Un sondage met en lumière le clivage linguistique autour de la question de la laïcité

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Deux solitudes : les deux-tiers des non-francophones du Québec sont contre le PL21


Les anglophones et les allophones du Québec seraient plus ouverts que les francophones aux minorités religieuses, révèle un nouveau sondage mené par Léger. Celui-ci met plus largement en lumière l’existence d’un clivage linguistique net autour de la question de la laïcité.


Ce fossé se mesure d’abord dans l’appui aux objectifs du projet de loi 21 (PL21). Car là où 65 % des francophones soutiennent l’interdiction du port de signes religieux pour les policiers, les gardiens de prison et les juges (qui ne sont pas visés directement par le PL21), moins du quart des anglophones (23 %) et des allophones (18 %) pensent de même.


Et si 69 % des francophones sont d’accord avec l’idée d’interdire aux enseignants des écoles publiques le port de signes religieux, seuls 23 % des anglophones et 22 % des allophones sont dans le même camp. Le corollaire : plus des deux tiers des non-francophones sont opposés à l’intention du gouvernement Legault en ce sens.


La ligne de fracture entre francophones et non-francophones s’étend partout dans ce deuxième volet du sondage commandé par l’Association d’études canadiennes (dirigée par le chercheur Jack Jedwab) et le Quebec Community Groups Network (QCGN). Ce dernier est opposé au projet de loi et sera aux côtés des commissions scolaires anglophones dans le combat juridique qui s’annonce autour du PL21.



69%

des francophones sont d’accord pour interdire aux enseignants le port de signes religieux, tandis que seulement 23 % des anglophones et 22 % des allophones partagent cette opinion.


Le QCGN a demandé à Léger qu’elle mène son coup de sonde en ajoutant un suréchantillonnage de 563 répondants non francophones (379 anglophones et 184 allophones), question de mieux mesurer le positionnement de ceux-ci par rapport au PL21. Même en considérant l’impact des marges d’erreur théoriques, les résultats sont tranchés.


Inconfort


Ils soulignent notamment que l’inconfort que semblent ressentir plusieurs francophones par rapport aux religions minoritaires est bien moindre chez les anglophones.


Le sondage indique par exemple que 22 % des francophones ont une « opinion positive » du hidjab, mais que celui-ci est bien perçu par 46 % des anglophones et par 52 % des allophones. Même situation pour la kippa (31 % d’opinion positive chez les francophones, et 60 % chez les anglophones).


Cet écart de perception existe aussi quand on demande aux répondants s’ils ont une opinion positive des musulmans (32 % de francophones ont dit oui, contre 56 % d’anglophones) ou des juifs (52 % de francophones, 75 % d’anglophones).


Là où 69 % des francophones disent être opposés au port de signes religieux par les élus, une proportion similaire de non-francophones pense précisément le contraire.


Autre marqueur de distinction : 54 % des francophones estiment que leur « mode de vie est menacé par la présence d’immigrants issus de minorités religieuses », alors que 61 % des anglophones répondent « non » à la même question.


Terrain


Au début avril, le gouvernement avait dévoilé un autre sondage Léger (en format PDF ici) — commandé cette fois par la Coalition avenir Québec — et qui concluait que 43 % des non-francophones soutenaient qu’on « devrait interdire les signes religieux pour les personnes en autorité ».


Cette apparente contradiction avec les résultats dévoilés jeudi peut être attribuée au volume de répondants ou à la précision et à l’ordre des questions. Mais pour le président du QCGN, Geoffrey Chambers, le dernier sondage « donne un portrait assez exact de ce que [son organisme] entend sur le terrain », contrairement au sondage que la CAQ avait brandi.


Selon M. Chambers, le fait que les non-francophones forment une population concentrée en zone urbaine et plus « liée au reste du Canada » peut expliquer les différences de perception. Le QCGN demande en tous les cas au gouvernement « de revoir sa décision d’adopter une législation qui créera des profondes divisions au Québec ».


Le sondage, dont Le Devoir rapportait le premier volet samedi, a été mené en ligne auprès de 1212 Québécois entre le 3 et le 7 mai. L’ensemble des données des deux volets a été pondérée pour que l’échantillon soit représentatif.


Comme le sondage a été mené en ligne (non probabiliste), il ne comporte pas de marge d’erreur officielle.









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