Trump, l’épouvantail parfait

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Trump risque de briser le statu quo canadien

Depuis l’existence même du phénomène Trump, on n’a jamais vu autant d’experts de la politique américaine. Un paquet de gens n’ayant suivi les affaires publiques que d’une oreille distraite se sont soudainement transformés en véritables spécialistes. Chaque génération a besoin de son moment d’initiation. Aujourd’hui, c’est la présidence Trump.


Dire du mal de Donald Trump représente désormais l’acte à poser pour être en droit de commenter la vie publique. C’est comme une garantie de crédibilité, une manière de gagner ses lettres de noblesse dans le commentariat, une façon de se légitimer comme individu socialement acceptable.


On s’est certes moqué de nombreux présidents dans le passé, pour en sacraliser d’autres. Barack Obama et Bill Clinton font encore figure d’intouchables. Et pourtant, recevoir un missile venant des démocrates ou des républicains, ça ne change au final pas grand-chose...


Quant à Trump, le niveau de haine outrepasse tout ce à quoi nous avons pu avoir droit dans le passé vis-à-vis d’un président américain. On l’attaque même sur la base de caractéristiques physiques (qui n’a pas entendu parler de sa grosse face orange ?). Même George W. Bush, détesté en son temps dans le monde entier, n’a pas été l’objet d’un tel mépris. Et pourtant, Trump n’a encore rien fait de comparable à l’invasion d’un pays basée sur des mensonges, laquelle devrait être considérée comme un véritable crime contre l’humanité.


Là où le bât blesse, c’est que le jeu auquel Trump a accepté de jouer, dans un pays où règne une morale hollywoodienne nécessitant de tout classer en noir ou en blanc, est précisément celui du système qu’il prétend combattre. Trump est lui-même l’acteur d’une polarisation malsaine qui empêche la constitution d’une véritable alternative.


C’est d’autant plus vrai quand on regarde le débat sur le libre-échange. Vous contestez tel ou tel aspect d’un traité, vous êtes automatiquement catégorisé comme trumpiste, comme si la guerre commerciale était le seul modèle pouvant être mis en opposition face au libre-échange généralisé. Être opposé à un accord équivaudrait ipso facto à un appui aux barrières tarifaires punitives que l’administration américaine met régulièrement en place.


Les partisans de Trump le saluent comme un « rempart contre le mondialisme », ses détracteurs ragent pour la même raison. L’ennui, c’est que c’est faux.


Dans le cadre des négociations de l’ALÉNA, les États-Unis poussent pour encore plus de libre-échange, et dans un nombre accru de domaines. Lors du G7, le président a certes défendu ses tarifs contre l’acier et l’aluminium canadiens, mais pour attaquer le système de la gestion de l’offre, qui protège justement l’agriculture canadienne contre les aléas des lois du marché. L’administration Trump a aussi démantelé un nombre incalculable de réglementations sur les banques et la haute finance.


La guerre commerciale n’est pas, non plus, un principe inhérent à l’administration Trump. À titre d’exemples, les quatre crises du bois d’œuvre, pour nommer ce conflit récurrent d’imposition de droits de douane punitifs, sont survenues sous des présidences différentes. Il est clair que l’administration américaine a toujours été beaucoup moins libre-échangiste en pratique qu’elle ne prétend l’être dans ses déclarations officielles.


La présidence Trump présente, évidemment, une rhétorique plus bruyante et plus décomplexée. Le système a besoin d’un repoussoir, et Trump accepte pleinement de jouer ce rôle de premier plan. C’est ça, la grande société du spectacle.


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Simon-Pierre Savard-Tremblay168 articles

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Simon-Pierre Savard-Tremblay est sociologue de formation et enseigne dans cette discipline à l'Université Laval. Blogueur au Journal de Montréal et chroniqueur au journal La Vie agricole, à Radio VM et à CIBL, il est aussi président de Génération nationale, un organisme de réflexion sur l'État-nation. Il est l'auteur de Le souverainisme de province (Boréal, 2014) et de L'État succursale. La démission politique du Québec (VLB Éditeur, 2016).





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