Les partis politiques et le rapport Pronovost

Un affront à la population

Agroalimentaire - gestion de l'offre



Vingt-quatre heures à peine après la publication du rapport Pronovost, donc de toute évidence avant même de l'avoir lu, les trois partis politiques en place annoncent qu'ils ne tiendront pas compte de sa recommandation-clé, à savoir de mettre fin au contrôle absolu de l'UPA, comme syndicat unique et obligatoire, sur les structures rigides qui sont en train d'étouffer l'agriculture au Québec.
Cette décision est visiblement inspirée par la peur de nos politiciens d'avoir des ennuis avec l'UPA et de nuire à leur image. Une fois de plus, ils font la preuve que c'est l'UPA et non le ministère de l'Agriculture qui contrôle la politique agricole. Mais sont-ils conscients qu'ils viennent ainsi de condamner l'agriculture québécoise à la disparition?
Le rapport est formel sur ce point et repose sur un des consensus les plus larges jamais vus sur un dossier, un consensus qui va de Greenpeace à la Coop fédérée et aux grandes industries agroalimentaires: il faut à tout prix faire tomber les murs que l'UPA a dressés autour de la Financière agricole, de la Régie des marchés et de la Commission de protection du territoire agricole si on veut donner la possibilité de vivre à la jeune relève, aux productions émergentes, aux fermes familiales aussi bien qu'aux grandes productions industrielles. Le monopole syndical est l'instrument qui a permis à l'UPA d'établir ce contrôle sur toutes les structures de la filière agroalimentaire, particulièrement le contrôle de la mise en marché qui lui procure un pouvoir et des ressources financières considérables.
Après une telle commission et un tel consensus populaire, il est inacceptable que nos politiciens préfèrent laisser l'agriculture à l'UPA, comme ils ont préféré laisser la forêt aux papetières et la pêche aux grands chalutiers, quitte à dépenser des millions par la suite pour aider les sinistrés en faisant semblant que la reprise viendra bientôt.
Le premier geste que doivent faire nos politiciens, c'est de lire le rapport. Tout est là, clair, documenté, précis, évident, réalisable. Ensuite, ils doivent confier à un groupe indépendant la mise en oeuvre du rapport avec les différents ministères concernés.
Car le ministère de l'Agriculture est visiblement trop inféodé à l'UPA pour s'acquitter de cette tâche et le cabinet des ministres, visiblement trop accroché à la lecture des sondages pour avoir la vision et la volonté requises.
Les partis politiques ne pourront regagner la confiance des Québécois s'ils continuent à refuser de s'engager dans les réformes majeures exigées par les crises actuelles par peur de baisser dans les sondages.
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Roméo Bouchard, Ex-président-fondateur de l'Union paysanne
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