Une année de luttes : Les femmes et les syndicats sortent gagnants !

Syndicalisme québécois



Les cinq grandes organisations syndicales ont connu des moments forts dans l'action au cours des derniers mois. Les porte-parole de la FTQ, de la CSN, de la FIQ, de la CSQ et de la CSD retracent trois événements marquants ayant ponctué la vie syndicale au cours de cette période.
Tous les regroupement syndicaux québécois saluent le règlement intervenu sur l'équité salariale. Après plusieurs années de pourparlers interminables, les travailleurs de la santé, des services sociaux et de l'éducation ont obtenu une reconnaissance de la valeur du travail des femmes. Sur un autre plan, le Bureau international du travail (BIT) a tranché en faveur des cinq regroupements et a condamné, dans une récente décision, le décret gouvernemental et la loi 142 qui régissent les conditions de travail des 500 000 employés de l'État québécois.
Une FTQ pour l'emploi
Du côté de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), le directeur du service des communications, Louis Cauchy, centre son intervention sur les emplois: «L'année 2007 s'est amorcée, pour la FTQ et ses syndicats affiliés, sur la même trame et le même leitmotiv qui ont ponctué l'année 2006: emplois, emplois et emplois... Les feux jaunes se sont allumés dès 2005, avec des signaux précurseurs très clairs de ce qui allait se confirmer en 2006 et 2007, alors qu'est survenue l'une des pires crises qu'aura connues le secteur manufacturier en plusieurs décennies au Québec; elle s'est produite, entre autres, dans la forêt, le vêtement et la fabrication.»
Selon ce dernier, plusieurs facteurs - dont la hausse du huard, l'augmentation débridée des coûts énergétiques, le laxisme des entreprises dans la mise à jour de leurs équipements et le renouvellement de leur parc technologique - auraient commandé des actions musclées, ciblées et concertées des différents ordres de gouvernement: «On aura eu droit à des mesures remarquées de soutien à l'industrie et aux travailleurs de la part du gouvernement du Québec dans [le domaine de] la forêt, mais qui sont demeurées sans suite du côté fédéral, dont la feuille de route lamentable en ce qui concerne le démembrement du secteur manufacturier n'aura eu d'égale que sa démission sur la question du "dumping" étranger de matériaux et de produits et sur celle de l'utilisation de clauses transitoires.»
Triste ironie, au moment même où la FTQ lançait, en janvier 2007, l'idée de la nécessaire tenue d'un sommet sur le secteur manufacturier, l'annonce impromptue de la fermeture de l'usine Goodyear avec ses 1200 emplois à Salaberry-de-Valleyfield tombait comme une tonne de briques sur la tête des travailleurs.
La concertation s'impose
Au sujet de l'emploi toujours, la FTQ a tenu un colloque, comme le souligne le directeur: «Il a permis de faire un tour complet de la question. La centrale a profité de toutes les tribunes, tant syndicales que patronales, pour insister sur la nécessité de réunir tous les acteurs syndicaux, patronaux et gouvernementaux afin de dégager des pistes d'action réalistes et accessibles permettant de donner un peu d'espoir à des dizaines de milliers de travailleurs.»
Il désigne un des moments forts qui marqueront l'existence de la centrale dans quelques mois: «Il y a urgence d'agir et l'emploi - celui de qualité - sera l'un des enjeux majeurs du 28e congrès de la FTQ, qui se tiendra en novembre 2007 à Québec.»
« Agir ensemble pour le Québec » avec la CSN
La présidente de la Confédération des syndicats nationaux, Claudette Carbonneau, dégage trois faits marquants qui ont ponctué l'action syndicale, dont le premier est le suivant: «Nous avons fait une tournée tout à fait exceptionnelle dans 100 villes et villages du Québec. Jamais dans notre histoire nous n'avions fait cela avec un tel niveau d'intensité.»
Les membres issus de divers syndicats, les groupes communautaires et la population en général étaient convoqués pour débattre de sujets ciblés, mais surtout pour s'exprimer sur l'avenir du Québec. «La tournée "Agir ensemble pour le Québec" fut quelque chose de réellement marquant pour notre organisation. Il a été quelque peu rassurant de voir que les critiques que nous formulions à l'égard des politiques néolibérales étaient quand même largement partagées.»
Elle relève un autre point à caractère plus syndical: «Malgré les bonnes performances économiques enregistrées et un bas taux de chômage, il n'en demeure pas moins que la crise dans un certain nombre de secteurs fait très mal et entraîne énormément de pertes d'emplois; les restructurations majeures sont vécues comme un véritable drame pour bon nombre de travailleurs.»
À elle seule, la CSN a enregistré 1000 mises à pied dans le domaine forestier. En agroalimentaire, tout le volet porcin a été très affecté. D'autres pans du secteur manufacturier n'ont pas été épargnés: «Tout cela est absolument majeur», lance la présidente.
Troisièmement, Mme Carbonneau apporte ce commentaire au sujet de la prise de position du Bureau international du travail (BIT) relativement au décret gouvernemental et à la loi 142: «Celle-ci avait privé un demi-million de personnes de leur droit légitime de négocier. C'est une décision on ne peut plus claire de la part du BIT: il conclut qu'il y a là une violation manifeste des conventions internationales sur les droits fondamentaux.»
Après avoir mentionné quelques autres éléments figurant dans la condamnation du Bureau, elle tire cette conclusion: «On n'hésitera pas à interpeller le gouvernement et tous les partis politiques pour les inviter à corriger une injustice immonde.»
La CSQ veut « remettre l'éducation sur ses rails »
Réjean Parent, le président de la Centrale des syndicats du Québec, signale lui aussi qu'une tournée provinciale a revêtu beaucoup d'importance au cours des 12 derniers mois: «Elle s'est déroulée avec le Secrétariat intersyndical et elle a porté sur la promotion d'une vision de société fondée sur la solidarité sociale. On a fait le tour des régions et on s'est impliqué en parallèle dans la campagne électorale pour mettre de l'avant cette nécessité qui consiste à développer des services publics de qualité.» La CSQ s'est impliquée durant toute l'année à la préparation et au déroulement de cet événement.
Il importe aussi, selon la CSQ, d'en arriver à «remettre l'éducation sur ses rails». «Durant tout le débat autour de la réforme et pendant toutes les dérives autour de celle-ci, on a entendu des cris à gauche et à droite, au moment où tout le monde se prétendait expert et qu'on mettait de côté celles et ceux qui font l'école. On a donc fait des interventions auprès du ministre et de l'appareil gouvernemental. On a aussi effectué des sorties publiques et consulté nos membres pour établir le bon diagnostic et pour en arriver à ce slogan: "Réformer la réforme".»
Un tel slogan s'imposait: «On veut faire en sorte qu'une génération ne soit pas sacrifiée et qu'on apporte rapidement les correctifs nécessaires et utiles. Au moment où l'on se parle, on ne peut plus parler de réforme; on laisse tellement aller les choses qu'on est en train de mettre en péril l'éducation publique au Québec.»
Quel avenir pour le secteur public ?
D'ailleurs, quand il est question du secteur public québécois, il faut «un plan intégré qui se profile sur l'attraction et la rétention du personnel. On est obligé de constater qu'il faut agir sur différents facteurs en cette matière. De plus en plus, on fait face aux pénuries de personnel et ce, de façon peut-être plus pointue chez le personnel enseignant et infirmier; je dirais que ça se retrouve également de nos jours du côté du personnel professionnel et de soutien».
Plusieurs facteurs sont en cause et la CSQ se penche sur le problème: «On a mis en place ce plan pour agir sur différentes facettes de la question: on doit constater qu'on a du personnel qui souffre d'épuisement professionnel ou de détresse psychologique.» Il y a également le fait que les gens posent de moins en moins leur candidature à des postes du secteur public faute d'obtenir une rémunération adéquate et des bonnes conditions de travail: «Voilà pourquoi la problématique de l'attraction-rétention a été émergente chez nous dès le début de l'année.»
Impasse au plan local à la FIQ
Au cours de la dernière année, plusieurs dossiers importants ont été au coeur des préoccupations de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), comme le relève Sandra Gagné, du service des communications de ce mouvement syndical élargi.
Un nouveau nom certes pour l'ancienne FIIQ (voir la page 7 de ce cahier), qui s'impose après que le gouvernement libéral de Jean Charest ait modifié le processus de négociation de la convention collective en décentralisant 26 matières. Les négociations à ce sujet doivent se dérouler localement avec les employeurs.
Selon le gouvernement, le processus de négociation locale devait permettre de répondre aux besoins des professionnelles. La Fédération ainsi que ses syndicats affiliés dans les différents centres de santé et de services sociaux (CSSS) ont donc entrepris, en mars 2006, ce processus avec positivisme et espoir: «Aujourd'hui, nous pouvons affirmer que plusieurs employeurs essaient de niveler par le bas les conditions de travail des professionnelles en soins», affirme Mme Bonamie.
Dans une telle situation, il sera difficile de résorber la pénurie des professionnelles oeuvrant dans le réseau de la santé. Jusqu'à maintenant, seulement une trentaine d'ententes ont été conclues sur les 155 négociations locales présentement en cours.
Public, non privé !
Finalement, un autre fait marquant découle d'une tournée de la FIQ à titre de membre du Secrétariat intersyndical des services publics (SISP). La Fédération s'est jointe aux trois autres organisations membres, soit la CSQ, le SFPQ et le SPGQ, pour lancer une plateforme syndicale et pour participer à une tournée d'information et de mobilisation sous le thème «Les services publics, le meilleur de nous-mêmes!». Cette tournée a mené le SISP à travers 12 villes de la province.
Dans la foulée du jugement Chaoulli et de l'adoption du projet de loi 33, la Fédération est préoccupée par l'ouverture au privé dans le réseau de la santé. Cette tournée s'inscrivait donc dans le cadre des préoccupations de la Fédération afin de réitérer haut et fort son attachement au système de santé public et l'importance de le protéger.
La CSD frappe fort en construction
Si le responsable des communications à la Centrale des syndicats démocratiques, Jacques Désy, dépose un fort bilan, il remarque d'emblée que, à la suite d'une vigoureuse campagne d'adhésion dans le secteur de la construction, plus de 14 % des travailleurs de cette industrie «font maintenant confiance à la Centrale pour défendre leurs intérêts». L'Alliance syndicale de la construction, dont la CSD fait partie, annonçait fièrement, le 10 avril dernier, la conclusion d'ententes de principe en vue du renouvellement des conventions collectives dans trois des quatre secteurs de l'industrie.
Échecs manufacturiers
Pour le président de la CSD, François Vaudreuil, cette réussite ne peut faire oublier le marasme qui gagne le secteur manufacturier, où les emplois ne cessent de disparaître. Selon lui, le débat sur cette question est loin d'être clos: «Guidés par notre incessante volonté de travailler à la consolidation des emplois, manufacturiers ou autres, nous entendons bien être des acteurs de premier plan en intervenant en matière de politiques publiques afin que celles-ci permettent aux entreprises de répondre efficacement aux réalités et aux contraintes du nouvel environnement économique mondial.»
Ce dossier est prioritaire pour cette centrale qui a adhéré en cours d'année à la Confédération syndicale internationale (CSI), née de la dissolution des deux autres organisations, et dont les luttes majeures ont eu lieu lors de la restructuration de l'usine Bowater de Saint-Félicien et à l'occasion de la fermeture définitive par Shermag de son usine de Disraeli. Il était aussi nécessaire de dénoncer le néolibéralisme du gouvernement Harper, démontré par son refus d'imposer une surtaxe sur les importations de bicyclettes en provenance de la Chine, de la Thaïlande et du Viêtnam: cette décision a un impact majeur sur les deux collectivités où sont situées les principales usines canadiennes d'assemblage de vélos, soit celles de Waterloo et de Saint-Georges-de-Beauce.
Collaborateur du Devoir


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