQ, ce qui devrait déplaire fortement aux militants nationalistes... tels ceux que l'on retrouve au MES.
Du côté des modérés maintenant, il y a d'abord eu le Manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté, lequel remettait en cause la règle universelle du 50% + 1 en plus d'insister pour que la question soit claire (comme si celle de 1995 ne l'était pas???). Puis, sous l'initiative de députés péquistes, a émergé le groupe Québec-Plus Démocratie qui prône un vaste exercice de démocratie participative afin de régler la question nationale, laquelle pourrait supposément être résolue autant par le renouvellement du fédéralisme que par la souveraineté. Fait à souligner, ces modérés ont perdu en 2005 et ce, de manière au moins aussi décisive que les radicaux. En effet, leur proposition de référendum d'initiative populaire ne s'est même pas rendu au Congrès national puisqu'elle a été battue lors de congrès régionaux. Et en ce qui concerne la règle du 50% + 1, le programme est clair : c'est cette règle qui s'appliquera lors du prochain référendum.
Devant autant de débats byzantins, on ne peut que se réjouir du fait que le chef du PQ s'en soit tenu au programme, désapprouvant tant le MES que les réalistes et les représentants de Québec-Plus Démocratie. Par contre, plus récemment, en laissant entendre qu'elle n'est pas prête à tenir un référendum à tout prix, la direction du parti semble avoir penché du côté des plus modérés. En toute déférence, cette prise de position est inappropriée parce qu'elle alimente la guerre des clans, mais aussi pour plusieurs autres raisons.
D'abord, si le PQ ouvre la porte au reniement de cet élément de son programme, cela affectera la crédibilité de l'ensemble du programme de même que celle du parti. En effet, si l'engagement le plus fondamental du programme peut être « nuancé », on imagine facilement que les autres promesses contenues dans le programme ne valent pas le papier sur lequel elles sont écrites. De plus, en l'absence d'une détermination totale à tenir un référendum, on voit mal comment il sera possible de motiver les troupes dont le parti a besoin pour son financement ainsi que sa campagne électorale à venir et ce, sans parler des électeurs souverainistes qui risquent de s'abstenir en grand nombre comme en 2003.
Évidemment, on nous dira qu'il faut éviter de promettre la tenue d'un troisième référendum car il pourrait être perdu. À cela, nous répondons que les risques de perdre ce troisième référendum sont minces. D'abord, si les Québécois ne veulent vraiment pas de la souveraineté, ils n'éliront pas le PQ et dès lors la question du troisième référendum ne se posera même pas. À l'inverse, si le PQ est élu ce sera grâce à un vote souverainiste suffisamment fort pour envisager avec confiance un référendum. En effet, s'il est élu c'est qu'il aura remporté au moins 40% des votes, auquel il faudra ajouter le 5% que Québec Solidaire devrait grappiller, ce qui nous donne un total de 45% de vote souverainiste, soit plus que le score du PQ à l'élection de 1994. C'est donc dire qu'il convient de croire que M. Boisclair pourra se montrer aussi déterminé que M. Parizeau et que nous aurons un troisième référendum, gagnant celui-là. Et si jamais il est perdu après que le gouvernement du Québec ait pris toutes les mesures pour assurer l'intégrité du vote, cela signifiera tout simplement que les Québécois ne veulent pas ou ne sont pas près pour l'indépendance. Si telle est la réalité, aussi bien le savoir au plus vite et passer le flambeau aux autonomistes. Le Québec stagne depuis trop longtemps à cause de ses hésitations et de celles de ses élites, il n'en tient qu'à nous de mettre fin à cette stagnation en accélérant la marche de l'histoire...
Guillaume Rousseau,
L'auteur, qui est avocat et collaborateur à la revue L'Action nationale, était vice-président du Comité national des jeunes du PQ au moment de la saison des idées ayant précédée le Congrès en 2005


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