Conflit étudiant

Une «entente» dont l’échec était inéluctable

Si une certaine jeunesse conspue le « capitalisme » et ses profiteurs, les étudiants contestataires ne manquent pas de raisons de craindre pour l’avenir.

Conflit étudiant - grève illimitée - printemps 2012


L’échec de l’entente sur les droits de scolarité prend des allures de crise. Non seulement les manifestations perdurent, mais la désorganisation dans nombre de collèges compromet la session en cours, voire l’entrée de maints cégépiens à l’université. D’autres désordres menacent. Or, une simple reprise des discussions entre le gouvernement et les étudiants donnerait peu d’assurance d’un prompt règlement. Dès lors, un moratoire sur la hausse des droits n’aiderait-il pas à sortir de l’impasse ?
Cette mesure serait propice à changer le climat et à rapprocher les parties. Des syndicalistes la proposent. Qu’ils soient en classe ou dans la rue, les étudiants ne sauraient s’y refuser, ni les professeurs et les responsables d’établissement. L’affrontement, en effet, ne peut continuer sans dommages considérables pour des milliers d’étudiants. Il ébranle déjà la paix sociale. Au reste, l’entente avortée était, même pour le gouvernement, un mauvais arrangement. Un tel délai ne saurait toutefois être simplement tactique.
Toute entente échouera si les parties n’acceptent pas de revoir, autant que leurs moyens de pression, certaines idées reçues. Ainsi, les étudiants ailleurs au pays acceptent volontiers, dit-on, d’assumer un coût substantiel de leurs études, alors que de jeunes Québécois refusent, eux, de faire leur « juste part ». Il faut dissiper cette légende. Entre le 2 et le 7 mai, le Globe and Mail électronique a fait un sondage auprès de 2200 de ses lecteurs au Canada. Dans d’autres provinces, une hausse des droits suscite une même inquiétude.
Au niveau postsecondaire, 62 % des étudiants ont dit qu’ils participeraient à une grève semblable, contre 32 % qui s’y refuseraient, laissant seulement 5,9 % d’indécis. En Ontario, où les frais de 6640 $ (les plus élevés au pays) sont « gelés » pour deux ans, 69 % débraieraient advenant une hausse. En Alberta, toutefois, seulement 22 % feraient la grève pour cette raison. Le Globe a posé la question sur les droits qu’on exige au Québec. Les étudiants du pays sont divisés, 47 % les trouvant excessifs, 47 % pas du tout.
Ce n’est sans doute pas par hasard, non plus, si les droits de scolarité varient d’une province à l’autre. Tout comme au Québec, en cas de hausse appréhendée, une analyse fine de l’opinion révélerait probablement que l’inquiétude des étudiants et des parents est plus ou moins grande suivant les régions et les classes sociales, les moins fortunées les trouvant souvent excessifs, et les plus aisées s’en accommodant, au contraire, volontiers.
Samedi, dans le Globe également, un survol pancanadien des 450 000 étudiants qui seront diplômés cette année révèle des tendances non moins inquiétantes. Près de 60 % d’entre eux sont endettés. Ainsi, le fardeau moyen était l’an dernier de 15 000 $ au Québec et dépassait 35 000 $ en Nouvelle-Écosse. La moitié des diplômés canadiens n’a pas de travail en vue. Plusieurs auront certes un bon emploi, mais pas nécessairement dans leur domaine de formation. Et bon nombre vont retourner chez leurs parents.
Bref, si une certaine jeunesse conspue le « capitalisme » et ses profiteurs, les étudiants contestataires ne manquent pas de raisons de craindre pour l’avenir. La formation technique et le savoir universitaire sont, il est vrai, plus que jamais nécessaires aux nouvelles générations. Mais l’orientation des universités et leur financement devraient également préoccuper l’ensemble de la société. Il y a plus qu’une « juste » contribution étudiante dans l’enjeu du financement universitaire.
D’abord, en cherchant dans les dépenses prétendument « injustifiées » des universités de quoi réduire les versements attendus des étudiants, l’entente signée par le gouvernement escamotait l’ampleur du « déficit de financement » de ces institutions. Et du même coup, il sous-estimait les apports supplémentaires que lui-même pourrait leur donner en coupant, dans ses propres dépenses, les cas de gaspillage, de favoritisme et d’engagements superfétatoires.
De plus, à supposer qu’il faille réviser le mode de fonctionnement des universités pour y trouver de quoi contrôler leur déficit et soulager les étudiants, ce n’est pas le conseil provisoire et ses membres nommés par les associations étudiantes, les centrales syndicales, les recteurs et autres gens en conflit d’intérêts ou peu versés en gestion, qui auraient pu s’acquitter d’une telle mission d’ici le 31 décembre. Et rendre permanent ce conseil provisoire n’aurait pas, non plus, amélioré les choses.
« La commission temporaire qui doit examiner la gestion universitaire est une solution non seulement improvisée, écrit Paul Inchauspé, mais inappropriée, elle ne peut aboutir à rien de significatif. » A-t-on besoin, en effet, d’une autre foire d’empoigne ? Un comité d’experts indépendants, recrutés si possible à l’extérieur du Québec, serait plus crédible, plus libre et surtout plus à même de détecter des failles, s’il en est, et de suggérer des changements qui soient appropriés.
Entre-temps, consternée de n’avoir pas été invitée aux négociations du week-end dernier et de n’avoir aucun représentant au conseil mort-né qui en est sorti, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université veut que ses membres jugent de l’opportunité d’y participer néanmoins, tiennent plus tôt cet automne un sommet déjà prévu sur l’université et proposent au public une « saine gouvernance » pour cette institution.
Ces professeurs sont au coeur de l’université et de ses problèmes. Sont-ils au coeur des solutions ? Le Québec serait certainement fort intéressé par les vues qu’ils ont sur les enjeux de la « crise étudiante ».


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